Flambée des carburants : les flottes d’entreprise en première ligne

La flambée des prix du carburant met toutes les entreprises gérant des flottes sous pression. Dans cette tribune, Jérôme Bamy (Samsara), revient sur les conséquences de cette hausse pour les flottes et propose des solutions concrètes pour en limiter les effets.

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Le carburant cher est une tendance clairement installée. Le prix du pétrole brut (ajouté aux coûts de raffinage, de distribution) et à la fiscalité énergétique, n’a cessé de grimper ces derniers mois. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, passage clé pour une grande partie du pétrole mondial, ont accéléré cette hausse.Pour les entreprises, chaque litre supplémentaire pèse fortement sur les budgets de flotte.

Cette volatilité s’installe durablement. Chaque évolution du contexte géopolitique se traduit par des variations rapides, rendant toute anticipation budgétaire plus complexe pour les entreprises. Le carburant devient ainsi une variable instable, difficile à maîtriser et désormais centrale dans la gestion des coûts.

Des impacts démentiels selon la taille des flottes

D’après les moyennes de consommation estimées par le Comité National Routier, pour un utilitaire léger qui parcourt autour de 40 000 km par an, cela correspond à environ 900 euros en plus. Pour un fourgon de livraison sur 60 000 km, on est plutôt autour de 1 800 euros. Et dès qu’on passe sur du poids lourd, les chiffres s’envolent : près de 9 900 euros pour un régional, jusqu’à 16 500 euros pour du longue distance.
À l’échelle d’une flotte, même de taille modeste, la facture explose : 27 000 à 495 000 euros supplémentaires par an selon le nombre de véhicules.

Et toutes les entreprises ne subissent pas cette hausse de la même façon. Les TPE et PME apparaissent comme les plus exposées. Elles ne disposent pas de leviers de négociation et doivent arbitrer rapidement : répercuter la hausse sur les prix, réduire les déplacements ou rogner sur leurs marges. Dans les secteurs dépendants de la mobilité : artisanat, maintenance, livraison , l’équation devient particulièrement contraignante. 

Les grandes flottes disposent, à l’inverse, de mécanismes d’amortissement : contrats d’approvisionnement, cartes carburant négociées, politiques internes de mobilité. Mais leur volume de consommation transforme la hausse en coûts absolus considérables, parfois chiffrés en millions d’euros. La pression reste donc forte, même pour les acteurs les mieux équipés.

Des mesures gouvernementales pour soutenir les entreprises

Pour soulager les secteurs professionnels les plus exposés dont le transport, le gouvernement a mis en place plusieurs dispositifs : reports de cotisations sociales, étalements d’échéances fiscales et prêts de court terme garantis par Bpifrance.
Ces mesures apportent un soutien financier immédiat, mais d’une part ne concerne pas toutes les entreprises ayant une flotte à gérer et ne remplacent pas les leviers opérationnels dont elles peuvent disposer pour maîtriser leurs coûts.

Face à cette situation, la réponse ne doit pas seulement être budgétaire mais également opérationnelle. L’optimisation des usages s’impose comme un levier immédiat. Réduction des trajets inutiles, planification plus fine des tournées, adoption de l’écoconduite ou limitation du ralenti moteur (qui peut d’ailleurs consommer de 2,5 à 4 litres par heure) permettent des gains rapides et mesurables.

La télématique de flotte joue ici un rôle décisif. En donnant accès à des données précises : consommation par véhicule, comportements de conduite, temps de ralenti, efficacité des itinéraires, elle permet d’identifier concrètement les sources de surconsommation.

Ces outils de pilotage permettent également d’instaurer une gestion plus proactive : ajustement des parcours en temps réel, suivi des performances, sensibilisation des conducteurs sur la base de données factuelles. À la clé, des économies tangibles, mais aussi une transformation durable des pratiques.

À plus long terme, la transition vers des motorisations alternatives : hybrides, électriques ou biocarburants s’inscrit dans cette logique de réduction de la dépendance au pétrole. Mais elle nécessite des investissements et du temps, ce qui laisse de nombreuses entreprises exposées à court terme.

Vers une nouvelle approche de gestion des flottes

La flambée des carburants impose une évolution rapide des modèles de gestion des flottes. Là où le carburant était une dépense subie, il devient un poste stratégique à piloter finement.

Dans ce contexte, les entreprises capables de s’appuyer sur la donnée, d’optimiser leurs usages et d’anticiper les fluctuations seront les mieux armées. Les autres risquent de subir durablement une volatilité devenue structurelle, qui redéfinit en profondeur l’économie de la mobilité professionnelle.

Jérôme Bamy
Senior Manager Sales chez Samsara



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