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En Conseil des ministres, en avril 2026, le gouvernement a présenté l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030. Les crédits de défense passent à 436 milliards d’euros, en hausse de 36 milliards par rapport à la loi initiale. Une enveloppe de 3,5 milliards est spécifiquement dédiée à la « trame chasse » pour financer le développement du standard F5, la prochaine version du Rafale.
Le choix est tranché. Faute de financement suffisant pour commander simultanément de nouveaux appareils et développer le F5, le gouvernement a priorisé la modernisation. Au 31 décembre 2025, 45 Rafale restaient inscrits au carnet de commandes pour les armées françaises, sans nouvelles commandes immédiates pour les forces nationales. Le gouvernement a choisi de préparer la supériorité aérienne à l’horizon 2035-2060 au détriment des dotations immédiates.
29 000 embauches en un an
Selon le bilan 2024 du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), publié en mai 2025, la filière aéronautique et spatiale de défense emploie directement 222 000 salariés en France. En 2024, elle a enregistré 29 000 embauches nettes, près de 60 % de la totalité des créations nettes d’emploi dans l’industrie française.
Pour le seul programme Rafale, environ 500 entreprises sous-traitantes contribuent à la production. Chez Dassault Aviation et ses partenaires directs, Thales, Safran et MBDA, plus de 7 000 emplois sont directement liés à la conception et à la fabrication de l’appareil. La Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) s’appuie sur neuf grands maîtres d’œuvre et un tissu de plus de 4 500 PME, ETI et start-up.
En 2025, Dassault Aviation a affiché un chiffre d’affaires ajusté de 7,42 milliards d’euros, en hausse de 19 % par rapport à 2024. Le résultat opérationnel ajusté s’est établi à 635 millions d’euros, en progression de 22 %, pour une marge de 8,6 %. Les prises de commandes annuelles ont atteint un record à 10,9 milliards d’euros, dont 89 % à l’export. L’industrie de défense française a enregistré 21,6 milliards d’euros de commandes à l’export en 2024, sa deuxième meilleure année historique, un niveau maintenu autour de 20 milliards en 2025.
Mérignac, Biarritz, Seclin : dix sites, une chaîne
L’assemblage final du Rafale se fait à Mérignac, en Gironde. La fabrication des sous-ensembles irrigue le territoire.
L’usine Dassault d’Argenteuil produit les structures en aluminium et assemble les fuselages. Le site de Biarritz est spécialisé dans les matériaux composites et les dérives. À Poitiers, les équipes fabriquent les verrières et les plans canards. Seclin usine les pièces de structure majeures. Safran produit et teste les moteurs M88 sur ses sites d’Évry-Corbeil et de Villaroche, en Île-de-France. Thales livre les radars RBE2 depuis Pessac. Dassault fabrique ses commandes de vol électriques à Argonay, en Haute-Savoie.
Les carnets de commandes de Thales et Safran ont entraîné une surcharge de production dans les PME normandes, avec des retombées directes pour les acteurs regroupés au sein du cluster Normandie AeroEspace.
Pendant des années, le Rafale n’a pas trouvé preneur à l’export. Lancé dans les années 1980, l’appareil a essuyé défaite sur défaite face à l’F-16 américain et à l’Eurofighter européen. La pérennité financière de la chaîne de Mérignac n’était pas acquise.
Le premier contrat export est signé en 2015 avec l’Égypte. D’autres suivent : Qatar, Inde, Émirats arabes unis, Indonésie, Serbie. Fin 2025, Dassault Aviation totalise 533 commandes depuis le lancement du programme, dont 299 à l’export. Le contrat de 80 appareils pour les Émirats arabes unis, signé en 2021, a sécurisé la chaîne de Mérignac jusqu’en 2031.
Le 12 février 2026, le Conseil d’acquisition de la Défense indien a approuvé l’achat de 114 Rafale supplémentaires dans le cadre d’un accord intergouvernemental direct, pour un montant estimé à 30 milliards d’euros. Sur ces 114 appareils, 18 seront fabriqués en France et 96 produits en Inde avec 50 % de composants indiens en moyenne, via un accord entre Dassault Aviation et Tata Advanced Systems pour la fabrication de fuselages à Hyderabad.
La marine indienne négocie parallèlement 31 Rafale Marine supplémentaires, en sus des 26 déjà commandés en 2025. Cette séquence a une origine datée : lors de l’opération Sindoor, conduite par New Delhi entre le 7 et le 10 mai 2025 contre des cibles au Pakistan, la force aérienne indienne a engagé ses Rafale et ses missiles SCALP. Le chef d’état-major adjoint de l’Indian Air Force a ensuite déclaré : « Le Rafale a incontestablement été le héros de l’opération Sindoor. » Les négociations, suspendues depuis plusieurs mois, ont repris.
Au 31 décembre 2025, le carnet de commandes consolidé de Dassault Aviation atteignait 46,6 milliards d’euros, en hausse de 7,8 % sur un an.
Cadence 3, objectif 5
En 2025, 26 Rafale ont été livrés, dont 15 à l’export. Un record. La cadence effective s’établit à 2,4 appareils par mois, tandis que la chaîne amont tourne déjà à la cadence 3.
Dassault Aviation prévoit de dépasser 30 livraisons en 2026, puis d’atteindre 4 appareils par mois d’ici 2028-2029. Le PDG Éric Trappier a indiqué que l’outil industriel pourrait être structuré pour atteindre 5 appareils mensuels si les commandes le justifient. Depuis 2015, la cadence de production a été multipliée par deux ; c’est désormais la vitesse d’exécution industrielle, et non la demande commerciale, qui contraint la filière.
En concevant le Rafale, Dassault Aviation a développé un logiciel de conception assistée par ordinateur baptisé DRAPO, réalisé par une équipe de 15 personnes. Ancêtre direct de CATIA, ce logiciel a permis à Dassault de devenir le premier avionneur au monde à concevoir un appareil sans maquette physique. Il a donné naissance à Dassault Systèmes, dont la capitalisation boursière s’élève aujourd’hui à environ 25,5 milliards d’euros.
Le formage superplastique associé au soudage par diffusion (SPF/DB), mis au point par le CEA, est passé du laboratoire à la chaîne de production grâce aux exigences du programme. Les matériaux composites, fibres de carbone, Kevlar et alliages aluminium-lithium, représentent 30 % de la masse totale de l’avion et 75 % de sa surface mouillée, pour un gain de 300 kilogrammes.
Le standard F5 intégrera un radar RBE2 XG à technologie nitrure de gallium, une suite de guerre électronique SPECTRA modernisée et le futur missile nucléaire ASN4G. Un drone de combat furtif (UCAV), dérivé du démonstrateur nEUROn, sera associé à ce standard, avec une exigence d’interopérabilité avec le programme GCAP, futur avion de combat développé conjointement par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.
SCAF : le projet est-il mort ?
Le programme SCAF, développé en coopération franco-germano-espagnole pour succéder au Rafale, traverse une crise ouverte sur sa gouvernance industrielle. Dassault refuse la position minoritaire que lui imposerait Airbus dans le pilotage du projet. Éric Trappier a déclaré : « Airbus ne veut plus travailler avec Dassault. Si cette posture persiste, le projet est mort. »
Si le SCAF devait échouer, le Rafale F5, financé par les 3,5 milliards fléchés dans la LPM actualisée d’avril 2026, garantirait le maintien des compétences d’ingénierie de combat sur le territoire français jusqu’à l’horizon 2040. Les 3,5 milliards dédiés à la trame chasse couvrent alors un double risque : moderniser l’appareil existant et assurer une continuité industrielle qu’aucune coopération européenne ne garantit aujourd’hui.


