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Le 11 mars 2026, quarante-huit heures avant l’ouverture du salon européen de la défense BEDEX à Bruxelles, Thales a dévoilé SkyDefender. Trois niveaux de protection, une couverture allant du drone à basse altitude jusqu’aux missiles balistiques intercontinentaux, et un cerveau numérique capable de compresser un cycle de décision de plusieurs jours à quelques minutes.
La couche basse neutralise les drones et projectiles à courte portée via le système ForceShield : radar Ground Master 200, centre de commandement ControlView, véhicules RapidRanger armés de missiles StarStreak et LMM, complétés par du brouillage électronique et des armes à énergie dirigée. À moyenne portée, le système franco-italien SAMP/T NG, couplé au radar Ground Fire 300, engage des cibles jusqu’à 150 kilomètres. Au sommet de l’architecture, les radars SMART-L MM et UHF détectent les menaces à 5 000 kilomètres, relayés par des satellites infrarouges de Thales Alenia Space qui repèrent la chaleur émise par un missile balistique dès son lancement.
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Le traitement de l’ensemble repose sur CortAIx, la plateforme d’intelligence artificielle de Thales, intégrée aux centres de commandement SkyView et SkyView Alliance. L’officier néerlandais Henk te Kulve, présent à BEDEX, a indiqué qu’il existait un besoin de « propres systèmes européens pour être moins dépendants » des équipements américains.
SkyDefender est par ailleurs conçu pour s’intégrer au programme TWISTER (Timely Warning and Interception with Space-based TheatER surveillance), projet de la PESCO destiné à développer des capacités d’interception contre les missiles hypersoniques.
L’ESSI : vingt-quatre pays, trois fournisseurs étrangers
L’initiative European Sky Shield a été lancée par Berlin en 2022. Elle a rapidement fédéré vingt-quatre États, un périmètre qui déborde l’Union européenne puisque la Norvège, le Royaume-Uni et l’Albanie, entrée dans le dispositif en février 2025, en font partie.
Son architecture repose sur trois systèmes : le missile antimissile américain Patriot, le système israélien Arrow 3 et l’Iris-T allemand. La France, l’Italie et l’Espagne ont refusé d’y adhérer. Emmanuel Macron a publiquement critiqué une approche qu’il juge hâtive, estimant qu’elle fragilise l’indépendance stratégique de l’Europe vis-à-vis de Washington et de Tel Aviv. Ce refus a ouvert un marché que Thales entend désormais occuper.
Le projet italien Michelangelo table sur une mise en service en 2030 au mieux. Le Golden Dome voulu par Donald Trump affiche déjà un coût de 185 milliards de dollars, et les experts estiment qu’un déploiement complet prendrait au moins deux décennies. La quasi-totalité des technologies embarquées dans SkyDefender sont ce que les militaires appellent « combat proven » : éprouvées en opération, disponibles maintenant.
Le SAMP/T NG doit entrer en service dans les armées françaises dès 2026. C’est ce système que le Danemark a choisi en septembre 2025, préférant la solution franco-italienne au Patriot américain pour un contrat global évalué à 7,7 milliards d’euros, huit batteries sol-air, pleine capacité opérationnelle attendue en 2032, sous réserve de l’approbation du Parlement danois.
Hervé Damman, directeur des Systèmes terrestres et aériens chez Thales, a indiqué que les composantes de SkyDefender peuvent être intégrées dans l’architecture des pays déjà membres de l’ESSI, sans exiger leur retrait du dispositif allemand. Berlin conserve son initiative ; Thales y entre par la fenêtre technique.
L’architecture ouverte et modulaire du système, compatible avec les défenses OTAN existantes, rend cette intégration techniquement crédible. Thales cite des alliances opérationnelles déjà en place avec le norvégien Kongsberg, le suédois Saab et le polonais PGZ, trois industriels dont les pays figurent précisément parmi les membres ou partenaires de l’ESSI.
150 milliards à prendre
Le 27 mai 2025, le Conseil de l’Union européenne a adopté l’instrument SAFE (Security Action for Europe), qui mobilise 150 milliards d’euros de prêts pour des acquisitions de défense conjointes. La France y est éligible à hauteur de 16,2 milliards d’euros. Cet instrument s’inscrit dans le plan ReArm Europe, présenté par la Commission européenne en mars 2025 pour un montant global de 800 milliards d’euros.
Les budgets nationaux suivent la même trajectoire. L’Allemagne consacrera 108,2 milliards d’euros à la défense en 2026, avec un objectif de 3,5 % de son PIB dès 2029, adossé à un fonds d’infrastructure de 500 milliards. La France a voté 57,1 milliards pour 2026. Le 8 avril 2026, un projet de loi présenté en Conseil des ministres a officialisé 36 milliards supplémentaires sur la période 2026-2030, portant l’ambition à 76,3 milliards annuels en 2030. L’OTAN, au sommet de La Haye de juin 2025, a fixé un objectif de 5 % du PIB consacrés à la sécurité à l’horizon 2035 : 3,5 % pour les dépenses militaires stricto sensu, 1,5 % pour la cybersécurité et les infrastructures critiques.
Thales aborde cette séquence avec un carnet de commandes de 53,3 milliards d’euros et des résultats 2025 qui constituent un record absolu pour le groupe : chiffre d’affaires de 22,1 milliards d’euros, en hausse de 7,6 % ; résultat net de 1,675 milliard, en progression de 66 % ; free cash-flow opérationnel à 2,577 milliards, en hausse de 27 %. En Bourse, l’action a progressé de 66 % sur l’ensemble de 2025, soit cinq fois la performance du CAC 40. Pour 2026, le groupe a annoncé le recrutement de 9 000 personnes, dont 3 300 en France, auxquelles s’ajoutent 1 700 stagiaires et 1 600 apprentis.


