Exotec, la licorne française qui automatise les entrepôts du monde entier

Derrière la success story d’Exotec, il y a une technologie unique, une vision ambitieuse et un pari industriel que personne n’osait prendre.

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Partie d’une intuition simple – que les entrepôts allaient rester des angles morts de la révolution numérique – Exotec a, en moins de dix ans, imposé sa technologie dans une centaine de sites à travers le monde. L’entreprise, née dans la métropole lilloise, s’est hissée dans le peloton de tête d’un marché devenu global, celui de l’automatisation logistique. À coups d’innovations techniques, de recrutements massifs et d’une stratégie d’implantation méthodique, elle cherche aujourd’hui à confirmer ses ambitions internationales, dans un secteur où la bataille se joue autant sur la robustesse des systèmes que sur la capacité à les déployer à grande échelle.

La robotique d’entrepôt, un marché stratégique

La robotique d’entrepôt est devenue, en quelques années, un champ de compétition stratégique. L’explosion du commerce en ligne, la complexification des flux omnicanaux et la pression sur les coûts logistiques ont transformé les entrepôts en centres nerveux de la compétitivité. Face à cette nouvelle donne, une galaxie d’acteurs s’est engouffrée dans la brèche : les spécialistes historiques de l’intralogistique, les start-up de la robotique mobile, mais aussi les géants du e-commerce qui développent leurs propres systèmes en interne. Dans cet environnement touffu, la capacité à proposer une solution standardisée, rapidement déployable, capable de garantir un retour sur investissement court et de fonctionner sur plusieurs continents, détermine l’accès aux grands comptes internationaux.

C’est précisément sur ce créneau qu’Exotec a bâti sa stratégie. Le cœur de son offre repose sur le système Skypod, un ensemble de robots capables de se déplacer dans les trois dimensions pour aller chercher des bacs dans des rayonnages hauts de 12 mètres. Le principe est celui du “goods-to-person” : les marchandises viennent aux opérateurs, réduisant les déplacements inutiles. À cette brique centrale s’ajoutent Skypath, un système de convoyeurs annoncé comme pouvant transporter jusqu’à 2 500 bacs par heure, et Deepsky, une suite logicielle destinée à orchestrer l’ensemble de l’entrepôt. L’ensemble forme un système modulaire, pensé pour accompagner la montée en charge des sites logistiques sans nécessiter de refonte complète.

Une licorne industrielle née dans les Hauts-de-France

Mais la trajectoire d’Exotec ne s’explique pas uniquement par une innovation technique. Fondée en 2015 à Croix, près de Lille, l’entreprise est née de la conviction que les entrepôts restaient largement sous-optimisés, malgré la croissance du e-commerce. Le 17 janvier 2022, elle a franchi un cap décisif avec une levée de fonds de 335 millions de dollars en série D, menée par Goldman Sachs Asset Management, Bpifrance via son fonds Large Venture, et le fonds 83North. La valorisation a alors atteint deux milliards de dollars. Exotec est devenue, selon plusieurs classements, la première licorne industrielle française, au sein d’un paysage jusque-là dominé par les logiciels et les plateformes. L’annonce s’est accompagnée d’un plan de recrutement de 500 ingénieurs en R&D d’ici à 2025, destiné à soutenir l’expansion. Les financements cumulés ont atteint 477 millions de dollars.

L’internationalisation n’est pas restée un vœu pieux. Des bureaux ont été ouverts aux États-Unis, avec un siège nord-américain à Atlanta, mais aussi en Allemagne et au Japon. En octobre 2023, la société a annoncé avoir dépassé le cap des 100 sites clients à travers le monde. Elle prévoyait plus de 200 recrutements pour accompagner la croissance. En février 2025, elle a revendiqué une présence dans plus de 30 pays, avec une concentration des implantations en Europe, en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique, et un chiffre cumulé de 1 milliard de dollars de systèmes vendus.

Ce mardi 3 février, Exotec a inauguré son nouveau siège mondial près de Lille. Ce site regroupe désormais quelque 700 salariés dans les domaines de la conception, de la production et des fonctions support, au service des projets menés à l’international. Ce déménagement marque une nouvelle étape dans l’ancrage industriel de la société et dans sa volonté d’outiller la croissance depuis son territoire d’origine.

Cette dynamique repose sur une stratégie commerciale claire : viser les distributeurs, e-commerçants et logisticiens pour lesquels l’automatisation est devenue une priorité. Parmi les clients cités figurent des noms connus : Carrefour, Decathlon, Uniqlo, Gap, Cdiscount, Geodis. Ces références, souvent déployées sur plusieurs sites, servent de vitrines dans les marchés cibles. Decathlon, client de la première heure, est d’ailleurs régulièrement mis en avant dans la communication institutionnelle française comme exemple d’un partenariat industriel structurant.

Un changement d’échelle soutenu par des chiffres solides

Les chiffres publiés confirment un changement d’échelle. Selon BNP Paribas, le chiffre d’affaires de l’entreprise aurait été multiplié par six en trois ans, pour atteindre environ 300 millions d’euros. En octobre 2025, à l’occasion de ses dix ans, Exotec a annoncé avoir déployé plus de 10 000 robots Skypod dans le monde. L’entreprise revendique également 938 millions de cycles de préparation réalisés et plus de 90 millions de kilomètres de marche évités pour les opérateurs – l’équivalent de 119 allers-retours entre la Terre et la Lune, selon le calcul maison.

Dans ce parcours rapide, le rôle de l’État n’a pas été marginal. En participant à la série D, Bpifrance a affiché sa volonté de faire émerger des champions industriels dans des technologies de rupture. La French Fab a fait d’Exotec sa 25e licorne, la première à opérer dans l’industrie. Et dans le cadre de France 2030, l’entreprise est régulièrement citée comme illustration d’un modèle de réindustrialisation fondé sur l’innovation.

Un pari industriel à confirmer dans la durée

Mais l’ambition mondiale ne se décrète pas. Exotec fait face à une concurrence puissante, disposant de ressources financières considérables, et à des exigences croissantes de la part des clients, sur les délais de déploiement comme sur les retours sur investissement. La modularité de son système, conçu pour évoluer au rythme de l’activité, constitue un avantage face aux installations plus rigides. Encore faut-il tenir le cap des recrutements annoncés et maintenir un rythme d’innovation soutenu, dans un secteur où les ruptures technologiques sont fréquentes.

Dix ans après sa création, Exotec revendique plus de 10 000 robots déployés, 200 sites clients et 1 milliard de dollars de systèmes vendus. Rarement une scale-up industrielle française aura atteint un tel niveau de diffusion internationale en si peu de temps. L’entreprise fonde son pari sur la combinaison d’une technologie propriétaire, d’un portefeuille de clients internationaux et d’un soutien public affirmé. Reste à démontrer, dans la durée, que ce modèle peut résister aux cycles des investissements logistiques, et s’imposer comme une référence durable dans la cartographie industrielle mondiale.



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