Comment le Rafale a remporté le match face à l’Eurofighter Typhoon

Combat aérien, frappes au sol, exportations : sur chaque critère qui oppose le Rafale à l'Eurofighter Typhoon, le chasseur français a pris l'avantage. Retour sur quarante ans de concurrence.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Quarante ans après le divorce industriel qui a séparé la France de ses partenaires européens, New Delhi vient d’approuver l’achat de 114 Rafale supplémentaires pour 30 milliards d’euros, le plus grand contrat d’armement de l’histoire indienne. Ce que Londres et Berlin avaient rejeté en 1985 comme une ambition irréaliste est aujourd’hui la norme que le reste de l’Europe s’efforce de rattraper à grands frais.

New Delhi, 30 milliards d’euros

En février 2026, le Conseil indien d’acquisition de la Défense a approuvé la commande de 114 Rafale supplémentaires pour l’Indian Air Force, pour un montant estimé à 30 milliards d’euros. Quatre-vingt-dix appareils seront assemblés localement. La décision formelle du Cabinet présidé par Narendra Modi reste à signer, mais elle est attendue comme une formalité par les deux parties.

Ce n’est pas la première fois que l’Inde choisit Dassault. En 2016, New Delhi avait commandé 36 Rafale pour son armée de l’air. En avril 2025, la marine indienne avait signé pour 26 Rafale Marine destinés au porte-avions INS Vikrant, pour 6,5 milliards d’euros, première exportation mondiale de la version embarquée. La commande de février 2026 porte le total indien à 176 appareils sur dix ans.

Au 31 décembre 2025, le carnet de commandes de Dassault Aviation s’établissait à 220 appareils, pour une valeur de 46,6 milliards d’euros. Sur les 533 commandes fermes enregistrées depuis le lancement du programme, 323 proviennent de l’export. Neuf pays opèrent le Rafale : l’Égypte, le Qatar, l’Inde, les Émirats arabes unis, la Grèce, la Croatie, l’Indonésie, la Serbie et la France.

À la fin des années 1970, la France, l’Allemagne de l’Ouest et le Royaume-Uni entament des discussions pour concevoir un chasseur commun, rejoints par l’Italie et l’Espagne. Paris exige un avion polyvalent d’environ 9 tonnes, capable d’opérer depuis les porte-avions français Clemenceau et Foch, d’assurer des frappes nucléaires tactiques et d’appuyer les troupes au sol. Londres et Bonn veulent un intercepteur lourd, jusqu’à 12,5 tonnes côté britannique, conçu pour neutraliser les vagues de chasseurs soviétiques au-dessus de l’Europe centrale. Un appareil dimensionné pour les exigences britanniques ne peut pas apponter sur un porte-avions français de l’époque : les deux projets sont physiquement iréconciliables.

En août 1985, la France se retire officiellement du programme. Deux trajectoires industrielles s’ouvrent : l’Eurofighter Typhoon d’un côté, le Rafale de l’autre. Les ingénieurs de Dassault ne ménagent pas leurs anciens partenaires. La configuration retenue pour l’Eurofighter, deux entrées d’air côte à côte sous le fuselage, expose l’appareil, lors d’un vol supersonique, au risque d’extinction en cascade des deux moteurs en cas de panne sur l’un d’eux. Ils qualifient l’appareil de «faux biréacteur».

Sept avions en un

Dassault conçoit le Rafale pour remplacer à lui seul sept types d’aéronefs au sein de l’armée de l’air et de la marine françaises. Interception air-air, frappe au sol de précision, appui des troupes, reconnaissance, dissuasion nucléaire, guerre électronique, patrouille maritime : le même appareil couvre l’ensemble du spectre, parfois lors d’une seule et même mission.

Sa masse à vide est d’environ 10 tonnes. Ses 14 points d’emport acceptent jusqu’à 9,5 tonnes d’armements et de carburant externe. L’architecture retenue, aile delta combinée à des plans-canards rapprochés, autorise une vitesse d’approche de 115 nœuds, condition sine qua non de l’appontage sur porte-avions.

Le cerveau de l’appareil est son unité modulaire de traitement de l’information, le MDPU, qui croise en temps réel les données du radar à balayage électronique RBE2, du bouclier de guerre électronique SPECTRA, du capteur optronique frontal OSF et de la liaison de données L16. Le pilote reçoit une image fusionnée de son environnement tactique construite à partir de quatre sources simultanées, là où un avion conventionnel lui en fournit une seule à la fois.

Les Rafale livrés depuis 2024 intègrent le standard F4.1 : viseur de casque Scorpion avec réalité augmentée, emport de la bombe AASM Hammer de 1 000 kg à guidage GPS/laser, connectivité renforcée. Le standard F4.2, qualifié fin 2025, ajoute la liaison 16 Block 2 améliorée et le SATCOM. En 2026, le F4.3 introduira le missile air-air MICA NG, un SPECTRA rénové et une nacelle de désignation TALIOS dotée d’intelligence artificielle pour l’identification automatique de cibles.

Solenzara, septembre 2009

En septembre 2009, sur la base corse de Solenzara, les Rafale de l’escadron de chasse 1/7 «Provence» affrontent les Typhoon de la Royal Air Force en combat tournoyant. Bilan : neuf victoires pour une défaite, selon le retour d’expérience des pilotes français.

Deux mois plus tard, sur la base d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis, lors de l’exercice Advanced Tactical Leadership Course, les Rafale obtiennent des résultats favorables en combat au-delà de la portée visuelle face aux mêmes adversaires. Ces engagements testent en priorité la qualité des radars, des missiles et la capacité à traiter l’information embarquée en temps réel, trois domaines dans lesquels le MDPU dispose alors d’une avance documentée sur l’avionique de l’Eurofighter.

L’Eurofighter de 2009 n’emporte aucune munition air-sol de précision crédible. Conçu pour l’interception, il se présente à ces exercices avec la moitié de ses capacités théoriques indisponibles. Ces chiffres proviennent de sources françaises ; aucune évaluation indépendante publiée ne les confirme ni ne les contredit.

Depuis le début des années 2020, le consortium Eurofighter engage des milliards pour doter l’appareil des capacités que le Rafale possède depuis son entrée en service. En octobre 2025, l’Allemagne a commandé 20 Eurofighter Tranche 5 pour 3,75 milliards d’euros. Ces appareils embarquent le radar à balayage électronique E-Scan et le système de guerre électronique AREXIS développé par le suédois Saab. Surtout, ils peuvent emporter des missiles antiradars pour des missions de suppression des défenses aériennes ennemies, les mêmes missions que les Tornado ECR assuraient depuis quarante ans et que les Tranche 1, 2 et 3 ne pouvaient pas mener.

En janvier 2026, le Royaume-Uni a engagé 453 millions de livres sterling pour équiper 40 Typhoon FGR4 du radar ECRS Mk2, qui combine détection avancée, brouillage actif et attaque électronique offensive. Ce programme dit «Super Typhoon», adossé au missile longue portée Meteor et à une avionique entièrement repensée, vise à maintenir l’appareil opérationnel jusqu’aux années 2040.

75 millions contre 140 : la facture du choix initial

Le coût unitaire de l’Eurofighter peut atteindre 140 millions d’euros selon les configurations. Le Rafale Air est facturé à la France aux alentours de 75 millions d’euros, un prix tiré vers le bas par le volume des commandes export. La Cour des comptes française a établi que les Eurofighter acquis par le Royaume-Uni ont coûté 43,6 milliards d’euros au total, soit un dépassement de 75 % par rapport aux prévisions initiales.

Dassault Aviation a livré 26 Rafale en 2025, 15 à l’export et 11 pour la France, dépassant son propre objectif annoncé. Le 300e appareil a quitté les chaînes de Mérignac en octobre. Le chiffre d’affaires ajusté du groupe a atteint 7,42 milliards d’euros, en hausse de 19 % sur un an.

En 2020, Dassault produisait un Rafale par mois. En 2025, le rythme est passé à 26 livraisons annuelles. L’objectif est 28 en 2026, puis une montée vers 3 appareils par mois, et 4 dans les deux années suivantes. Le consortium Eurofighter, qui regroupe quatre nations, BAE Systems, Airbus Defence, Leonardo et Indra, a produit 14 appareils en 2024 avant d’annoncer en juin 2025 une montée à 20 unités par an.

F5 et nEUROn : Paris engage la décennie suivante

En octobre 2024, le ministère des Armées a notifié aux industriels les premières commandes du standard F5. Le chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace a qualifié ce standard de «rupture technologique» et de «nouvel avion». La première livraison est programmée pour 2030. La capacité opérationnelle initiale est attendue en 2033, la pleine capacité en 2035.

Au Salon du Bourget en juin 2025, Safran a dévoilé le moteur M88 T-REX. Conservant les dimensions du M88 actuel, condition indispensable pour ne pas imposer une refonte complète de la cellule, ce réacteur développe 9 tonnes de poussée avec postcombustion, soit 20 % de plus que la version en service. La DGA a confirmé en décembre 2025 tester les premières briques technologiques du moteur. Cette puissance supplémentaire est calculée pour emporter l’ASN4G, le futur missile de croisière nucléaire hypersonique dont l’entrée en service est prévue pour 2035.

Au même Bourget, Dassault a présenté une maquette en taille réelle d’un drone de combat furtif dérivé du démonstrateur nEUROn, conçu pour précéder le Rafale F5 lors de pénétrations en environnement fortement défendu et saturer les systèmes de défense sol-air adverses.
Le 8 avril 2026, le Conseil des ministres a examiné la révision de la loi de programmation militaire 2024-2030. L’arbitrage a tranché en faveur du développement du F5 plutôt que d’achats supplémentaires de Rafale F4. Les Émirats arabes unis, qui devaient cofinancer une partie du développement, se sont retirés : la France assumera le programme seule. La cible de la flotte française est fixée à 285 appareils d’ici 2035.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

1 commentaires sur « Comment le Rafale a remporté le match face à l’Eurofighter Typhoon »

Publiez un commentaire

1 commentaires