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Le 15 avril, devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, le directeur général de l’armement Patrick Pailloux a mis fin au suspense. « Nous avons lancé des travaux de modification et de développement sur un pod pour intégrer des fusées sur le Rafale », a-t-il déclaré. « Ces fusées sont fabriquées par Thales et coûtent évidemment beaucoup moins cher que les MICA. C’est en cours, et il sera disponible cet été. » L’audition, retransmise en direct par l’Assemblée nationale, s’inscrivait dans l’examen du projet de loi d’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux dans les jours précédents montraient déjà un Rafale M, la variante navale de l’appareil, équipé d’un dispositif inhabituel sur la base aérienne d’Istres, au centre d’essais en vol de Dassault Aviation. Les essais sont en cours. La confirmation parlementaire leur donne un cadre officiel et une échéance.
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24 roquettes, un pod laser, zéro branchement
Le système repose sur deux équipements produits par Thales. Le pod TELSON 12 JF, développé par TDA Armements, filiale du groupe basée à La Ferté-Saint-Aubin dans le Loiret, emporte jusqu’à 24 roquettes de 68 mm réparties sous les ailes de l’appareil. Solidaire de ce lanceur, le pod de ciblage TALIOS identifie la cible et projette en continu un faisceau laser jusqu’à l’impact.
La roquette ACULEUS-LG suit ce faisceau. Sa précision est inférieure au mètre à une portée pouvant atteindre six kilomètres, sur cibles fixes comme mobiles. Le guidage est dit semi-actif : la cible doit rester illuminée pendant toute la phase terminale du vol, ce qui impose au Rafale de maintenir son orientation vers elle jusqu’à l’impact.
Juste avant le tir, le lanceur transfère à la roquette le code laser, les paramètres de la plateforme et les données de la cible par induction, sans aucune connexion électrique directe avec la munition. Fiabilité accrue, manipulation simplifiée en conditions opérationnelles.
À l’automne 2025, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’Armée de l’air et de l’espace, résumait l’équation devant une commission sénatoriale : « Il n’est pas soutenable d’utiliser des MICA à plus d’un million d’euros pour abattre un drone à quelques milliers de dollars. »
Les chiffres sont précis. Un missile MICA coûte entre 600 000 euros et plus d’un million selon les versions. Un drone Shahed-136 iranien, utilisé massivement en Ukraine et au Moyen-Orient, revient entre 20 000 et 50 000 dollars à la fabrication. L’ACULEUS-LG se situe dans une fourchette de quelques dizaines de milliers de dollars, du même ordre de grandeur que la cible qu’elle doit abattre.
L’APKWS II, roquette guidée laser de 70 mm employée par les F-16 de l’USAF contre les drones houthis en mer Rouge, coûte environ 30 000 à 32 000 dollars l’unité selon les derniers contrats du Pentagone. En Ukraine comme au Moyen-Orient, les états-majors ont tiré les mêmes conclusions face aux mêmes factures.
Une filiation qui accélère le calendrier
Le TELSON 12 JF n’est pas développé de zéro. C’est une évolution directe d’un lanceur déjà opérationnel sur l’hélicoptère Tigre HAD. La qualification de l’ACULEUS-LG sur cette plateforme a été réalisée du 19 au 22 juillet 2021 au centre DGA Essais de Missiles de Biscarosse, dans les Landes : trois tirs réussis sur cibles fixes et mobiles à 4 000 mètres.
La brique technique est donc mature. L’enjeu de l’intégration sur Rafale porte sur l’adaptation aux différentiels de vitesse et d’altitude propres au chasseur, ainsi que sur l’interface avec le TALIOS. Patrick Pailloux a annoncé une livraison pour l’été 2026, soit moins de quinze mois après le début officiel des travaux de modification.
La faisabilité industrielle du programme repose sur un seul site : l’usine Thales de La Ferté-Saint-Aubin, dans le Loiret, seule unité de production de munitions du groupe en France. En 2023, elle produisait 20 000 munitions par an. D’ici fin 2026, sa capacité atteindra plus de 80 000 unités, grâce à un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros.
Environ 100 recrutements supplémentaires sont prévus, portant l’effectif du site à 500 personnes. Cette montée en cadence a été engagée avant même la confirmation parlementaire du programme, ce qui donne à l’échéance de l’été 2026 un fondement industriel concret.
Le Rafale dans un dispositif à plusieurs étages
Un contrat passé avec Dassault Aviation prévoit de modifier la conduite de tir du canon 30 mm du Rafale, afin de corriger l’erreur de parallaxe sur des cibles lentes comme les drones Shahed. Début avril 2026, l’armée de l’air a validé des tirs de missiles Hellfire depuis un drone MQ-9 Reaper au large de l’île du Levant. Les hélicoptères Tigre et Fennec sont déjà équipés ou en cours d’équipement pour l’engagement à basse altitude.
La loi de programmation militaire actualisée étend par ailleurs le droit de neutralisation de drones à certains opérateurs de sécurité privés intervenant sur des sites classés d’importance vitale. Le pod TELSON sur Rafale prend en charge la couche intermédiaire, là où ni le canon ni les hélicoptères ne suffisent.


