Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Sur un terrain de 3,1 hectares, la ville de Saint-Quentin accueillera d’ici 2027 une méga usine de caramel. Nigay, fabricant installé dans la Loire depuis 171 ans, y engage 30 millions d’euros sur trois ans. Ce sera son troisième site de production industrielle en France, après Feurs et Nesle.
Le calendrier est désormais verrouillé. Les travaux ont démarré au second semestre 2025, après que la consultation publique imposée par la procédure ICPE — Installations Classées pour la Protection de l’Environnement — s’est tenue à l’été 2025 sans obstacle majeur. La mise en service est prévue pour 2027. Dès l’ouverture, une trentaine de postes seront créés.
Betteraves, blé, maïs : le territoire comme argument
Les Hauts-de-France produisent deux des matières premières centrales de Nigay : le saccharose extrait de la betterave sucrière, et les sirops de glucose issus du blé et du maïs. S’approvisionner localement réduit les coûts logistiques et sécurise les volumes.
La région offre un second avantage, projeté sur l’horizon 2032 : le Canal Seine-Nord Europe, dont la mise en service à cette date ouvrira un axe fluvial direct vers les ports du Nord. Nigay anticipe. Depuis 2019-2020, le groupe exploite déjà une usine à Nesle, dans la Somme, directement reliée par un pipe à la glucoserie de son fournisseur Tereos. Saint-Quentin complète un maillage industriel régional déjà engagé.
Deux kilos de caramel Nigay sont consommés chaque seconde dans le monde. Le groupe livre plus de 450 références sur cinq continents, emploie plus de 350 collaborateurs, et réalise plus des trois quarts de son chiffre d’affaires à l’export. En France, son nom reste quasi inconnu du grand public — il travaille pour l’industrie agroalimentaire, pas pour le consommateur final.
L’entreprise a été fondée en 1855 à Feurs, dans la Loire. Six générations de la même famille se sont succédé à sa tête. Depuis le 1er janvier 2026, Agnès et Vincent Nigay dirigent le groupe, après qu’Henri Nigay a transmis les rênes après quarante-deux ans de direction. La transition s’est opérée au moment précis où le groupe accélère sa cadence d’investissement sur plusieurs fronts simultanément.
Feurs, Nesle, Saint-Quentin : trois sites, une logique
Saint-Quentin sera le troisième maillon d’un réseau productif en cours de refonte totale. À Feurs, 45 millions d’euros sont engagés sur sept à dix ans : un nouvel atelier de 4 000 m² dédié aux éclats de caramel est en construction, accompagné d’un hangar de 3 000 m² équipé de panneaux photovoltaïques. À Nesle, l’usine inaugurée en juin 2022 a déjà absorbé plus de 20 millions d’euros d’investissement. Chaque site répond à une spécialisation productive distincte, chaque implantation a été pensée en fonction des flux de matières premières et des axes logistiques disponibles.
En janvier 2026, Nigay a signé une joint-venture à parité avec l’indien Sayaji Industries Limited. Une usine de caramel sera construite à Ahmedabad, dans le Gujarat. Elle desservira les marchés indien, moyen-oriental, africain et asiatique. La mise en service est prévue fin 2027, en parallèle exacte de Saint-Quentin.
Deux continents, deux usines, deux chantiers conduits de front. Pour une PME de 350 salariés, l’ampleur de l’opération tranche avec le profil habituel d’une entreprise familiale en croissance progressive.
L’État en déplacement à Feurs
En novembre 2025, Nigay a été désigné lauréat de Choose France, le programme gouvernemental qui distingue les projets d’investissement industriel sur le territoire national. Le 4 février 2026, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, s’est rendu en personne à Feurs pour rencontrer la direction du groupe.
Les Hauts-de-France se livrent depuis plusieurs années une compétition ouverte avec d’autres régions pour attirer des projets industriels à forte intensité en emploi. Saint-Quentin ajoute à ce palmarès une implantation ancrée dans l’agriculture locale, loin des arbitrages habituels qui opposent décarbonation, relocalisation et compétitivité-coût.


