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Alors que la sidérurgie européenne se contracte sous la pression des aciers chinois bradés, le groupe italien Marcegaglia engage un milliard d’euros à Fos-sur-Mer sur une aciérie électrique bas carbone et vient de signer le contrat le plus important de son histoire pour en poser les premières pierres.
Le 13 avril 2026, Marcegaglia et le groupe Danieli ont signé un contrat de 450 millions d’euros portant sur la construction d’une aciérie électrique et d’un laminoir à chaud à Fos-sur-Mer. Destination : la production de bobines d’acier inoxydable et d’acier carbone. C’est, selon le groupe italien, l’investissement le plus important de son histoire dans l’intégration en amont de sa chaîne de valeur.
Le projet porte un nom : Mistral. Marcegaglia le présente comme « le premier complexe primaire sidérurgique du XXIe siècle ». La décision finale d’investissement est attendue au plus tard fin 2026, sous réserve de l’aboutissement des procédures d’autorisation — le dossier de permis d’exploitation doit être déposé fin mai 2026. Le démarrage de la production est programmé pour le premier trimestre 2029.
L’enveloppe globale atteint environ un milliard d’euros, un montant revu à la hausse depuis les premières annonces, au fur et à mesure que le périmètre industriel s’est étendu. Par décret du 25 octobre 2024, l’État français a reconnu le projet au titre de Projet d’Intérêt National Majeur.
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D’Ascometal à Mistral
En juin 2024, Marcegaglia acquiert le site Ascometal à la barre du tribunal de commerce de Strasbourg. L’usine emploie alors 473 personnes — 323 salariés directs et 150 sous-traitants — et sort d’une procédure collective.
Dès 2026, un plan de modernisation de l’usine existante doit être enclenché, avec pour premier objectif de maintenir une production d’aciers spéciaux à 150 000 tonnes par an. Le périmètre du projet s’est ensuite élargi progressivement : l’investissement total est passé d’une estimation initiale prudente à un milliard d’euros, portant l’ambition bien au-delà de la réindustrialisation du site d’origine.
Le ministre de l’Industrie s’est rendu à plusieurs reprises sur le site. Les élus locaux ont soutenu activement le dossier. Le statut de PINM, obtenu en octobre 2024, a consolidé l’engagement public autour du projet.
Le four à arc électrique (FAE) est la pièce centrale du dispositif. Alimenté principalement par de la ferraille recyclée, il produit de l’acier en émettant environ 0,3 tonne de CO₂ par tonne d’acier, contre 2 tonnes pour une aciérie conventionnelle aux hauts-fourneaux. La réduction des émissions de gaz à effet de serre atteint ainsi 80 % par rapport au procédé traditionnel.
En complément, le site utilisera du fer pré-réduit bas carbone, dit Green DRI ou HBI, produit à partir d’hydrogène. Ce mix doit permettre d’atteindre une capacité de production de plus de 2 millions de tonnes d’acier bas carbone par an, et jusqu’à 3 millions de tonnes de bobines laminées à chaud, inox et carbone confondus.
Le terminal minéralier du port de Marseille-Fos, situé à trois kilomètres du site, constituera le point d’entrée des approvisionnements, complété par un réseau intermodal intégrant voie ferrée, route et canal. Deux millions de tonnes de matières premières entreront sur le site chaque année ; autant de produits finis en sortiront. Pour Marcegaglia, la nouvelle aciérie couvrira environ 35 % de ses besoins totaux en bobines et brames pour ses usines en aval en Italie.
L’accord EDF, variable décisive
Un four à arc électrique à cette échelle de production consomme des volumes d’électricité considérables. Le 24 juin 2025, Marcegaglia a signé à Paris une lettre d’intention avec EDF pour la fourniture d’électricité d’origine nucléaire à prix compétitif.
L’accord vise un contrat d’allocation de production nucléaire, dit CAPN, d’une durée d’au moins dix ans, couvrant 50 % des besoins électriques du site intégré à partir de 2029. La majeure partie de l’électricité française provient de ressources nucléaires et hydroélectriques, ce qui place la France parmi les pays dont le mix est à la fois le moins carboné et le plus compétitif d’Europe. Marcegaglia a indiqué que cet avantage tarifaire a pesé dans le choix de Fos-sur-Mer comme site d’implantation.
En février 2026, trois groupes ont signé un protocole d’accord pour développer des synergies au sein de la zone industrialo-portuaire de Fos. Aux côtés de Marcegaglia : GravitHy, qui porte un projet de 2,2 milliards d’euros pour produire 2 millions de tonnes par an de fer réduit à l’hydrogène (HBI), avec 500 emplois directs à la clé ; et Elyse Energy, porteur du projet NeoCarb, visant 250 000 tonnes par an d’e-méthanol et 75 000 tonnes d’e-kérosène.
Les flux prévus entre les trois sites sont précis. GravitHy fournira ses briquettes de HBI à Marcegaglia pour alimenter le FAE. Marcegaglia remettra à Elyse Energy le CO₂ capté lors de son procédé, qui servira de matière première aux e-carburants de synthèse. Le protocole prévoit également la mutualisation des accès ferroviaires et routiers, des utilités — eau, électricité, vapeur — et des infrastructures de sécurité.


