Michèle Kang, la surdouée

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Le 30 juin 2025, l’Olympique lyonnais bascule dans une nouvelle ère. John Textor quitte la présidence, emporté par une tempête financière, et laisse sa place à Michele Kang. La décision intervient à peine quelques jours après la sanction de la DNCG, qui pointe la vulnérabilité d’Eagle Football, l’actionnaire principal du club. Michele Kang, jusque-là figure du football féminin, devient la première femme à diriger un club masculin de premier plan en France. Une première, mais surtout un tournant dans le paysage du football hexagonal.

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Michele Kang naît à Séoul en 1959. Elle migre vers les États-Unis dans les années 1980, trace un chemin académique parmi les plus exigeants – licence d’économie à Chicago, master à Yale – avant de s’ancrer dans la santé numérique. En 2008, elle fonde Cognosante, entreprise spécialisée dans les systèmes d’information pour l’assurance maladie américaine. Seize ans plus tard, Accenture la rachète pour un montant estimé à près d’un milliard de dollars. La transaction, bien que discrète dans ses détails, propulse Michele Kang dans les classements Forbes : 1,2 milliard de fortune estimée, milliardaire self-made.

Du Washington Spirit à Lyon : une stratégie d’ancrage

C’est par le Washington Spirit, en 2022, que Michele Kang fait son entrée dans le football professionnel. Elle rafle la franchise aux dépens d’un duo Boehly-Mackesy et fixe la valorisation à 35 millions de dollars. Deux ans plus tard, une franchise d’expansion atteint 58 millions. La logique de valorisation suit, Forbes évaluant le Spirit à 130 millions en 2025. Kang, première personne de couleur à détenir une participation majoritaire dans un club de NWSL, fait aussitôt de cette acquisition un cas d’école dans les stratégies de montée en valeur.

L’Europe suit. En 2023, Michele Kang prend la majorité du capital de l’OL féminin, 52,91 % via une opération estimée à 50 millions d’euros. L’opération donne de l’air à Eagle Football. Mais surtout, elle s’inscrit dans une logique plus vaste : celle de Kynisca, sa plateforme multi-clubs dédiée au sport féminin. Washington, Lyon, puis les London City Lionesses, rachetées fin 2023, s’imbriquent dans cette entité enregistrée à Londres, qui revendique le statut de première structure mondiale exclusivement tournée vers le football féminin.

Gouvernance musclée et ambitions mondiales

Le 24 juin 2025, la DNCG décide la relégation de l’OL en Ligue 2, citant la faiblesse financière de son actionnaire. Textor se retire, Michele Kang prend les commandes du club et d’Eagle Football. Elle monte en première ligne dans le recours contre la décision. Le 9 juillet, l’OL obtient gain de cause. Le plan de redressement mêle ventes de joueurs, allégement de la masse salariale et apports de liquidité issus des cessions d’actifs féminins et américains. Cherki, Caqueret, salaires de cadres revus à la baisse : les mesures sont immédiates, et la DNCG valide.

Dans ses premières interventions, Michele Kang affiche un cap : considérer l’OL comme un actif mondial. Formation, infrastructures, internationalisation, équilibre financier. L’OL féminin devient la vitrine du projet multi-clubs. Une gouvernance renouvelée s’installe, avec des profils data, performance et marketing, déjà éprouvés à Washington et Londres. Le football féminin n’est plus vu comme un complément : il devient levier à part entière.

La trajectoire de Michele Kang s’inscrit dans une logique affirmée : un capitalisme sportif féministe et mondialisé. Une part significative de sa fortune est réinvestie dans des clubs exclusivement féminins. L’objectif est clair : prouver leur rentabilité à grande échelle. Soft power assumé, avec des perspectives en Asie et en Amérique latine. Le développement de la NWSL, la montée en puissance de Kynisca, viennent baliser ce mouvement.

Michele Kang concentre aujourd’hui l’ensemble des leviers : Washington Spirit, OL féminin, London City Lionesses, OL masculin, Eagle Football. Elle incarne une nouvelle génération de dirigeantes où sport, économie et influence se croisent. Le tout adossé à un récit : celui d’une femme d’affaires partie de Séoul, passée par les grands campus américains, et qui entend maintenant redessiner les contours du football professionnel.



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