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Deux cents médecins, un millier de patients, et 5 millions d’euros en poche : la start-up montpelliéraine DiappyMed franchit un cap dans sa tentative de substituer un algorithme aux estimations empiriques qui régissent encore le calcul des doses d’insuline pour quelque 400 000 Français. Tout repose désormais sur une seule échéance : l’obtention du remboursement par l’Assurance Maladie, attendue fin 2026.
Ventech, 5 millions, et un certificat européen
Le tour de table réunit quatre investisseurs : Ventech, qui prend la tête de l’opération, AFI Ventures, Sofilaro et IRDI Capital Investissement. Ventech vient de boucler en septembre 2025 son sixième fonds à 175 millions d’euros, le plus important depuis sa création il y a vingt-six ans, avec l’intelligence artificielle et la santé numérique pour axes prioritaires. Sa présence au capital confère à DiappyMed une visibilité dépassant le périmètre régional. IRDI était déjà entré lors du premier tour de 1,2 million d’euros en 2023.
La semaine précédant la publication de cet article, DiappyMed a annoncé au congrès de la Société Francophone du Diabète, réuni à Lyon du 31 mars au 3 avril 2026, l’obtention du marquage CE d’EkiYou® V2. Cette certification atteste de la conformité du dispositif aux nouvelles exigences du règlement européen MDR. Elle constitue une pièce centrale du dossier soumis à l’Assurance Maladie.
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Quatre à six calculs par jour supprimés
EkiYou® s’adresse aux adultes diabétiques de type 1 ou de type 2 traités par stylo à insuline en schéma basal/bolus, les multi-injections quotidiennes. En France, cette population représente environ 400 000 patients sur les plus de 4 millions de personnes atteintes de diabète. L’application intègre sur smartphone la glycémie, les données alimentaires, l’activité physique et la sensibilité individuelle à l’insuline pour produire un calcul de dose personnalisé, mis à jour en continu.
Là où le calcul des doses repose encore sur des estimations empiriques, EkiYou® propose un ajustement dynamique et continu, selon Coralie Lefèvre, cofondatrice de DiappyMed avec Omar Diouri et Youssef Raqui. L’étude clinique GLUCAL, conduite en partenariat avec le CHU de Montpellier, fournit des données chiffrées : les patients utilisant EkiYou® ont passé 5,75 % de temps supplémentaire dans la cible glycémique fixée entre 70 et 180 mg/dL, et ont réduit de 24 % le nombre de bolus de correction quotidiens. Christine Coffin, cheffe du service endocrinologie-diabétologie au CH de Périgueux, retient la notion de diabétologue de poche : disposer d’un tel outil entraîne, selon elle, une diminution nette de la charge mentale quotidienne. Une deuxième étude randomisée contrôlée, GLUCAL3, implique actuellement 154 patients répartis sur 14 centres.
400 000 patients adressables, 1 000 suivis
Les chiffres actuels mesurent l’écart. DiappyMed suit un millier de patients et compte deux cents prescripteurs actifs, sur un bassin potentiel de 3 000 diabétologues en France. Le taux de pénétration côté prescripteurs dépasse à peine 6 %. Côté patients, il est inférieur à 0,3 % du marché adressable.
Sans remboursement public, la diffusion reste confinée aux patients informés et disposés à financer eux-mêmes l’outil. Le dossier déposé auprès de l’Assurance Maladie conditionne directement la capacité d’EkiYou® à franchir ce plafond.
La start-up a déposé un dossier sous le dispositif PECAN, Prise en Charge Anticipée Numérique, mécanisme instauré en juillet 2023 et dont le cadre tarifaire a été précisé par arrêté du 22 avril 2024. La structure de remboursement prévoit un forfait initial de 435 euros pour les trois premiers mois, puis 38,3 euros par mois à partir du quatrième mois, pour un plafond annuel de 780 euros TTC par patient. Une décision est attendue au quatrième trimestre 2026.
Le marquage CE obtenu début avril renforce directement ce dossier. Sans lui, l’instruction par l’Assurance Maladie resterait suspendue.
374 000 patients en Allemagne : ce que le modèle DiGA préfigure
L’Allemagne a mis en place dès 2020 le DiGA, Digitale Gesundheits Anwendungen, équivalent opérationnel du PECAN. Entre 2020 et 2023, ce programme a permis de traiter 374 000 patients via des applications médicales numériques remboursées, dont 206 000 pour la seule année 2023. La France dispose d’un marché adressable de taille comparable sur le segment du diabète sous insuline. Cet écart entre les deux pays mesure ce que produit concrètement un mécanisme de remboursement fonctionnel, et ce que DiappyMed attend de la décision PECAN.
Début 2026, DiappyMed a signé un partenariat avec Sanofi pour accélérer le déploiement auprès des médecins spécialistes. La relation entre les deux entités remonte à 2023 : DiappyMed avait remporté cette année-là le prix Innovation en Santé Numérique décerné conjointement par Sanofi et la SFD, pour EkiYou Carbs, un module de comptage des glucides distinct du calcul de doses. L’accord commercial signé début 2026 formalise trois ans de collaboration.
Sanofi apporte la force de diffusion que DiappyMed, dix-sept salariés, ne peut déployer seul. L’objectif est précis : passer de 200 à 3 000 prescripteurs actifs. La prescription peut s’accélérer par ce canal ; le volume de patients, lui, attendra la décision de l’Assurance Maladie.
Une partie des 5 millions d’euros financera la R&D. DiappyMed travaille à trois nouvelles fonctionnalités : l’analyse photographique des repas pour automatiser l’estimation glucidique, la connexion aux données d’activité physique issues des montres et capteurs connectés, et la prise en compte du cycle menstruel, dont l’influence sur la sensibilité à l’insuline est documentée dans la littérature clinique.
Sur le marché des dispositifs pour diabétiques, DiappyMed occupe un créneau distinct de celui de Diabeloop, la start-up grenobloise dont l’algorithme opère sur pompes à insuline en boucle fermée et cible désormais le marché américain. EkiYou® se positionne sur les stylos injecteurs, qui restent la modalité de traitement utilisée par la grande majorité des insulino-dépendants français.


