Emploi : le Medef déclare la guerre aux jeunes

Le Medef propose un CDI au rabais et rompable sans motif pour les jeunes. Une idée qui réactive les tensions sociales.

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Vingt ans après le fiasco du CPE, le Medef remet l’ouvrage sur le métier. L’organisation patronale suggère un CDI « pouvant être rompu sans motif pendant les premières années », assorti d’une « indemnisation croissante » selon l’ancienneté. L’objectif affiché : lutter contre le chômage des jeunes. La méthode : leur offrir moins de protection que leurs aînés.

CDI à droits progressifs

Le CDI à droits progressifs décrypté

Une protection qui s’acquiert avec le temps

Années 1-2
Période d’essai étendue
Rupture sans motif possible par l’employeur
Indemnités minimales (quelques centaines d’euros)
Aucune protection contre le licenciement abusif
Années 3-5
Protections intermédiaires
Motif de licenciement requis (mais contrôle allégé)
€€ Indemnités moyennes (environ 3 à 6 mois de salaire)
Préavis réduit par rapport au CDI classique
Années 5+
Protection complète
Protection identique au CDI classique actuel
€€€ Indemnités maximales selon l’ancienneté
Contrôle strict du motif de licenciement par les prud’hommes
⚡ Point d’attention
Selon le modèle italien dont s’inspire le Medef, un jeune devrait attendre 5 ans pour bénéficier des mêmes protections qu’un CDI classique. Pendant ce temps, l’employeur conserve une marge de manœuvre importante pour rompre le contrat.

Les documents consultés par l’AFP révèlent l’ampleur du projet. Le Medef s’inspire du « contrat à droits progressifs » italien, créé en 2016, qu’il crédite d’avoir « contribué à la baisse du chômage structurel » dans la péninsule. La transposition française prendrait donc la forme d’un contrat permanent où la rupture serait facilitée au début, puis progressivement encadrée.

Un Smic « adapté » pour ceux qui débutent

Mais le patronat ne s’arrête pas là. Il évoque aussi le Smic, qui « parfois constituerait un frein à l’emploi pour les primo-entrants ». Traduction : pour un « public cible » et une « durée limite », l’organisation propose « d’adapter ce niveau de rémunération ». Moins de droits, moins d’argent : voilà le cocktail proposé aux jeunes pour faciliter leur « embauche ».

Le raisonnement tient en une phrase : puisque les entreprises ont peur d’embaucher des profils peu qualifiés, rendons l’embauche moins coûteuse et moins contraignante. L’équation est claire. Elle oublie juste un détail : c’est le jeune qui paie la facture.

Déclaration de guerre

La référence au contrat première embauche de 2006 s’impose d’elle-même. À l’époque, Dominique de Villepin avait déclenché une mobilisation historique avec un contrat permettant deux ans de rupture sans motif. Le dispositif avait été supprimé avant même d’être appliqué. La CGT accuse aujourd’hui le Medef d’aller « pire que le CPE » et parle d’une « déclaration de guerre ». Le syndicat annonce qu’il « refusera catégoriquement » toute négociation incluant ces propositions.

Le Medef ne se contente pas de ces deux mesures phares. Il propose également de renforcer la formation professionnelle, d’abaisser la durée minimale des contrats à temps partiel pour les moins d’un certain âge, de supprimer les délais de carence entre deux CDD et d’augmenter leur durée légale. Le tout vise les jeunes « NEET », ni en emploi, ni en études, ni en formation, qui représentaient 12,3% des 15-29 ans en 2023.

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L’organisation assure qu’il ne s’agit que de « propositions pour nourrir le débat ». Mais dans un dialogue social qui reprend sur fond de tensions sur les retraites complémentaires et l’assurance chômage, le message passe mal. Proposer aux jeunes un statut dégradé pour les « protéger » du chômage, c’est une drôle de façon de les accueillir dans le monde du travail.



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