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À l’heure où la pharmacie se concentre à grande vitesse entre les mains de géants mondiaux, certaines entreprises tracent leur propre sillon, à rebours du courant dominant. C’est le cas d’Horus Pharma. Créé en 2003 à Nice par deux pharmaciens, le laboratoire indépendant s’est imposé en vingt ans comme un acteur de référence en ophtalmologie. Sans bruit, sans tapage. Mais avec méthode. Et avec des chiffres qui parlent : 107 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, une croissance de 43 % sur trois ans, et un objectif assumé de doubler la mise d’ici 2027. Sans renoncer à son indépendance. Ni à son enracinement familial.
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Un modèle familial
Dans l’industrie pharmaceutique française, les entreprises de taille intermédiaire indépendantes sont une espèce en voie de disparition. Horus Pharma fait figure d’exception. Fondé par Martine et Claude Claret, le laboratoire doit sa trajectoire ascendante à une répartition des rôles aussi claire qu’efficace : elle, chercheuse en développement, lui, stratège et développeur commercial. Résultat : une stratégie lisible, une exécution rigoureuse et un positionnement solide dans un secteur à la fois technique et disputé.
Le pari de la spécialisation en ophtalmologie, maintenu depuis les origines, s’est doublé d’un effort constant en R&D. Dix pour cent du chiffre d’affaires y sont consacrés. Une rareté pour une PME. Mais un choix payant, illustré par le développement du premier collyre à base d’acide hyaluronique sans conservateur. Vismed, produit emblématique, a d’ailleurs été racheté dès la création du laboratoire. Et il a vite fait décoller la notoriété de l’entreprise en trouvant sa place entre les lignes laissées vacantes par les grands groupes.
Innovation ciblée et diversification maîtrisée
Progressivement, Horus Pharma a élargi son champ, couvrant toutes les pathologies oculaires, de la sécheresse au glaucome, en passant par les allergies, les inflammations ou les besoins chirurgicaux. Il a même investi un terrain plus inattendu, celui des membranes amniotiques lyophilisées. Et amorcé une diversification vers la micronutrition et la cosmétique. Toujours avec ce fil rouge : l’œil. Le marché, lui, suit. La sécheresse oculaire devrait croître de plus de 6 % par an d’ici 2030.
Le passage de témoin générationnel n’a pas freiné la marche. Bien au contraire. Les fils des fondateurs, Adrien et Nicolas Claret, ont pris position, chacun sur un front. Adrien a pris les rênes de Clarté Laboratoire et de Dulcis Health Science, des entités dédiées aux cosmétiques et aux compléments alimentaires. Là encore, une déclinaison de l’ADN maison : produits sans conservateurs, fondés sur des approches biomimétiques. Nicolas, lui, conduit l’international, autre levier de croissance stratégique.
L’international comme levier de puissance
L’export pèse déjà lourd : un tiers des revenus. Il devrait en représenter la moitié d’ici trois ans. Pour y parvenir, Horus Pharma s’est structuré : ouverture d’une filiale à Stockholm, prise de participation dans une entreprise roumaine, multiplication des accords de distribution. En 2025, le laboratoire s’est installé dans huit pays du Proche et Moyen-Orient, ainsi qu’en Afrique du Nord. Un mouvement qui s’inscrit dans la durée. Et qui a valu à l’entreprise d’être retenue pour le programme ETIncelles, initié par l’État pour accompagner les PME vers le statut d’ETI.
Mais cette ascension n’est pas sans contraintes. Dans un secteur dominé par des mastodontes comme Alcon, EssilorLuxottica ou Johnson & Johnson Vision Care, l’indépendance est un avantage en matière d’agilité, mais aussi une limite en termes de moyens. La production reste majoritairement européenne. Un choix stratégique. Et coûteux. Il faut financer la recherche, les développements, les filiales. Il faut aussi structurer sans se rigidifier.


