Rafale vendus moins chers à la Grèce… pour aider l’Ukraine : l’étrange deal de macron

Macron tente de débloquer les livraisons de Mirage à l'Ukraine en offrant des Rafale à prix réduit à la Grèce. Un deal séduisant sur le papier, déjà rejeté une fois par le gouvernement grec.

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Emmanuel Macron est arrivé à Athènes jeudi 24 avril pour renouveler le partenariat stratégique franco-grec et soumettre à Kyriakos Mitsotakis une proposition d’échange : les Mirage 2000 grecs contre des Rafale à conditions préférentielles, pour alimenter les lignes ukrainiennes.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron soumet au premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis une proposition révélée par le média grec Estia : la Grèce céderait sa flotte de Mirage 2000 à l’Ukraine, pièces de rechange incluses, en échange de Rafale fournis par Dassault Aviation à des conditions préférentielles.

Le cadre officiel de la visite est le renouvellement de l’accord de partenariat stratégique signé en septembre 2021, ratifié par le Parlement grec le 7 octobre 2021. Le texte est reconduit pour cinq ans avec une clause de reconduction automatique à durée indéterminée, et étendu à deux nouveaux domaines : la protection civile et l’innovation. L’agenda comporte également des échanges sur la sécurité maritime, en particulier les conséquences pour le commerce mondial de la fermeture du détroit d’Ormuz dans le contexte du conflit en Iran, ainsi qu’une discussion sur le parapluie nucléaire français dans le cadre de l’autonomie stratégique européenne.

Athènes dit non avant d’avoir négocié

Selon des sources concordantes, le gouvernement grec avait rejeté formellement la proposition avant l’arrivée de Macron. Ce refus ne repose pas sur un désaccord de fond concernant l’Ukraine. a Grèce a par ailleurs déjà livré à l’Ukraine des missiles Crotale et diverses munitions.

Athènes souhaitait vendre ses Mirage, pas les céder. Paris a refusé de les racheter. Derrière cette divergence, l’Armée de l’Air grecque redoute de créer un vide capacitaire face à la Turquie pendant les années d’attente avant la réception d’un nombre suffisant de Rafale de remplacement. Ankara a commandé des Eurofighter et maintient ses prétentions en mer Égée depuis plusieurs décennies.

Une piste de contournement circule depuis la mi-avril 2026, sous pression de l’OTAN. L’Estonie, la République tchèque ou l’Allemagne pourraient jouer le rôle d’intermédiaires : racheter les Mirage à la Grèce, puis les reverser à l’Ukraine. Cette architecture en deux étapes protégerait politiquement Athènes tout en permettant le transfert. Aucun de ces pays n’a confirmé publiquement sa participation.

Les premiers appareils ont été remis à Kyiv au premier trimestre 2025, annoncés par le ministre des Armées Sébastien Lecornu. En juillet 2025, l’un d’eux a été perdu dans un accident : le pilote s’est éjecté sain et sauf. Trois Mirage 2000-5F supplémentaires ont été livrés en octobre 2025, portant le total à cinq appareils cédés par la France. En mars 2026, deux livraisons supplémentaires étaient attendues.
Ces appareils assurent des missions d’interception de missiles de croisière et de drones grâce au radar RDY-2 et aux missiles MICA fournis par Paris. Depuis février-mars 2026, leur emploi en frappe au sol avec des bombes AASM Hammer a été confirmé opérationnellement.

L’Armée de l’Air et de l’Espace française ne compte qu’une vingtaine de Mirage en service actif. En février 2026, un accord de principe signé entre la ministre des Armées Catherine Vautrin et son homologue ukrainien Mykhailo Fedorov a prévu six appareils supplémentaires prélevés sur ces stocks. L’Ukraine a demandé jusqu’à vingt-six appareils de plus et sondé le Qatar sur ses propres Mirage 2000. C’est cette impossibilité française à honorer seule la demande ukrainienne qui a conduit Paris à se tourner vers Athènes.

43 Mirage sur le papier

La flotte grecque compte théoriquement quarante-trois appareils : vingt-quatre Mirage 2000-5 Mk II (dix-neuf monoplaces EG et cinq biplaces BG) et dix-huit Mirage 2000 EGM/BGM.
Les dix-huit EGM/BGM, acquis en 1985, ont été retirés du service actif en 2022 avec l’entrée en service des premiers Rafale grecs. Depuis, une partie a été cannibalisée pour pièces à la base de Tanagra. Leur remise en état de vol est considérée comme très improbable. La Grèce avait tenté de les céder à plusieurs pays, dont l’Inde, sans trouver preneur. Pour l’Ukraine, ces appareils ne présenteraient d’intérêt que comme réservoir de pièces détachées pour maintenir les Mirage 2000-5 déjà en service.

Restent les vingt-quatre Mirage 2000-5 Mk II, sous réserve de leur disponibilité technique réelle. Une contrainte calendaire pèse sur toute décision : le contrat de maintenance Follow-On Support liant la Grèce à Dassault expire en 2027. Passée cette échéance, entretenir la flotte deviendra substantiellement plus coûteux. Des scénarios antérieurs avaient envisagé un transfert de huit à douze appareils contre des engagements sur des Rafale F4.

Dassault : un carnet à dix ans de production

Dassault Aviation a livré vingt-six Rafale en 2025, légèrement au-dessus de son objectif de vingt-cinq unités. L’objectif pour 2026 est de vingt-huit appareils. La montée en cadence prévoit quarante-huit livraisons annuelles d’ici 2028-2029, et potentiellement soixante à l’horizon 2030.

Le 12 février 2026, le Conseil d’acquisition de la défense indien a accordé son Acceptance of Necessity pour l’achat de cent quatorze Rafale F4, pour un montant estimé entre 30 et 33 milliards d’euros. La signature du contrat final est attendue courant 2026 ou début 2027. Un contrat pour vingt-six Rafale Marine avait déjà été signé en avril 2025. Fin 2025, le carnet de commandes de Dassault atteignait deux cent vingt appareils, cent soixante-quinze à l’export et quarante-cinq pour la France, soit l’équivalent de dix ans de production au rythme actuel. Des tensions chez les sous-traitants constituent un risque réel sur les cadences annoncées.

La Grèce vise pour son prochain lot le standard Rafale F4.3, ce qui implique des délais de livraison susceptibles de s’étirer sur plusieurs années. À quoi s’ajoute une variable rarement mentionnée : tout transfert de Mirage grecs à l’Ukraine devrait s’accompagner de stocks de munitions compatibles, missiles MICA, bombes AASM Hammer, éventuellement missiles SCALP, ce qui alourdit considérablement l’équation financière pour l’ensemble des parties.



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