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31,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en hausse de 15 % sur un an. Le résultat opérationnel courant a progressé de 26 % pour atteindre 5,2 milliards d’euros, avec une marge de 16,6 %. Le bénéfice net s’est établi à 3,2 milliards d’euros. Le jour de l’annonce des résultats, l’action a bondi de plus de 8 %, plaçant le titre en tête du STOXX 600.
Le moteur LEAP en est le socle. Safran en a livré 1 802 exemplaires en 2025, soit 28 % de plus qu’en 2024. « C’est un volume que nous n’avions jamais atteint », a déclaré Olivier Andriès, directeur général du groupe. Au troisième trimestre, le seul segment propulsion a connu une croissance de 26 % de son chiffre d’affaires. Mais ce qui dope les marges, c’est l’après-vente : les pièces de rechange civiles ont progressé de 21,6 % au premier semestre, les services de maintenance de 24,6 %. Chaque moteur livré génère dix à quinze ans de revenus récurrents.
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En juillet 2025, Safran a finalisé le rachat des activités d’actionnement et de commandes de vol de Collins Aerospace pour 1,8 milliard de dollars. C’est la plus grande acquisition du groupe depuis Zodiac Aerospace en 2018. L’entité intégrée au 1er août dans Safran Electronics & Defense emploie 4 000 personnes sur huit sites en Europe et en Asie, couvre 180 programmes civils et militaires, et a généré 1,55 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2024.
Safran se positionne désormais comme leader mondial des systèmes d’actionnement et de commandes de vol, aux côtés de l’américain Moog et de l’allemand Liebherr. Le marché concerné pesait 33 milliards de dollars en 2023 et devrait atteindre 51 milliards d’ici 2032. Andriès a indiqué que cette acquisition permet au groupe de proposer « une offre complète » et de se « positionner très favorablement pour les avions de nouvelle génération ».
Pour 2026, Safran anticipe une croissance du chiffre d’affaires de 12 % à 15 % et un résultat opérationnel courant entre 6,1 et 6,2 milliards d’euros, légèrement supérieur au consensus des analystes de RBC et J.P. Morgan. À horizon 2028, les objectifs ont été relevés d’un milliard par rapport aux cibles fixées fin 2024 : le groupe vise entre 7 et 7,5 milliards d’euros de résultat opérationnel courant, avec un taux de croissance annuel moyen du chiffre d’affaires d’environ 10 %. Le cash-flow libre cumulé sur la période 2024-2028 est attendu à 21 milliards d’euros, contre 15 à 17 milliards initialement.
Ces chiffres reposent sur un plan industriel précis. Safran doit passer de 1 802 moteurs LEAP livrés en 2025 à 2 600 par an en 2028. Pour doubler ses capacités de forge, le groupe investit 150 millions d’euros dans une presse hydraulique haute tonnage à Gennevilliers, opérationnelle d’ici 2029. Sur le segment défense, la cadence du M88 doit passer de 71 moteurs en 2025 à 108 en 2026.
Le Maroc, nouvelle plaque de production
La montée en cadence du LEAP appelle une géographie industrielle recomposée. En octobre 2025, lors d’une cérémonie présidée par le roi Mohammed VI, Safran a annoncé plus de 350 millions d’euros d’investissements au Maroc entre 2025 et 2027. Le programme comprend une nouvelle ligne d’assemblage du LEAP-1A destinée à Airbus, d’une capacité de 350 moteurs par an pour 200 millions d’euros, opérationnelle fin 2027, ainsi qu’un atelier de maintenance de 25 000 m² capable d’entretenir 150 moteurs par an pour 120 millions d’euros supplémentaires.
Safran est présent au Maroc depuis vingt-six ans, avec 4 800 salariés sur dix sites. Le groupe prévoit d’y recruter plus de 2 000 personnes dans les cinq prochaines années. L’objectif est d’accompagner CFM International, la coentreprise Safran-GE Aerospace, vers une production de 2 500 moteurs annuels à partir de 2028.
Le réarmement mondial ouvre un second front de croissance. En février 2026, le gouvernement indien a approuvé l’achat de 114 Rafale supplémentaires. Dans la foulée, Safran a annoncé la création d’une première ligne d’assemblage du moteur M88 en Inde, dans le cadre de la politique « Make in India ». Depuis le lancement du programme, l’assemblage de ce moteur militaire n’avait jamais quitté le sol français.
Andriès a fixé la limite de ce qui est transférable : « Les pièces les plus critiques du moteur M88, on ne va pas les faire ailleurs qu’en France. » Ce que New Delhi obtient, c’est l’assemblage final. Le précédent existait déjà : une ligne de la bombe guidée AASM avait été ouverte en Inde en partenariat avec Bharat Electronics. Par ailleurs, Safran a officialisé en février 2026 une alliance stratégique avec le groupe émirien EDGE pour le développement conjoint de systèmes d’armes air-sol. Les activités de défense représentent environ 20 % du chiffre d’affaires du groupe.
RISE et M88 T-REX : les paris technologiques
Au Salon du Bourget, en juin 2025, Safran a présenté une aube de soufflante de 1,6 mètre, tissée en 3D. C’est la première démonstration physique du programme RISE (Revolutionary Innovation for Sustainable Engines), co-développé avec GE Aerospace depuis 2021, dans le cadre d’un partenariat CFM prolongé jusqu’en 2050. La promesse : plus de 20 % d’économies de carburant par rapport aux moteurs actuels, avec une compatibilité au biocarburant et à l’hydrogène liquide.
L’architecture « open fan », soufflante non carénée aux pales deux fois plus grandes que celles des moteurs en service, est sans équivalent chez les concurrents. En novembre 2024, Safran Aero Boosters avait dévoilé à Herstal, en Belgique, le premier prototype de compresseur basse pression à échelle 1, accompagné d’un banc d’essais unique en Europe. Aucune norme réglementaire n’existe encore pour certifier ce type de motorisation. Airbus et Boeing devront, avant de lancer leur prochain monocouloir, choisir entre RISE et l’évolution du GTF de Pratt & Whitney, deux architectures incompatibles entre elles.
Au Bourget également, Safran a lancé le développement du M88 T-REX, version améliorée du moteur militaire destinée au futur Rafale standard F5. La poussée cible est fixée à 9 tonnes avec postcombustion, soit 20 % de plus que le moteur actuel, grâce à un compresseur basse pression revu et de nouveaux matériaux en turbine haute pression.
L’administration Trump a imposé en 2025 des droits de douane dont l’impact net sur le résultat opérationnel de Safran a été évalué entre 100 et 150 millions d’euros. Le groupe a répondu en appliquant des surcharges tarifaires à ses clients, en réorganisant ses flux logistiques via des entrepôts sous douane aux États-Unis et en s’appuyant sur l’éligibilité de certains produits au cadre USMCA. Ces ajustements ont permis de maintenir les prévisions 2025, que Safran a même relevées en cours d’année.
La menace reste entière. Si la politique commerciale américaine se durcit à nouveau, le groupe, dont une part significative des revenus provient du premier marché de l’aviation civile mondiale, ne pourra pas absorber indéfiniment des surcoûts sur des clients eux-mêmes exposés. Le programme RISE ajoute une incertitude distincte : sans cadre réglementaire établi pour l’architecture « open fan », le calendrier de mise en service commerciale reste ouvert, et la décision des avionneurs pourrait retarder ou accélérer l’ensemble de la trajectoire post-2030.


