The Dogry, le club privé pour chiens à Paris

Paris peut-elle vraiment devenir une ville dog-friendly grâce à des initiatives privées comme The Dogry ?

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

C’est un lieu que l’on n’attendait pas, dans une ville peu connue pour sa mansuétude envers les chiens. Depuis juillet 2025, au cœur du 17e arrondissement de Paris, The Dogry réunit maîtres et toutous dans un espace de 400 m² pensé pour eux – et seulement pour eux. Premier « social club canin » de France, il s’inscrit dans une lignée américaine, celle du très select Dog PPL à Santa Monica.

Ici, on ne parle pas de simple garde, mais d’adhésion, d’animation, d’éducation, de communauté. Un club privé, facturé 40 euros par mois, qui propose piscine à balles, modules interactifs, café dog-friendly et événements exclusifs pour bipèdes et quadrupèdes. Avec en toile de fond un constat simple : la ville n’est pas faite pour les chiens.

A LIRE AUSSI
Assurance chien chat : une dépense inutile ?

À Paris, un vide structurel pour les chiens urbains

Paris en est une démonstration éclatante. Elle concentre la plus forte densité canine au monde – près de 3 000 chiens au kilomètre carré – mais leur laisse à peine 30 % des espaces verts. Aucun parc intra-muros ne tolère la liberté sans laisse. Les promenades s’improvisent entre rues sales, pelouses interdites et règlements tatillons. Résultat : en dix ans, la population canine a fondu de moitié. The Dogry prend à bras-le-corps ce paradoxe en offrant un lieu clos, sécurisé, hygiénique, adapté à la socialisation. Un anti-parc, en quelque sorte.

Le modèle économique suit une logique bien huilée : base d’abonnement mensuel pour l’accès aux installations, et services à la carte pour compléter. Les 230 m² du parc intérieur sont surveillés en permanence, les activités variées – yoga avec chien, projections, ateliers éducatifs – et les prestations plus classiques (garderie, dressage) facturées au coup par coup. Un hybride entre club de sport et école maternelle, avec une rentabilité assurée par la fidélisation et le positionnement premium.

Ce positionnement s’appuie sur un basculement anthropologique autant qu’économique. Les Français ne considèrent plus leur chien comme un animal : 68 % le voient comme un membre de la famille, 17 % comme un enfant. Les dépenses suivent : près de 950 euros par an, en moyenne, et un marché évalué à 8,39 milliards d’euros en France. The Dogry capte cette mutation, où l’animal devient sujet de soins, de services, d’attention – et de consommation.

Des freins réglementaires, une ambition nationale

D’autres acteurs s’engouffrent dans cette brèche. Dans le 14e, Waggy propose une crèche canine et des ateliers de stimulation. Fondée par deux ingénieures, l’initiative cible une clientèle mobile, connectée, exigeante. Mais les obstacles sont nombreux : rares sont les locaux adaptés, les banques peinent à financer un modèle encore marginal, et la réglementation évolue vite. D’ici janvier 2026, toute activité impliquant des carnivores domestiques devra s’enregistrer auprès d’un registre national, avec à la clé de nouvelles obligations.

Dans ce contexte mouvant, The Dogry ne se contente pas d’occuper un créneau : il entend l’étendre. Sa communication, assurée par l’agence spécialisée YLG, a visé large, entre médias animaliers et presse généraliste. Et le site du club ne cache pas son ambition : exporter le modèle via la franchise, dans d’autres grandes villes françaises. Reste à savoir si les ingrédients réunis à Paris – densité canine, jeunes urbains, pouvoir d’achat, espace commercial disponible – se retrouvent ailleurs.

Le chien, miroir des mutations urbaines profondes

Le succès du concept tient aussi à sa capacité à combiner trois grandes dynamiques : la servicisation, avec une part croissante des dépenses consacrées à des prestations ; la premiumisation, qui pousse à des choix personnalisés et éthiques ; et l’innovation, omniprésente, des objets connectés aux apps de suivi en temps réel. The Dogry incarne cette triple mue avec un environnement structuré, surveillé, calibré pour rassurer autant que séduire.

Mais derrière l’initiative privée, c’est l’absence de réponse publique qui frappe. Si certaines communes comme Lille ou Boulogne-Billancourt amorcent des politiques favorables aux chiens, Paris reste à la traîne. Les infrastructures publiques stagnent, les collectifs citoyens peinent à se faire entendre, et les rares espaces dédiés sont vite saturés. Ce vide laisse le champ libre aux solutions privées – avec le risque, là aussi, d’un accès réservé aux plus aisés.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire