Trail, randonnée, alpinisme : CimAlp monte en puissance

De la Drôme au Népal, CimAlp équipe les pros de la montagne avec des technologies durables. Une PME française qui grimpe haut.

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En 1964, Paul Sailler, tailleur isérois passionné d’alpinisme, cousait ses premières vestes pour les guides de la Drôme. Un demi-siècle plus tard, sa marque CimAlp équipe les expéditions himalayennes, emploie 60 personnes, affiche 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, et vient d’inaugurer un siège social de 7.800 m², baptisé “Le Refuge”, au cœur de la vallée du Rhône. Sans jamais avoir renié son ancrage montagnard ni ses engagements environnementaux, cette PME familiale s’est hissée au deuxième rang de l’e-commerce outdoor en France, tout en défiant les géants du secteur sur leur terrain favori : la performance technique.

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Une trajectoire verticale

CimAlp n’est pas née dans un incubateur, mais dans un atelier artisanal. L’entreprise prend racine dans la Drôme, où Paul Sailler, tailleur et alpiniste, fonde en 1964 une petite structure dédiée à l’équipement des professionnels de la montagne. En 1991, la marque est reprise par Raymond Marsanne, à la tête de la Manufacture Drômoise de Confection. Dix-sept ans plus tard, en 2008, son fils Lionel, alors âgé de 29 ans, prend les rênes et opère un virage décisif : l’abandon du circuit traditionnel au profit de la vente directe par Internet. Ce choix stratégique, marginal à l’époque, s’avère payant.

Entre 2012 et 2025, le chiffre d’affaires bondit de 300.000 euros à 20 millions, avec une croissance annuelle de 20 à 30 %. L’entreprise, désormais basée à Saint-Marcel-lès-Valence, propose 400 références réparties sur six univers : randonnée, alpinisme, trail, trekking, voyage et sports d’hiver. L’e-commerce permet une maîtrise complète de la chaîne de valeur, du design à la distribution, et une réactivité rare dans l’industrie textile. En 2024, CimAlp a célébré son soixantième anniversaire avec une collection capsule en série limitée, réinterprétant neuf pièces historiques dans un esprit vintage, clin d’œil assumé à ses racines.

Un siège comme manifeste

En octobre 2025, CimAlp inaugure « Le Refuge », un bâtiment de 7.800 m² érigé à Saint-Marcel-lès-Valence pour un coût de 10 millions d’euros. L’investissement, réalisé en grande partie avec des entreprises locales, illustre l’enracinement territorial revendiqué par Lionel Marsanne. Le site regroupe 6.000 m² de stockage, 1.400 m² de bureaux, et une boutique de 400 m² ouverte au public depuis juin.

Mais au-delà de sa fonction logistique, « Le Refuge » est pensé comme un manifeste. Entièrement solarisé, doté d’un système de récupération des eaux de pluie et d’une climatisation adiabatique fondée sur l’évaporation naturelle, il vise la neutralité carbone.

Une reconnaissance institutionnelle

En 2025, la marque franchit un cap symbolique avec la signature d’un partenariat avec la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade (FFME). CimAlp devient fournisseur officiel des équipes nationales d’alpinisme masculine (ENAM) et féminine (ENAF), une consécration technique dans un secteur où la légitimité ne se décrète pas. La marque équipe notamment l’expédition menée au Langdung, au Népal, à l’automne 2025. “Quand les athlètes qui portent nos couleurs gagnent à l’étranger, CimAlp gagne des marchés”, résume Lionel Marsanne.

Ce partenariat dépasse la logique du sponsoring. Il valide l’exigence des produits en situation extrême. Parallèlement, la marque entretient un réseau d’ambassadeurs — traileurs, alpinistes, aventuriers — qui éprouvent ses équipements sur le terrain.

L’innovation en fil directeur

CimAlp conçoit ses propres technologies, qu’elle dépose et intègre à ses collections. Ultrashell®, développé en 2016, marque une rupture. Cette membrane sans PFC affiche une imperméabilité de 20.000 Schmerber et une respirabilité de 80.000 MVP, rivalisant avec les meilleurs standards du marché. Elle équipe notamment la veste Storm Pro, homologuée pour l’UTMB, ainsi que les pantalons Torrent et Storm.

Le duvet synthétique Cimaloft®, composé à 37 % de fibres de maïs et à 63 % de polyester recyclé, atteint les performances d’un duvet naturel 850 cuin, sans les risques liés à l’humidité ni le recours à la plume animale. Le tissu 3D-Flex®, breveté en 2004, double l’élasticité des matières classiques, assurant une liberté de mouvement essentielle dans l’effort. Aerodry, Cimashell®, Cimadry® ou encore Cyclone® complètent cet arsenal technologique, en combinant performance et sobriété énergétique. Toutes ces matières sont certifiées Bluesign® et Oeko-Tex.

Du textile à la chaussure

En 2019, CimAlp se lance sur un terrain nouveau : la chaussure de trail. Avec la 864 Drop Control, elle introduit un système de drop évolutif, permettant au coureur de passer progressivement d’une foulée classique à une foulée plus naturelle. Ce concept, développé avec un médecin du sport, est perfectionné avec la X-Trail en 2021, puis la X-Race M en 2025. Ce dernier modèle, conçu pour les distances courtes à moyennes, pèse 275 grammes, gagne 10 % en retour d’énergie grâce à une semelle EVA allégée, et reste sous la barre symbolique des 180 euros. Une stratégie de performance à prix contenu, illustrée dès 2015 par un comparatif flatteur face à Salomon sur le segment textile.

L’éthique comme structure porteuse

L’innovation n’est pas cantonnée aux produits. En 2016, après avoir vu le film Dark Waters, Lionel Marsanne décide l’élimination immédiate des PFC de toute la chaîne de production. CimAlp devient l’une des premières marques outdoor mondiales à bannir ces substances. L’ensemble de la gamme reçoit depuis des traitements déperlants issus de ressources renouvelables, certifiés DWR sans PFC.

La durabilité est au cœur du modèle. La marque répare ses produits, milite contre l’obsolescence programmée, et s’apprête à ouvrir un atelier de réparation accessible à toutes les marques. Les emballages sont 100 % recyclés et recyclables. “Nous sommes guidés par la conviction qu’augmenter la durée de vie de nos produits est la meilleure façon d’être durable”, indique la marque. Franck Soulignac, vice-président du département de la Drôme, y voit un modèle “à l’inverse de la fast fashion, ce qui est profondément moderne”.

La fabrication, elle, reste externalisée en Asie et en Europe, une réalité que la direction assume. “L’entreprise n’a pas échappé à la crise de l’industrie textile française et a dû opérer un virage stratégique important”, explique Lionel Marsanne, qui revendique des relations durables avec les usines partenaires et un engagement pour l’amélioration des conditions de travail, y compris en Asie.

Un marché qui grimpe

CimAlp évolue sur un marché en expansion continue. En France, 2,6 millions de pratiquants de trail et 7,2 millions de coureurs, dont la moitié fait les deux, alimentent une croissance annuelle de 5,4 % jusqu’en 2030. Le panier moyen tourne autour de 600 euros par an et par pratiquant. À l’échelle mondiale, le marché outdoor pèse 137,7 milliards de dollars en 2024, avec une projection de 5,7 % de croissance annuelle jusqu’en 2034. Les vêtements représentent à eux seuls 37,1 milliards, en hausse de 6,9 % par an.

Dans ce paysage, CimAlp assume sa position de challenger. Face à Salomon — 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2023, 25 % de croissance au premier trimestre 2025 — la PME drômoise affiche un modèle différent. Vente directe, innovation propriétaire, positionnement tarifaire 20 à 30 % en dessous de la concurrence, capacité de décision rapide : l’entreprise joue sur d’autres ressorts.



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