Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Le terrain fait 16 hectares. Amazon l’a acquis auprès de la communauté de communes de Centre Haut-Rhin pour 8 millions d’euros hors taxes, au cœur du parc d’activités de la Plaine d’Alsace, sur la commune d’Ensisheim. Le bâtiment qui s’y élèvera d’ici fin 2027 comptera quatre niveaux — un rez-de-chaussée de 60 000 m² et trois étages de 40 000 m² chacun — pour une surface totale de 180 000 m², financée à hauteur de 250 millions d’euros.
2 000 emplois en CDI sont attendus à l’ouverture. Les salaires de base annoncés dépassent 2 000 euros bruts mensuels, et 2 500 euros au-delà de deux ans d’ancienneté. Le site pourra stocker jusqu’à 4 millions de références et expédier plusieurs centaines de milliers de colis par jour, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Par ses dimensions, il se classerait parmi les plus grands entrepôts d’Amazon en Europe.
Michel Habig, maire d’Ensisheim et président de la communauté de communes, a déclaré y voir « une opportunité considérable pour nos concitoyens, pour les entreprises, les commerçants locaux, et plus largement pour l’ensemble du Haut-Rhin », ajoutant que le site « générera des recettes fiscales importantes pour notre collectivité » — une intercommunalité dont les zones d’activités avaient déjà permis la création de 4 600 emplois avant l’arrivée d’Amazon.
A lire aussi
Fessenheim : EDF veut fondre ses déchets nucléaires pour les revendre
2020-2025 : le permis contesté
Le permis de construire a été déposé en 2020. Pas par Amazon directement, mais par la société Eurovia 16 Project, filiale du développeur immobilier Logistics Capital Partners. Les associations Les Amis de la Terre et Alsace Nature l’ont contesté immédiatement. Cinq ans de procédures ont suivi.
Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le premier recours en octobre 2022. Une seconde procédure, portant sur l’autorisation environnementale, a connu le même sort en février 2025, décision devenue définitive faute d’appel. En septembre 2025, la cour administrative d’appel de Nancy a rejeté le dernier recours contre le permis de construire lui-même. Amazon pouvait démarrer.
Pendant ces six années de contentieux, le parc d’Ensisheim n’est pas resté immobile. Paredes, spécialisé dans la distribution de produits d’hygiène professionnelle, s’y est installé, suivi de l’allemand Delticom, acteur de la vente de pneus en ligne, d’Inter Logistic Europe et, plus récemment, de Driftshop, spécialisé dans les pièces automobiles de sport.
Patrick Labarre, président d’Amazon France Logistique, a indiqué que le centre a vocation à desservir « non seulement la France mais aussi les marchés allemand et suisse voisins ». La position d’Ensisheim, en zone trinationale à proximité immédiate de l’A35, a pesé plus que la proximité de l’EuroAirport dans le choix du site : 75 % des produits distribués par Amazon empruntent la route, 25 % le rail.
Ce positionnement s’articule avec l’ouverture annoncée, d’ici fin 2026, d’un centre logistique à Contwig, en Rhénanie-Palatinat : 51 000 m², 1 500 emplois. Ensisheim prépare les commandes. Contwig les distribue. Les deux sites quadrillent ensemble le bassin de consommation rhénan de part et d’autre du fleuve.
Dans le Grand Est, Amazon revendique déjà plus de 4 000 collaborateurs en CDI, des agences de livraison à Strasbourg et à Woippy, un centre de distribution en périphérie de Metz, et un investissement cumulé de plus de 1,5 milliard d’euros depuis 2010. Ensisheim sera le quatrième maillon alsacien-lorrain du réseau.
Pour évaluer ce qu’un entrepôt de cette taille produit concrètement sur son territoire, un seul comparateur fiable existe : le site d’Augny, en Moselle, ouvert en 2021, avec une surface totale équivalente. Deux ans après son ouverture, les cabinets Roland Berger et IN France ont conduit une étude d’impact dont les résultats sont publics : 4 000 emplois directs, 1 600 emplois indirects et induits, 54 millions d’euros de cotisations sociales générées, 2,5 millions d’euros d’impôts locaux versés.
Au moment de leur recrutement, 70 % des embauchés d’Augny étaient demandeurs d’emploi. Dans le périmètre du site, les créations d’entreprises ont progressé de 32 %. Le centre mosellan emploie aujourd’hui 4 000 salariés en CDI, auxquels s’ajoutent quelque 400 saisonniers lors des pics d’activité. Ces données sont les seules disponibles pour projeter ce qu’Ensisheim produira à horizon 2030, à condition que les profils du bassin d’emploi entre Mulhouse et Colmar s’avèrent comparables à ceux de la périphérie messine.
Vulcan sur les bras des préparateurs
L’entrepôt sera équipé des « dernières technologies robotiques développées par Amazon », selon les termes du groupe. En mai 2025, lors de l’événement Delivering the Future organisé à Dortmund, Amazon avait présenté plusieurs de ces systèmes : le robot Vulcan, doté de capteurs de pression et d’intelligence artificielle pour saisir et manipuler les articles avec précision, ainsi que des dispositifs ergonomiques de déchargement et de tri automatisés.
Le principe retenu : tous les produits sont acheminés mécaniquement jusqu’aux postes de préparation des commandes. Les opérateurs ne se déplacent plus dans les allées, ne portent plus de charges. Amazon présente cette organisation comme un allègement des contraintes physiques pour ses salariés.
Sur les 2 000 postes annoncés, le groupe n’a pas précisé quelle part des tâches resterait non automatisée à l’ouverture du site en 2027.
Microsoft à vingt kilomètres, et un avis qui fait bruit
À Petit-Landau, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Ensisheim, Microsoft porte un projet de data center évalué à plus de 2 milliards d’euros. L’instruction administrative est en cours. En mars 2026, la Mission régionale d’autorité environnementale a rendu un avis sévère : la consommation électrique du projet est évaluée à plus de 1 500 GWh par an, soit 80 % de la consommation annuelle de l’ensemble des ménages haut-rhinois. La MRAe a recommandé au préfet de surseoir à l’instruction dans l’attente d’un dossier complété.
Du côté d’Amazon, le groupe a publié des chiffres d’engagement national : 5 milliards d’euros investis en France en 2024, plus de 30 milliards depuis 2010, 25 000 CDI sur plus de 35 sites, un chiffre d’affaires de 12 milliards d’euros et 2,6 milliards d’euros de contributions fiscales en 2024, ce qui le classe parmi les cinquante premiers contributeurs fiscaux du pays. Ces données sont issues des déclarations du groupe et n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante publiée.
Dans un périmètre de trente kilomètres, deux chantiers d’infrastructure numérique d’envergure européenne progressent à des rythmes différents : l’un a obtenu ses autorisations définitives en septembre 2025 et démarre ses travaux, l’autre attend que le préfet se prononce sur un dossier environnemental jugé incomplet.


