Qui est Céline Pigalle, la nouvelle patronne de France Inter ?

Figure du paysage médiatique, Céline Pigalle prend les rênes de France Inter dans un contexte de tensions politiques.

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Céline Pigalle, c’est un CV taillé à la serpe de l’info continue. Une patronne rompue aux matinales et aux rédactions sous tension. Et c’est elle qui prendra les rênes de France Inter en mars 2026. Une nomination qui ne tombe pas du ciel : elle est le produit d’un long glissement stratégique à l’intérieur de Radio France, sur fond de remous internes et de turbulences politiques.

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Une ascension forgée dans les chaînes d’info

Née en 1977, Sciences Po, ESJ Lille, elle fait ses armes comme reporter à Europe 1, avant d’être correspondante à Berlin puis Bruxelles. Les années 2000 la voient monter : rédaction en chef, direction adjointe. Puis Canal+, i>Télé, et le poste stratégique de directrice de l’info. En 2014, elle dirige carrément la rédaction du groupe. Ensuite, six ans à la tête de BFMTV, en plein bras de fer avec CNews.

Pigalle coche les cases : maîtrise de l’info chaude, direction en période de crise, capacité à trancher vite. Le style est jugé direct, parfois sec, mais aussi capable d’écoute. Le portrait est connu dans le métier : exigeante, structurée, avec une colonne vertébrale éditoriale assumée.

Changement de cap et percée chez Radio France

Le changement de braquet arrive en 2023. Elle passe chez Radio France, prend la tête de France Bleu – devenu ICI depuis. Elle entre dans le comité de direction. La feuille de route : dépoussiérer le réseau, accélérer le numérique, ancrer les rédactions sur le terrain. Le rebranding se fait en janvier 2025. Résultat salué en interne et en chiffres : les audiences numériques grimpent.

Août 2024, nouvelle marche : elle devient directrice éditoriale déléguée pour l’info et la proximité. Elle garde ICI, récupère aussi l’investigation, l’international, le sport, et l’Agence de vérification. En quelques mois, elle devient l’un des centres de gravité du dispositif info du groupe.

Adèle Van Reeth : un départ attendu

C’est ce profil qui la propulse vers France Inter, dans un contexte de délitement accéléré de la direction précédente. Officiellement, Adèle Van Reeth part pour “retrouver l’antenne”. Officieusement, le sol se dérobe depuis des mois : motion de défiance, critiques sur les choix éditoriaux, départs en cascade.

Le départ de Philippe Corbé pour France Télévisions, en janvier 2026, précipite le basculement. L’extrême droite cogne sur la station, le pouvoir regarde de plus en plus près. La nomination de Pigalle intervient alors que la ministre Rachida Dati est entendue sur la neutralité de l’audiovisuel public. Les images de journalistes déjeunant avec des responsables PS ont fait le tour. L’ambiance est électrique.

Radio France accélère. Sibyle Veil et Vincent Meslet tranchent. La séquence présidentielle 2027 se profile. Il faut une ligne claire, un capitaine aguerri. Pigalle s’impose. Elle connaît les maisons, les équipes, les logiques. Elle a dirigé ICI, organisé les synergies, et surtout : elle tient l’antenne.

Une femme de crise pour une station sous pression

Ses anciens passages par i>Télé, où elle a assumé la fin de l’émission d’Éric Zemmour, et par BFMTV, où elle a géré à la fois les hausses d’audience et les crises sociales, font d’elle une figure à la fois robuste et politique. C’est ce qui compte aujourd’hui.
En interne, les avis sur sa méthode divergent. Certains la saluent comme claire et efficace. D’autres dénoncent un style vertical, une recentralisation de l’enquête. Mais la machine avance. En face, deux défis : une rédaction échaudée, un environnement politique miné.

La rédaction de France Inter, marquée par deux années de conflit, va la regarder arriver de près. Il faudra convaincre qu’elle n’est pas juste la main de la présidence, mais une garante de l’indépendance. Et en parallèle, composer avec la pression politique : attaques sur la ligne éditoriale, soupçons de biais, débats sur l’impartialité.

Troisième défi, l’audience. La station est toujours en tête, mais elle a perdu du monde à la rentrée 2025. Elle se retrouve entre le marteau de la concurrence privée et l’enclume des injonctions politiques. Garder ce qui fait l’âme d’Inter tout en tenant le cap dans une mer agitée : c’est l’équation posée sur le bureau de Céline Pigalle.



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