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À quatre ans des Jeux olympiques d’hiver 2030, le projet français, porté par le Comité d’organisation Alpes 2030 (Cojop), est confronté à une crise profonde de gouvernance. Trois démissions en moins de trois mois, tensions internes persistantes, fronde territoriale et inquiétudes du CIO : les signaux d’alerte s’accumulent. Ce qui devait incarner une édition sobre, innovante et collective menace aujourd’hui de se transformer en impasse politique et opérationnelle.
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Trois démissions en trois mois : une alerte sur la gouvernance
Le retrait de Bertrand Méheut, ancien PDG de Canal+ et président du comité des rémunérations, survenu le 2 février, a marqué un tournant. Dans sa lettre de démission, il dénonce une « dérive importante », pointe une « démotivation profonde des équipes » et prédit que le Cojop pourrait devenir « un repoussoir pour les talents ». Ce départ s’ajoute à celui d’Arthur Richer, directeur de la communication, qui avait quitté ses fonctions fin janvier après avoir été contourné par une cellule parallèle, et à celui d’Anne Murac, directrice des opérations, partie en décembre après cinq mois seulement.
Ces défections ne relèvent pas d’un simple ajustement d’organigramme. Tous trois sont issus de Paris 2024, reconnus pour leur compétence. Leur départ simultané souligne un dysfonctionnement profond de l’organisation.
Edgar Grospiron critiqué pour sa gestion solitaire du pouvoir
Au centre des tensions se trouve le président du comité, Edgar Grospiron. Ancien champion olympique, il est aujourd’hui accusé d’exercer le pouvoir de façon unilatérale. Dans sa lettre, Bertrand Méheut dénonce un président agissant « comme un PDG, sans en avoir ni le titre ni les compétences », usurpant les prérogatives de la direction générale.
La création d’une cellule de communication parallèle, composée de proches du président et agissant hors des canaux officiels, a été l’un des déclencheurs du départ d’Arthur Richer. Cette structure informelle est perçue comme un facteur de confusion, entretenant une culture du contournement plutôt que de la collaboration.
Cyril Linette, directeur général, se retrouve isolé, tiraillé entre le soutien à son président et la protection de ses équipes. Le départ de Méheut, considéré comme son allié historique, affaiblit davantage sa position.
Crise territoriale : la Savoie suspend sa participation
Les tensions ne se limitent pas à Paris. Sur le terrain, la confiance s’effrite. La Savoie, territoire clé pour les sports d’hiver, a suspendu sa participation aux réunions du Cojop dès décembre 2025. Hervé Gaymard, président du conseil départemental, critique un manque de concertation et refuse que son territoire soit une « variable d’ajustement budgétaire ».
Cette rupture intervient alors que la carte des sites reste instable. Le retour politique de Val d’Isère dans le dispositif a entraîné le retrait de Méribel, semant le doute sur la cohérence du projet. À quelques jours de l’ouverture des Jeux de Milan-Cortina 2026, l’absence d’une carte définitive renforce les inquiétudes sur la capacité du comité à tenir les délais.
Face à cette désorganisation, la ministre des Sports, Marina Ferrari, elle-même élue savoyarde, exige une « clarification rapide et complète sur la gouvernance », signalant une perte de patience de l’État.
Le précédent Milan-Cortina comme signal d’alarme
Les failles du modèle français résonnent avec les difficultés italiennes. Le comité d’organisation de Milan-Cortina 2026 fait face à une explosion des coûts (1,7 milliard d’euros), des retards logistiques et une désorganisation liée au choix d’un modèle multi-sites. Le CIO, qui observe attentivement la situation italienne, a déjà prévenu qu’il pourrait contraindre la France à revoir sa copie si les dérives se confirmaient.
Le budget initial de 2,132 milliards d’euros pour Alpes 2030 apparaît de plus en plus fragile. L’Inspection générale des finances a déjà pointé des hypothèses optimistes, et les tensions internes ralentissent l’avancée des dossiers structurants.
Pour tenter de redresser la situation, le CIO a soutenu la nomination d’Étienne Thobois, ancien directeur général de Paris 2024, chargé de formuler un plan opérationnel d’ici mars. Si son expertise est reconnue, son retour est terni par des enquêtes toujours en cours sur la gestion de Paris 2024.
Le 19 mars, date clé pour sauver le projet
La prochaine réunion du bureau exécutif, prévue le 19 mars, est devenue une échéance décisive. Étienne Thobois doit y présenter son plan de sauvetage. En coulisses, certains membres du CIO évoquent déjà la possibilité d’une révision majeure du projet si la gouvernance actuelle ne parvient pas à se stabiliser.
Le signal d’alerte avait été donné dès 2025 par Martin Fourcade, qui avait refusé la présidence du comité, estimant qu’il n’existait pas de conditions suffisantes pour une gouvernance partagée. Son intuition semble aujourd’hui confirmée. À défaut de réforme rapide, la promesse française d’un modèle olympique nouveau risque de s’effondrer sur ses propres divisions.


