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Un an après avoir tourné la page du passage express et raté de l’entraîneur Jorge Sampaoli, le Stade Rennais a déjà démis son successeur Habib Beye de ses fonctions et confié l’intérim à Sébastien Tambouret, en attendant la probable arrivée de Franck Haise, ancien de la maison rouge et noir et ex‑coach de Nice. Entre valse des entraîneurs, tensions internes et réorganisations successives de l’organigramme, le club breton donne l’image d’un projet piloté à coups de corrections rapides, sous l’œil très présent de la famille Pinault.
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Une machine à limoger
Le 8 février 2026, le SRFC annonce officiellement que « Habib Beye a été démis de ses fonctions d’entraîneur de l’équipe professionnelle », évoquant un bilan sportif insuffisant et des « dissensions internes ». Le communiqué précise que Sébastien Tambouret, entraîneur de l’équipe réserve, assure l’intérim le temps qu’un nouvel entraîneur soit nommé. Dans la foulée, Ouest‑France et plusieurs médias sportifs expliquent que la défaite à Lens a été le point de bascule et que Franck Haise est en pole pour prendre la suite, ce que confirme rapidement la presse nationale.
Ce limogeage intervient à peine un an après la nomination de Beye, choisie pour tourner la page d’un épisode Sampaoli qualifié de « passage express et totalement raté » par Ouest‑France. Le court mandat de Beye s’inscrit ainsi dans une séquence où les entraîneurs se succèdent à un rythme soutenu, la patience sportive semblant céder régulièrement devant l’urgence de corriger la trajectoire.
Tensions internes et climat sous pression
Le club justifie la décision en évoquant des « dissensions internes », sans donner de détails sur l’identité des joueurs ou des membres du staff concernés. Ouest‑France décrit un contexte « politique » complexe à la Piverdière, où les jeux d’agents sont nombreux et où « trop de personnes s’immiscent » dans la conduite du projet sportif, au point de parler d’un « chaos » dont « le club est la première victime ». La défaite à Lens et le climat de défiance autour de Beye ont précipité une réunion décisive, au cours de laquelle la séparation a été actée.
Ces éléments attestent d’une perte d’adhésion à l’intérieur du groupe et d’un environnement pesant autour de l’équipe première. Sans surinterpréter ni personnaliser à outrance, ils permettent de documenter l’idée d’un vestiaire et d’un staff travaillant sous une pression permanente, où l’autorité de l’entraîneur se fragilise dès que les résultats vacillent.
Dégraissage massif : un effectif en perpétuelle correction
Ce dérèglement se lit aussi dans la gestion de l’effectif. Au printemps 2025, FootMercato révèle que Rennes prépare un « dégraissage XXL », avec l’objectif affiché de se séparer de 19 joueurs, sur la base de propos d’Arnaud Pouille dans l’émission Pleine Lucarne. Le président explique alors que certains joueurs ont été prévenus qu’ils ne seraient pas conservés et que le club veut ramener le groupe d’entraînement à 25 éléments. Le site officiel du SRFC évoque lui aussi une cible de 15 à 20 départs, pour réduire un effectif professionnel jugé trop important après une saison décevante.
Concrètement, l’été 2025 voit partir une vingtaine de joueurs (transferts, prêts, fins de contrat), ce qui confirme la volonté de « raser » l’effectif et de repartir avec un groupe resserré, comme l’indique un article récapitulatif du club. Si l’on reste rigoureux en distinguant objectifs et réalisations, la tendance est claire : la direction sportive rennaise corrige massivement son effectif en peu de temps, en parallèle de changements fréquents sur le banc. Cette simultanéité alimente l’impression d’un projet en réécriture permanente.
Réorganisations internes en série
Dans le même temps, le club engage une vaste recomposition de son organigramme. En mai 2025, un article officiel intitulé « Une réorganisation d’ampleur, dans le sillage de la famille Pinault » détaille la nouvelle architecture de gouvernance. Le conseil d’administration est remodelé : Alban Greget, bras droit de François‑Henri Pinault chez Artémis, en prend la présidence ; trois autres collaborateurs d’Artémis, un petit‑fils Pinault et le président exécutif Olivier Cloarec complètent un CA très resserré à cinq membres.
La même réorganisation acte l’arrivée de l’Italien Frédéric Massara à la direction sportive, dans un mouvement que le club inscrit explicitement dans le réseau et les liens internationaux de la galaxie Pinault. Quelques mois plus tard, Ouest‑France évoque encore la perspective d’un remaniement au conseil d’administration du SRFC, alors que la précédente configuration n’a qu’un recul limité, ce qui renforce l’idée d’un sommet du club en ajustement permanent. Là encore, l’instabilité ne vient pas d’un vide de pouvoir, mais d’une succession rapide de reconfigurations.
La main de la famille Pinault
Derrière ces choix se trouve une constante : l’implication de la famille Pinault. Ouest‑France rappelle qu’à l’automne 2025, alors que Beye était déjà très fragilisé, il avait été « sauvé par le propriétaire via François Pinault », à l’issue d’une réunion à la Piverdière. Le même média explique qu’au moment du limogeage de février 2026, « l’actionnaire n’a pas souhaité le retenir », ce qui a rendu la séparation inéluctable. Les faits établis dessinent un schéma clair : l’actionnaire valide, repousse ou acte les décisions les plus sensibles autour du poste d’entraîneur.
L’article « Une réorganisation d’ampleur » souligne par ailleurs que « l’implication des Pinault ne se dément pas » et que le nouveau conseil d’administration est directement structuré autour de leurs relais de confiance, confirmant le caractère familial et centralisé de la gouvernance. Cette mainmise ne date pas d’hier : en 2017, Ouest‑France racontait déjà comment François‑Henri Pinault avait « repris la main » sur le club en poussant le président René Ruello vers la sortie et en préparant un nouveau cycle dirigeant. Un portrait de François Pinault publié par Le Monde en 2020 décrit le Stade Rennais comme une « affaire de famille » suivie de près depuis la fin des années 1990.
Ambitions, financements et paradoxe institutionnel
Sur le plan financier et des infrastructures, la famille Pinault assume un rôle de mécène puissant. Des entretiens et analyses spécialisés rappellent qu’elle a financé la modernisation du centre d’entraînement de la Piverdière et porté des projets d’agrandissement ou de remplacement du Roazhon Park, même si l’hypothèse d’un nouveau stade a buté sur des réticences politiques locales. Les Pinault répètent leur volonté d’installer le SRFC durablement dans le haut de tableau sans faire du club une simple vitrine ostentatoire.
Du point de vue des régulateurs, la situation est loin d’un scénario de déraillement total : la DNCG n’a pris « aucune mesure » à l’égard du Stade Rennais lors de ses décisions de novembre 2025, comme le confirme le relevé officiel de la LFP et sa reprise par le site du club. Le paradoxe rennais est là : un club doté d’un actionnaire très impliqué, d’infrastructures financées et d’un feu vert sur le plan financier, mais qui multiplie limogeages, dégraissages et réorganisations dans un tempo qui brouille la lisibilité du projet sportif.


