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Le 14 avril 2026, François Delahaye, directeur général du Plaza Athénée, convoque son personnel en assemblée générale. Jean Imbert n’est plus chef à effet immédiat. Jocelyn Herland, chef exécutif en poste, prend la direction des cuisines. Aux équipes réunies ce jour-là, la direction transmet une consigne : « Si des clients vous posent la question, notre chef est Jocelyn Herland à présent, et lui seul. »
Le lendemain, la direction confirme l’information à l’AFP. Delahaye a déclaré à l’AFP : « Avec ce qu’il s’est passé dans sa vie privée, on le retire de la tête de gondole. » Il admet que la fréquentation de l’établissement « avait été un peu affectée » depuis les révélations publiées un an plus tôt.
Jean Imbert conserve un titre de « directeur artistique » lui permettant d’apporter des idées de concepts ou de nouveaux plats, sans gérer les équipes. Son contrat devait prendre fin en juin 2026. Une clause prévoit un licenciement en cas de condamnation. Le restaurant JiPa devrait changer de nom en septembre 2026. Delahaye a rappelé publiquement la présomption d’innocence : « S’il est avéré coupable, je prendrai les responsabilités qui sont les miennes. »
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Cinq ans au sommet
En juin 2021, la direction du Plaza Athénée confie ses cuisines à un chef de 38 ans sans étoile dans un palace. Alain Ducasse avait quitté l’établissement après deux décennies. Son successeur venait de la télévision.
Jean Imbert avait remporté la troisième saison de Top Chef sur M6 en 2012, à 29 ans. L’Acajou à Paris, puis un partenariat avec le rappeur Pharrell Williams pour le Swan à Miami en 2018, puis la direction du restaurant Monsieur Dior avenue Montaigne en 2022 : il ouvre son restaurant au Plaza le 5 janvier 2022. Le 22 mars suivant, neuf semaines après l’ouverture, le Guide Michelin lui décerne une étoile.
En 2024, il reprend La Palme d’Or à l’Hôtel Martinez à Cannes, couronnée d’une étoile Michelin dès 2025. En mars 2025, Disneyland Paris inaugure La Forêt Secrète par Jean Imbert au Disneyland Hotel. Vanity Fair le classe parmi les cinquante personnalités françaises les plus influentes dans le monde. GQ l’a sacré « Chef de l’année » en 2019. Beyoncé, Kylian Mbappé et Omar Sy figurent parmi ses clients.
Le 23 avril 2025, Elle publie une enquête recueillant les témoignages de quatre ex-compagnes de Jean Imbert. Le magazine décrit « un schéma répété, durable et concordant de faits de dénigrement, de volonté de contrôle et de jalousie excessives ». Trois d’entre elles évoquent des violences psychologiques « parfois dégénérées en violences physiques ».
L’une des sources, désignée sous le prénom fictif de « Zoé » et décrite comme une personnalité du monde des médias, situe les comportements de contrôle dans les « zones orange et rouge » du Violentomètre, un outil de prévention des violences conjugales. Jean Imbert, interrogé, nie formellement avoir exercé « la moindre violence physique ou psychologique envers d’ex-compagnes ».
Trois plaintes suivront en moins d’un an.
Trois plaintes, trois récits
Le 23 août 2025, l’actrice Lila Salet dépose plainte contre Jean Imbert pour « violences conjugales et séquestration ». Elle décrit une relation de sept mois en 2012-2013 et un épisode de séquestration présumée dans un hôtel de Florence en janvier 2013. Le parquet de Versailles ouvre une enquête pour « violences sur conjoint ». Les avocates d’Imbert, Mes Jacqueline Laffont-Haïk et Julie Benedetti, soulèvent immédiatement la question de la prescription, les faits de violences conjugales étant soumis à un délai de six ans en droit français.
Le 23 septembre 2025, une deuxième plainte est déposée par une femme désignée sous le prénom modifié de « Lucie ». Elle avait rencontré Jean Imbert en 2010, alors qu’elle était serveuse à L’Acajou. Elle décrit deux épisodes de violences physiques : une cigarette écrasée sur son épaule et « une grosse claque » lors d’une dispute. C’est elle, dit-elle, qui avait inscrit Jean Imbert à Top Chef.
En mars 2026, Alexandra Rosenfeld, ex-Miss France 2006, sort de l’anonymat. Elle avait témoigné dans Elle sous le prénom fictif d’« Éléonore ». Elle accuse Jean Imbert de lui avoir fracturé le nez lors d’une dispute en 2013. Les équipes de Complément d’enquête retrouvent la maquilleuse présente ce jour-là, qui confirme avoir constaté les blessures. Une radiographie réalisée le lendemain établit une « fracture des os propres du nez ». Le 26 novembre 2025, Rosenfeld avait témoigné à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une table ronde sur le contrôle coercitif : « Il provoquait des colères pour ensuite retourner la situation et me faire passer pour folle », a-t-elle déclaré.
Partenaires : le retrait en cascade
Dès la plainte de Lila Salet, en août 2025, Jean Imbert annonce sur Instagram « se mettre en retrait » de ses établissements, le temps que la justice se prononce. Il dit n’avoir « pas de doute sur l’issue de l’enquête ».
En septembre 2025, LVMH annonce que le contrat de Jean Imbert au restaurant Monsieur Dior, avenue Montaigne, est « arrivé à échéance ». Le groupe recrute le chef Yannick Alléno, dix-sept étoiles Michelin, pour prendre la succession. Ni LVMH ni Imbert ne commentent publiquement.
Le 26 mars 2026, France 2 diffuse un numéro de Complément d’enquête consacré aux « nouvelles stars de la cuisine ». L’émission donne la parole à Rosenfeld et revient en détail sur les accusations de contrôle coercitif. Thierry Marx, ancien juré de Top Chef, présent sur le plateau, se dit « choqué » et estime que « les enquêtes doivent se faire ».
Disneyland Paris, qui avait inauguré La Forêt Secrète en mars 2025, cesse dès février 2026 de mentionner le nom du chef dans ses communications. À Cannes, La Palme d’Or à l’Hôtel Martinez continue d’afficher le nom de Jean Imbert sur ses supports officiels en avril 2026.
Le calcul des institutions
Dans chaque cas, LVMH, Disneyland Paris, Plaza Athénée, la rupture ou le retrait intervient sans condamnation judiciaire. François Delahaye, directeur général du Plaza Athénée le dit sans détour : la décision du 15 avril 2026 repose sur l’impact réputationnel, pas sur un verdict. Les plaintes sont en cours d’instruction. Jean Imbert reste présumé innocent.
La question que Delahaye a posée sans la formuler est celle-ci : jusqu’où la gestion du risque d’image peut-elle anticiper le droit ? Sa réponse est pragmatique. Il a évoqué la fréquentation affectée. Il n’a pas prétendu rendre un jugement.
Depuis 2012, Top Chef et les émissions culinaires du même type ont transformé des cuisiniers en marques personnelles, adossées à des palaces, des groupes de luxe, des parcs de loisirs. Thierry Marx, qui a siégé dans le jury de l’émission, a mesuré depuis un plateau de France 2 ce que ce modèle produit quand il se retourne.


