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C’était censé incarner une nouvelle ère, entre sobriété affichée et ingénierie réinventée. À quatre ans de l’échéance, le projet des Jeux Olympiques d’hiver 2030 glisse pourtant vers une impasse à la fois politique et organisationnelle. Les turbulences s’accumulent autour d’un Cojop désormais en plein désordre, entre départs en série, conflits de gouvernance et désengagement des territoires.
Une hémorragie de talents au sommet du Cojop
La mécanique interne se grippe à un rythme soutenu. Trois démissions en moins de trois mois, toutes au sommet de l’organigramme, et un climat interne miné par les tensions. Bertrand Méheut, ex-président du comité des rémunérations, a jeté l’éponge le 2 février. Un départ brutal, accompagné d’un courrier aux termes sans détour : « dérive importante », « démotivation profonde ». L’ex-PDG de Canal+ n’a pas mâché ses mots, pointant un système en perte de cap. Il évoque un Cojop devenu « un repoussoir pour les talents ». Deux autres figures issues de Paris 2024, Anne Murac et Arthur Richer, avaient déjà claqué la porte. La première, directrice des opérations, n’a tenu que cinq mois. Le second, directeur de la communication, a préféré quitter le navire en janvier.
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Le tandem exécutif en rupture ouverte
À la tête de la structure, l’unité promise n’aura pas tenu. Edgar Grospiron, président du comité, et Cyril Linette, directeur général, ne se parlent quasiment plus. L’ancien champion olympique avait pourtant soutenu la nomination de Linette. Depuis, le courant ne passe pas. Les discussions autour d’un départ négocié du DG sont en cours. Rien n’est encore signé, mais les demandes de Linette, jugées « extravagantes », bloquent l’accord.
Le désaccord s’est affiché au grand jour à Milan. Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a sèchement rappelé Linette à l’ordre, lui interdisant de parler à la presse. Seul le président, a-t-il martelé, est autorisé à s’exprimer. Un camouflet public. Linette, désormais isolé, tente de protéger ses équipes tout en restant loyal à une organisation qui ne semble plus vouloir de lui.
Une gouvernance verticale et des circuits opaques
Grospiron concentre les critiques. Sa gestion est décrite comme solitaire, autoritaire. Bertrand Méheut parle d’un président qui se comporte « comme un PDG, sans en avoir le titre ni les compétences ». Les circuits de décision sont opaques, les responsabilités mal définies. Le départ d’Arthur Richer a mis en lumière l’existence d’un groupe de communication parallèle, gravitant autour du président et court-circuitant les circuits officiels. Dans ce climat, la question de la relève se pose. Mais les profils ne se pressent pas. « Vous avez qui pour remplacer un champion olympique ? », glisse un proche du dossier.
L’État en alerte
Les effets de cette gouvernance chahutée se font sentir sur le terrain politique. La Savoie a suspendu sa participation aux réunions du Cojop dès décembre 2025. Hervé Gaymard, président du conseil départemental, dénonce un manque de concertation et refuse de voir son territoire servir de « variable d’ajustement budgétaire ». Du côté de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le ton monte aussi : une subvention de 4,5 millions d’euros est bloquée. Fabrice Pannekoucke, à la tête de l’exécutif régional, ne cache plus son agacement face à la gestion Grospiron.
Le dossier technique, lui, reste flou. La carte des sites n’est pas finalisée. Le retour de Val d’Isère a entraîné le retrait de Méribel. Une reconfiguration précipitée, à un moment où chaque semaine compte.
À Paris comme à Lausanne, l’inquiétude est palpable. L’Inspection générale des finances juge le budget – 2,132 milliards d’euros – « fragile ». Marina Ferrari, ministre des Sports, demande des comptes. Le CIO, de son côté, tente de reprendre la main. Étienne Thobois, l’un des artisans de Paris 2024, a été chargé d’élaborer un plan opérationnel. Il doit le présenter d’ici le 19 mars, date d’une réunion cruciale du bureau exécutif.
Martin Fourcade avait senti le vent tourner. Sollicité pour prendre la présidence en 2025, il avait décliné l’offre, faute de garanties sur la gouvernance. Le constat s’impose aujourd’hui : l’édifice olympique français de 2030 est menacé de l’intérieur.


