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En 1988, Amparo Moraleda entre chez IBM España comme technicienne systèmes. Elle a 24 ans, un diplôme d’ingénieure industrielle de l’Universidad Pontificia de Comillas et un MBA de l’IESE Business School de Navarre. Le point de départ est délibérément bas.
Sa progression au sein du groupe américain traverse successivement l’ingénierie, le marketing, la finance et les ressources humaines. Louis Gerstner, président mondial d’IBM, la choisit personnellement comme assistante de direction pour les opérations internationales, poste réservé aux profils que le groupe identifie pour ses futures directions. En juillet 2001, à 37 ans, elle est nommée présidente exécutive d’IBM España et Portugal, première femme à occuper ce poste dans l’histoire de la filiale. Sous sa direction, IBM España affiche une croissance de 7 % dans une Europe occidentale en stagnation. Time magazine la cite en 2005 parmi les personnalités du business international à suivre. La même année, son périmètre s’élargit à l’Europe du Sud entière : Espagne, Portugal, Grèce, Israël, Turquie. Elle reçoit la distinction du Women in Technology International Hall of Fame.
Vingt et un ans après son entrée comme technicienne, elle quitte IBM début 2009 en dirigeant cinq pays.
Énergie, finance, télécoms : le choix de tout recommencer
Amparo Moraleda aurait pu rester dans l’informatique. Elle rejoint Iberdrola en janvier 2009 comme directrice des opérations de la division internationale, supervisant l’expansion du groupe énergétique au Royaume-Uni et aux États-Unis. Secteur différent, complexité équivalente, courbe d’apprentissage assumée.
En 2014, elle entre au conseil d’administration de CaixaBank comme administratrice indépendante. Onze ans plus tard, en mars 2025, l’établissement la nomme vice-présidente, première femme à exercer ce rôle dans l’histoire de la banque catalane. Elle démissionne en février 2026.
Entre-temps, elle a siégé aux conseils du chimiste belge Solvay de 2013 à 2021, de l’équipementier automobile français Faurecia de 2012 à 2017, de Vodafone depuis 2017 et d’A.P. Møller-Maersk depuis 2021. Cinq secteurs d’industrie lourde ou régulée, sur trois continents. La plupart des présidents de conseils de grands groupes industriels viennent d’un secteur, y progressent et en restent les spécialistes. Amparo Moraleda a changé de terrain à chaque étape, en montant à chaque fois en responsabilité.
Elle est également membre du Consejo Superior de Investigaciones Científicas depuis 2010, et de la Reial Acadèmia de Ciències Econòmiques i Financeres depuis octobre 2016.
Onze ans à l’intérieur des arbitrages d’Airbus
En 2015, Amparo Moraleda entre au conseil d’Airbus comme administratrice indépendante. Elle y devient progressivement lead independent director, administratrice référente, la plus haute fonction non exécutive avant la présidence. Elle préside les comités de gouvernance, de nomination et de rémunération : les trois instances qui actent les décisions stratégiques sans les exécuter.
Ces onze années couvrent les crises les plus sévères traversées par le groupe : pandémie, ruptures de chaînes d’approvisionnement, dégradation du contexte géopolitique post-2022. Amparo Moraleda elle-même a qualifié la gestion de René Obermann durant cette période de « rigoureuse ».
Elle prend la présidence d’un conseil adossé à des résultats historiques. En 2025, Airbus a enregistré un chiffre d’affaires de 73,4 milliards d’euros, en hausse de 6 % sur un an. L’EBIT ajusté a progressé de 33 % pour atteindre 7,128 milliards d’euros. Le résultat net s’est établi à 5,221 milliards d’euros, en hausse de 23 %. Le groupe a livré 793 appareils commerciaux sur l’exercice. Lors de l’AGM du 14 avril, les actionnaires ont approuvé un dividende de 3,20 euros par action.
Le 14 avril 2026, les actionnaires d’Airbus SE réunis à Amsterdam ont officialisé la nomination de Amparo Moraleda à la présidence du conseil d’administration, avec prise de fonctions au 1er octobre 2026. Depuis 1970, sans une seule exception, ce poste avait été occupé par un ressortissant français ou allemand, arrangement non écrit, jamais formalisé dans les statuts, rigoureusement respecté à chaque transition pendant cinquante-six ans.
René Obermann, 63 ans, président du conseil depuis avril 2020, quittera ses fonctions à cette date pour prendre, en 2027, la tête du conseil de surveillance de SAP. Il restera administrateur jusqu’en 2027 pour accompagner la transition. Guillaume Faury continuera d’assurer la direction générale exécutive : l’équilibre franco-allemand subsiste à la direction opérationnelle, il disparaît au sommet de la gouvernance.
Le poids industriel que la gouvernance n’avait pas reconnu
CASA, Construcciones Aeronáuticas SA, a rejoint le consortium Airbus en 1971 avec 4 % du capital, contre 38 % chacun pour la France et l’Allemagne. Aujourd’hui, l’Espagne figure parmi les quatre nations fondatrices du groupe, aux côtés de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.
Airbus emploie plus de 14 000 personnes en Espagne sur neuf sites. Le complexe de Getafe est le troisième du groupe en Europe, derrière Toulouse et Hambourg : c’est là que sont fabriqués l’empennage et la dérive de l’ensemble des avions commerciaux Airbus. Les sites d’Illescas et de Cadix produisent les stabilisateurs horizontaux de l’A320, l’A330, l’A350 et l’A350F. Airbus Defence and Space assemble en Espagne l’A400M et l’Eurofighter. Le secteur aérospatial espagnol représente 12 % du PIB industriel national et génère quelque 215 000 emplois directs et indirects.
Pendant cinq décennies, ce poids industriel n’avait pas eu d’équivalent dans la gouvernance formelle du groupe.
Les dossiers qui l’attendent
Le groupe peine à tenir ses objectifs de livraison de l’A320neo : les tensions sur les chaînes d’approvisionnement en composants et matériaux composites n’ont pas été résorbées, et la cadence de production reste sous pression. C’est le dossier le plus immédiat.
Le conseil qu’elle présidera devra arbitrer les investissements dans les technologies de décarbonation de l’aviation, hydrogène et carburants durables d’aviation (SAF), dans un environnement où les rendements de ces programmes restent incertains à moyen terme. Le repositionnement des filières de défense européennes, la pression américaine sur les marchés d’export et la montée en puissance de fournisseurs asiatiques dans certains segments de la chaîne de valeur compliquent le calcul stratégique.


