Rafale : pourquoi Pékin déclare la guerre à Dassault

En multipliant les succès à l'export, le Rafale est devenu un standard occidental que Pékin ne peut concurrencer. La Chine mène désormais une guerre informationnelle pour freiner Dassault.

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En février 2026, l’Inde a ouvert des négociations formelles pour l’achat de 114 Rafale supplémentaires, soit le plus grand contrat d’armement en cours de négociation dans le monde. Pendant ce temps, Pékin multiplie les faux documents, les deepfakes et les exercices militaires médiatisés pour convaincre la planète que l’avion français peut être abattu.

Le Defence Acquisition Council indien a accordé, en février 2026, son feu vert à l’ouverture de négociations en gré-à-gré pour l’achat de 114 Rafale supplémentaires. Le montant estimé avoisine 30 milliards d’euros. Cette étape, appelée Acceptance of Necessity dans la procédure indienne, marque l’entrée dans la phase contractuelle formelle, pas la signature définitive. L’Élysée a salué « un jalon très important ».

Ce contrat potentiel s’inscrit dans un carnet de commandes qui atteignait déjà 46,6 milliards d’euros fin 2025, avec 220 appareils restant à livrer et un chiffre d’affaires annuel de 7,42 milliards d’euros, en hausse de 19 %. Dassault Aviation avait enregistré 10,9 milliards d’euros de prises de commandes sur la seule année 2025. Si le contrat indien se concrétise, l’Inde deviendrait le premier client export de toute l’histoire du programme.
Chaque Rafale livré en Asie du Sud, au Moyen-Orient ou en Afrique ferme un marché aux chasseurs chinois. Et la Chine, à ce jeu-là, accumule les échecs.

Pourquoi Pékin vise l’avion français

Le J-10CE n’a trouvé aucun acheteur en Égypte, en Indonésie ni au Bangladesh, malgré des annonces répétées. Le J-35, présenté comme le pendant chinois du F-35, se heurte au verrouillage géopolitique occidental et à des problèmes d’interopérabilité avec les flottes de ses clients potentiels. L’École de guerre économique, dans une étude publiée en décembre 2025, est catégorique : aucun État, aucun prospect, n’a renoncé à l’achat de Rafale à la suite des campagnes chinoises.

Pékin ne disposant d’aucun appareil compétitif à proposer sur ces marchés, les opérations d’influence constituent le seul levier disponible pour freiner les ventes françaises.

Le 7 mai 2025, lors de l’opération Sindoor opposant l’Inde et le Pakistan, des pièces d’aéronef ont été retrouvées à Aklian Kalan, dans le Pendjab indien, à une vingtaine de kilomètres de la base aérienne de Bathinda. Des responsables américains, cités par Reuters, ont confirmé la perte d’au moins un Rafale au combat. La rumeur, elle, parlait de trois appareils abattus par des missiles air-air PL-15E tirés depuis des chasseurs J-10C pakistanais.

La Commission américaine de révision économique et de sécurité sur la Chine (USCC) a documenté, dans son rapport annuel de novembre 2025, comment Pékin a amplifié cet événement : faux comptes, images générées par intelligence artificielle, captures d’écran de jeux vidéo présentées comme des preuves de destruction. La revendication officieuse chinoise est montée à trois Rafale détruits.

Des sources militaires citées par Challenges ont apporté une précision que le récit de Pékin omet soigneusement : la perte serait imputable à une erreur de renseignement tactique indien. Les pilotes opéraient sans savoir que la version exportée du PL-15E livrée au Pakistan atteignait une portée supérieure à 200 kilomètres, contre les 150 kilomètres estimés jusqu’alors.

Un missile PL-15E a été récupéré quasi intact en territoire indien. Il est désormais analysé par les services américains, français et indiens. En voulant documenter la défaite du Rafale, Pékin a livré les secrets de son missile le plus avancé à ses adversaires directs. La force aérienne indienne, à l’issue du conflit, a officiellement confirmé que le Rafale avait « pleinement tenu ses promesses ».

À Xuchang, la Chine s’entraîne contre le Rafale

Le 21 décembre 2025, la chaîne d’État CCTV a diffusé les images d’un exercice militaire conduit à Xuchang, dans la province du Henan. Huit chasseurs J-16 de l’Armée populaire de libération y affrontent six Rafale identifiés aux couleurs indiennes, dans le cadre d’une initiative nationale impliquant une vingtaine d’unités. L’information a circulé discrètement jusqu’à ce qu’un tweet de Lyle Morris, chercheur au Stimson Center, la rende virale en Occident.

Le rapport annuel 2025 de l’USCC note que Pékin, en choisissant le Rafale comme adversaire de référence dans ses exercices diffusés publiquement, lui attribue un niveau de menace que ses propres chasseurs à l’export n’ont jamais atteint. Le narratif associé à l’exercice présente le J-16 comme capable de submerger le Rafale par la masse et la saturation des capteurs. Aucun client existant ni aucun prospect n’a modifié sa position après la diffusion de ces images.

Deux ans de faux documents et de deepfakes

La première vague remonte à août 2024. Une infox a massivement circulé sur les réseaux arabophones et francophones : les Émirats arabes unis auraient annulé leur contrat pour 80 Rafale en représailles à l’arrestation en France de Pavel Dourov, le dirigeant de Telegram, le 24 août 2024. Les autorités émiriennes ont été contraintes de publier un démenti officiel.

Entre le 25 novembre et le 8 décembre 2025, trois faux documents ont circulé sur X, attribués tantôt à Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, tantôt à des responsables diplomatiques indiens. L’un d’eux affirmait que l’Inde devait envoyer ses pilotes en formation dix semaines avant toute livraison de Rafale Marine. Viginum a établi l’origine pakisto-chinoise de l’opération.

Le 17 novembre 2025, la France et l’Ukraine avaient signé une lettre d’intention portant sur environ 100 Rafale, lors d’une visite du président Zelensky à Villacoublay. Les experts de l’Ifri soulignent qu’il s’agit d’un engagement politique non contraignant, assorti de très sérieuses incertitudes de financement. En janvier 2026, le réseau russe Storm-1516 a fabriqué une infox affirmant que des chefs d’état-major français avaient détourné deux milliards d’euros destinés à l’achat de Rafale par l’Ukraine, s’appuyant sur un faux site imitant l’agence ukrainienne NABU. L’AFP et TF1 Info ont formellement démenti.

En février 2026, un deepfake vidéo a attribué à Emmanuel Macron des propos fictifs sur le Rafale, diffusé par des comptes pro-pakistanais. Depuis septembre 2025, le ministère des Armées français publie un décryptage régulier intitulé « Le Rafale face à la désinformation », adressé directement aux prospects : Indonésie, Grèce, Égypte, Qatar. Devant le Sénat, Éric Trappier a déclaré : « La campagne de désinformation ne gêne pas ceux qui ont déjà des Rafale, parce qu’ils savent que c’est faux. »

Taïwan, là où tout peut basculer

La flotte taïwanaise de Mirage 2000-5 vieillit. Le maintien en condition opérationnelle devient coûteux, et Taipei cherche un successeur. Le volume évoqué, 36 à 60 appareils, couvrirait le remplacement de la flotte existante. Le 24 septembre 2025, Éric Trappier a été entendu par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. Il a déclaré : « Vous savez très bien ce que veulent les Taïwanais, ils veulent du Rafale. Mais ça ne dépend pas de moi. »

Pour Pékin, une vente française à Taïwan transformerait la France en maillon actif du dispositif d’endiguement américain. Les représailles envisageables iraient du gel diplomatique aux sanctions économiques ciblées contre la base industrielle et technologique de défense française, avec en parallèle une intensification des opérations d’influence déjà documentées.

La pression ne vient pas seulement de Pékin. L’Arabie Saoudite avait sollicité une offre Rafale en 2023. Fin 2025, le Pentagone examinait une vente potentielle de 48 F-35 à Riyad. Riyad s’oriente désormais vers Washington. La décision sur Taïwan appartient à l’Élysée, pas à Dassault, pas aux prospects. Et elle n’a pas encore été prise.



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