Carrefour crucifie un fabricant français pour se fournir en Asie

Carrefour abandonne Abeil, fabricant de couettes et oreillers basé à Aurillac depuis 150 ans, au profit de fournisseurs asiatiques. Résultat : redressement judiciaire, 67 salariés en péril, et une fermeture imminente.

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Il y a des décisions qui résument tout. Carrefour, géant de la distribution française, a décidé de cesser une partie de ses commandes à Abeil, fabricant de couettes et oreillers basé à Aurillac depuis plus d’un siècle et demi. Résultat immédiat : redressement judiciaire, 67 salariés sur la sellette, et une fermeture envisagée dès le 28 février. Une saignée silencieuse pour un pan entier du tissu industriel français. Une de plus.

Une claque pour 150 ans d’histoire industrielle locale

On connaît l’histoire : une entreprise enracinée dans son territoire, des produits conçus et fabriqués localement, un savoir-faire patient et précis, transmis à travers les générations. Abeil, c’était tout cela. Fondée en 1870, installée à Baradel depuis 1991, elle fut un temps prospère – 24 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2005, jusqu’à 230 salariés en période de pointe, des millions de couettes et d’oreillers produits chaque année.

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Mais dans l’économie mondialisée, ce genre d’ancrage devient un fardeau. En janvier, Carrefour a tranché : des produits asiatiques, moins chers. Peu importe le tissu humain derrière. Peu importe que les carnets de commandes d’Abeil soient remplis jusqu’à l’été. Le coup est porté, fatal. L’entreprise, déjà fragilisée par la crise de 2008 et un rachat par le groupe allemand Eurocomfort en 2011, n’a plus de marge de manœuvre. Elle bascule.

Une usine, des femmes et des hommes abandonnés

Ce retrait d’un donneur d’ordre stratégique, c’est l’histoire répétée d’une économie de court terme. Carrefour regarde ses marges, pas le Cantal. Le site industriel, pourtant modernisé récemment, ploie sous un loyer mensuel de près de 16.000 euros, dans le cadre d’un crédit-bail avec la communauté d’agglomération. 108 échéances restent à payer. Quand les charges fixes asphyxient les entreprises locales, le choc exogène suffit à faire tomber.

Le personnel encaisse. Certains y travaillaient depuis près de trente ans. L’annonce, lors du comité social et économique du 22 janvier, a été vécue comme un coup de massue. Et l’actionnaire allemand, Eurocomfort, reste muet. Aucune aide, aucun signe. Loin de Bocholt, la maison mère regarde ailleurs.

Derniers efforts pour sauver le savoir-faire cantalien

Face à l’abandon, le territoire tente de réagir. Des élus, des candidats aux municipales, des responsables locaux s’activent pour trouver un repreneur. Le site est opérationnel, les équipes expérimentées, la piste du textile technique ou du haut de gamme évoquée. Mais le temps presse. Et les perspectives de reclassement dans le bassin aurillacois sont minces.

Carrefour ne fermera pas boutique. Ses rayons continueront de proposer des couettes, fabriquées ailleurs, dans des usines lointaines, à des prix compressés. Le consommateur n’y verra sans doute rien. Mais à Baradel, dans le silence des chaînes arrêtées, une part du tissu industriel français s’effiloche un peu plus.



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