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Le 27 janvier, Servier a confirmé la vente imminente de sa filiale Biogaran à BC Partners. Le groupe pharmaceutique français a obtenu toutes les autorisations réglementaires, européennes comme nationales. La transaction, relancée à l’été 2025 après un premier échec, sera bouclée dans les prochaines semaines. Avec elle, un acteur central du générique français passera sous pavillon britannique, malgré une structure industrielle toujours ancrée en France.
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Créée en 1996, Biogaran s’est imposée comme le leader du médicament générique dans l’Hexagone. Près de 30 % de parts de marché en officine, 1,12 milliard d’euros de chiffre d’affaires net statutaire à fin septembre 2024, 356 millions de boîtes vendues chaque année. Un maillon clé dans l’approvisionnement en médicaments courants. Sauf que ce maillon ne sera bientôt plus français.
Un ancrage industriel sous surveillance étatique
Servier, qui ne fabrique pas directement pour Biogaran mais s’appuie sur un tissu dense de sous-traitants, se sépare d’un actif qui mobilise environ 8 600 emplois indirects. Le laboratoire emploie en direct un peu plus de 250 personnes pour Biogaran, sans posséder d’usines en propre. Près de 50 % des volumes sont néanmoins produits en France, 89 % en Europe. Un modèle industriel largement externalisé, mais jusque-là contrôlé par un groupe français.
Le gouvernement avait tiré le signal d’alarme lors du premier processus de vente au printemps 2024. Plusieurs offres, notamment venues d’Inde, avaient suscité l’inquiétude de Bercy. En septembre, la direction de Servier avait fermé la porte, expliquant qu’« aucune offre ne répondait à ses exigences ». L’ombre d’une délocalisation planait, et la souveraineté pharmaceutique faisait son retour dans le débat. Mais quelques mois plus tard, l’option BC Partners s’est imposée.
BC Partners, la logique financière avant tout
Le fonds britannique connaît le secteur. Il a déjà géré des sociétés comme Pharmathen ou Synthon, revendues avec des plus-values substantielles après des hausses significatives de l’EBITDA. Une logique financière assumée. Mark Hersee, associé chez BC Partners, évoque sa volonté d’« aider l’entreprise à identifier les opportunités ».
Bpifrance a été appelée en renfort. La banque publique investira entre 10 % et 15 % du capital, pour un montant d’environ 100 millions d’euros, avec un siège au conseil d’administration. Une présence destinée à garantir le respect des engagements pris par le repreneur : maintien du siège en France, stabilité de l’emploi, production locale. Ces conditions ont été intégrées au dispositif de contrôle des investissements étrangers validé par Bercy.
Mais le cœur de Biogaran n’appartiendra plus à un industriel français. Le modèle de sous-traitance, déjà fragile en période de tensions d’approvisionnement, ne repose plus sur une chaîne intégrée. Le laboratoire devient un actif de portefeuille, entre les mains d’un fonds visant une croissance annuelle comprise entre 5 % et 10 %.
Servier tourne la page des génériques
Dans cette opération, Servier assume un choix stratégique. Le groupe réoriente ses investissements vers l’oncologie, secteur à haute marge porté par le Voranigo, son nouveau blockbuster. Avec plus de 800 millions d’euros générés sur l’exercice 2024/25, ce traitement contre le cancer du cerveau est devenu le premier médicament du groupe. L’oncologie représente désormais 32 % du chiffre d’affaires, soit 2,2 milliards d’euros, et l’objectif est d’atteindre 4 milliards d’euros d’ici 2030.
La cession de Biogaran s’inscrit dans cette trajectoire. Le produit de la vente sera intégralement réinvesti dans la recherche et développement, a confirmé Olivier Laureau. Servier affiche par ailleurs une santé financière éclatante : chiffre d’affaires de 6,9 milliards d’euros sur l’exercice 2024/25, en hausse de 16,2 %, EBITDA de 1,931 milliard d’euros, marge de 28,2 %, résultat net à 659 millions d’euros, en progression de 63,4 %.
La direction de Biogaran a été remaniée à l’automne. Guillaume Recorbet a succédé à Jérôme Wirotius en novembre 2024, après son éviction un mois plus tôt sur fond de désaccord stratégique. Docteur en pharmacie, passé par HEC et l’INSEAD, il devra accompagner la nouvelle phase de développement, notamment sur le terrain des biosimilaires.
Le prix de la transaction reste confidentiel. Il se situerait autour de 900 millions d’euros, dans une fourchette comprise entre 800 millions d’euros et 1 milliard d’euros, pour une société générant environ 100 millions d’euros d’EBITDA, avec un levier financier compris entre 4 et 5 fois cet EBITDA.
Biogaran restera française sur le papier, avec des sites de production sous-traités en France, une présence de l’État au capital et des engagements réglementaires. Mais le centre de gravité, lui, aura changé de mains.


