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Le 17 février 2026, Givaudan a annoncé la construction d’un nouveau site à Grasse. Le groupe suisse, numéro un mondial de la parfumerie fine avec 7,5 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires en 2025 et 17 580 collaborateurs dans le monde, avait quitté la ville en 1990. L’investissement s’élève à 55 millions de francs suisses, soit plus de 60 millions d’euros.
Le site retenu est la friche industrielle Biolandes au Plan de Grasse, 2,6 hectares abandonnés depuis plus de vingt ans. Givaudan y construira le « Campus 52 », baptisé ainsi en référence à son adresse, le 52 route de Plascassier, dans le cadre de sa stratégie globale « House of Naturals ». Les travaux débutent en juin 2026, pour une livraison visée début 2028. À l’ouverture, le campus accueillera environ soixante collaborateurs, avec la création d’une vingtaine de nouveaux postes et une perspective de 150 emplois à terme. « Campus 52 représente un retour à nos racines, où les traditions de la parfumerie, le savoir-faire et l’artisanat ont prospéré pendant des siècles », a déclaré Gilles Andrier, directeur général du groupe.
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Osmobloom, la machine à capter les fleurs muettes
En mars 2025, Cosmo International Fragrances posait la première pierre de sa future usine de production avenue Jean Maubert, à quelques mètres du site historique de Robertet. L’entreprise familiale américaine, dont le siège est en Floride et qui a été fondée en 1976, investit plus de 12 millions d’euros dans un bâtiment de 2 000 mètres carrés. Mise en service prévue fin 2026, avec 12 à 15 créations de postes immédiates.
Ce site sera exclusivement dédié à la production via la technologie Osmobloom, un procédé d’extraction par « air-capture » breveté par Cosmo. Sans eau, sans solvant, à faible consommation d’énergie, il capte les molécules volatiles directement exhalées par les végétaux sans altérer leur intégrité. La rupture est précise : Osmobloom permet d’extraire le parfum de fleurs dites « muettes », le muguet, la jacinthe, dont l’extraction était jusqu’alors impossible par les méthodes classiques.
En novembre 2023, L’Oréal a conclu un partenariat exclusif avec Cosmo pour déployer cette technologie à grande échelle, qualifiant Osmobloom de révolution pour la parfumerie fine. Cosmo est par ailleurs le premier membre de l’UEBT, l’Union for Ethical BioTrade, ce qui conditionne son approvisionnement à des critères de traçabilité stricts. L’entreprise possède déjà un centre de R&D sur les matières naturelles à Sophia Antipolis depuis 2011 ; le pont entre recherche azuréenne et production grassoise est désormais opérationnel.
Payan Bertrand et Parfex accélèrent
Payan Bertrand a attendu plus de quinze ans pour trouver un foncier disponible. La PME familiale fondée à Grasse en 1854 a finalement lancé la construction d’un nouveau site industriel de 2 800 mètres carrés au Plan de Grasse, pour 12 millions d’euros d’investissement et une livraison prévue fin 2026. Le bâtiment, baptisé « Pacome » et conçu par le cabinet Didier Becchetti Architectes, sera hautement robotisé et regroupera les pôles création, évaluation, contrôle qualité et laboratoires d’applications.
À horizon 2027, Payan Bertrand fonctionnera sur deux entités complémentaires : le site Pacome, dédié aux compositions parfumées, et le site historique « 1886 », modernisé et recentré sur les ingrédients aromatiques naturels. Les quinze ans de recherche foncière que la direction évoque disent, à eux seuls, la tension sur le foncier industriel dans le bassin.
Parfex a posé la première pierre de l’extension de son site historique le 8 janvier 2026, avenue Louison Bobet, dans le Parc d’Activités des Bois de Grasse. La maison grassoise fondée en 1985, filiale du groupe Croda, engage 16 millions d’euros en deux phases : 12 millions d’euros pour une première tranche de 3 192 mètres carrés neufs, puis 4 millions d’euros pour la rénovation de 1 745 mètres carrés existants. Le chantier s’ajoute à l’inauguration d’un centre de création en juin 2025. La future usine intégrera un système robotisé de dosage volumétrique développé en partenariat avec Contexa ; l’objectif affiché est de tripler la capacité de production.
Robertet mesure l’appétit du marché
Robertet a publié un chiffre d’affaires de 843,9 millions d’euros en 2025, en hausse de 4,5 %, porté par une croissance organique de 7,6 %. Le segment des matières premières naturelles a progressé de 12,4 %, précisément le créneau que tous les nouveaux projets grassois ciblent. Le groupe vise entre 1,1 et 1,2 milliard d’euros à horizon 2030.
Le marché mondial des ingrédients de parfums naturels est estimé à 14,25 milliards de dollars en 2025. Il devrait doubler d’ici 2033, porté par un taux de croissance annuel composé de 8,2 %. Grasse capte déjà 8 % du chiffre d’affaires de la production aromatique mondiale.
Le 28 novembre 2018, l’UNESCO inscrivait les savoir-faire grassois liés à la culture des plantes à parfum et à la composition du parfum au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Cette reconnaissance a renforcé l’attractivité du territoire face à la concurrence internationale au moment où la demande en naturel commençait à s’emballer. En quelques mois, Cosmo, Givaudan, Payan Bertrand et Parfex ont engagé collectivement plus de 100 millions d’euros sur ce périmètre. Robertet, lui, produit déjà et croit à trois chiffres d’ici cinq ans.


