Trail running : les secrets de la marque Kiwami

Née du sport de haut niveau, Kiwami conçoit des vêtements de trail ancrés dans le réel. Pas de marketing creux, mais des innovations concrètes.

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Le trail n’est plus un sport de niche. En France, 12,4 millions de personnes pratiquent le running. Parmi elles, 74 % s’adonnent aussi au trail, cette course en milieu naturel qui grimpe, glisse, redescend et transforme chaque foulée en décision tactique. Entre 2005 et 2025, le nombre de participants à ces épreuves a progressé de 2 394 %. En 2024, près de trois millions de lignes d’arrivée ont été franchies sur des trails, soit 27 % de plus qu’un an auparavant. Pour la première fois, plus d’un million de résultats ont été enregistrés dans cette seule discipline.

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Cette effervescence se traduit mécaniquement par une dynamique économique. Le panier moyen annuel d’un coureur atteint 554 euros, alimentant un marché des articles de sport estimé à plus de 16 milliards d’euros en France. Les épreuves emblématiques comme l’UTMB ne désemplissent pas. En 2025, l’événement a attiré plus de 25 000 demandes pour une capacité cinq fois inférieure. Huit courses, 2 500 bénévoles mobilisés. Le trail est devenu un phénomène de masse, où la technicité de l’équipement fait désormais partie de la compétition.

Deux champions pour une marque forgée sur le terrain

C’est dans ce contexte en tension que se distingue Kiwami. L’entreprise n’a pourtant rien du poids lourd industriel. Fondée en 2003 à Montardon, au pied des Pyrénées, par Hélène Salomon et Craig Watson, elle ne compte que 6 à 9 salariés. Mais ses racines sont sportives et son regard tourné vers l’efficacité. Watson, ex-nageur néo-zélandais, a représenté son pays aux Jeux olympiques de Sydney en 2000 avant de devenir n°1 mondial en triathlon distance olympique en 2001. Salomon, elle, est devenue la première Française à remporter un Ironman officiel en 2003, l’année même où le duo a lancé Kiwami.

La philosophie n’a pas bougé depuis : concevoir des vêtements et accessoires pensés pour répondre à des besoins réels en course. Pas d’esbroufe, pas d’effet de mode. Les deux fondateurs conçoivent et testent eux-mêmes leurs produits, en s’appuyant sur leur expérience de l’effort extrême. Ce lien entre savoir-faire textile et intelligence du terrain irrigue toute la gamme. Et confère à la marque une légitimité rare dans un univers où les slogans marketing ont souvent remplacé la fonction.

Des brevets pour courir plus vite et plus intelligemment

L’innovation chez Kiwami ne se limite pas à un discours. Elle se concrétise dans des produits, protégés par des brevets, qui changent la manière de courir. Le système EasyFix, lancé en 2017 avec le short Equilibrium, en est l’illustration la plus flagrante. Il permet de fixer les bâtons pliables directement sur les cuisses grâce à des attaches latérales, sans avoir à manipuler son sac ou ralentir l’allure. Une simplicité en apparence, mais un gain réel en course. L’idée est née du terrain, là où chaque seconde compte dans une descente technique.

La reconnaissance ne s’est pas fait attendre. En 2017-2018, le système EasyFix a été récompensé par un Gold Award au salon ISPO de Munich, référence mondiale de l’équipement sportif. Trois ans plus tôt, en 2014, Kiwami avait déjà reçu un premier Gold Award pour sa trifonction Spider WS1, sacrée dans la catégorie “Best Performance Base Layer”. Deux distinctions qui placent la PME béarnaise aux côtés des marques les plus avancées du secteur, malgré une échelle de production sans commune mesure.

Depuis ce premier modèle, le système EasyFix a évolué. Il équipe aujourd’hui le short Equilibrium 2, décliné en sept coloris aux noms inspirés des sommets pyrénéens — Glacier, Bivouac, Azalée, Cairn… Le modèle a été retravaillé à partir des retours d’expérience des ambassadeurs de la marque : compatibilité avec les bâtons 4 brins, ceinture plus souple, grandes poches ergonomiques. Le tissu sèche rapidement, la compression est ciblée sur les quadriceps et ischios pour amortir les descentes, et des marqueurs de proprioception au-dessus du genou viennent compléter le dispositif. Le tout pour 180 euros, entièrement fabriqué en France.

Autre innovation phare : la veste Expand. Pensée pour être enfilée sans retirer son sac à dos, elle intègre un soufflet dorsal ajustable automatiquement grâce à des pressions aimantées. L’imperméabilité atteint 20 000 mm, la respirabilité 70 000 g/m²/24h, pour un poids de 200 grammes. Quatre poches zippées permettent d’accéder au sac sans rien enlever, des moufles sont intégrées à même le tissu, et une poche au poignet a été ajoutée dans la version 2024-2025 pour consulter sa montre sans se découvrir. La veste est conforme aux exigences des ultra-trails comme l’UTMB, une norme implicite pour tout vêtement qui prétend s’adresser aux coureurs de longue haleine.

Une production artisanale dans les Pyrénées-Atlantiques

La gamme trail de Kiwami reste volontairement compacte. À côté de l’Equilibrium 2, le short Izard propose une alternative plus polyvalente, route ou piste, avec un sous-short en mesh pour limiter les échauffements. Le modèle Freedom Trail, de son côté, conserve le système EasyFix dans une coupe 2-en-1. Les hauts comme le Top PRO 2 sont conçus selon une logique de répartition des charges : les poches sont positionnées pour équilibrer le portage et limiter les mouvements parasites.

Partout, la même obsession de l’usage : tissu à séchage rapide, coutures invisibles, poches intelligemment réparties. Pas de gadgets. Juste des vêtements qui tiennent la distance. Tous sont fabriqués à Montardon, à partir de tissus choisis pour leur légèreté, leur déperlance ou leur respirabilité. Pas une ligne n’est sous-traitée à l’étranger.

Ce choix de produire en France n’est pas anecdotique. Depuis la crise du Covid, Kiwami a rapatrié l’essentiel de sa fabrication dans ses murs. 98 % des produits sortent aujourd’hui de l’atelier de Montardon. Prototypage, sublimation, confection, conditionnement : tout est fait localement, sur place. L’entreprise a préféré la maîtrise à la sous-traitance, quitte à rester sur des volumes modestes.

Cette production maîtrisée permet une réactivité précieuse face aux retours terrain. Elle s’inscrit aussi dans une logique de durabilité. Kiwami garantit zips et coutures pendant un an, et propose un service de réparation. L’entreprise affiche sa devise — Fast forward, not fast fashion — sans forcer la posture. Depuis 2003, elle privilégie les partenaires français ou européens. Dans un marché saturé de produits venus d’Asie, cela fait figure de singularité. Et justifie un positionnement premium, autant pour des raisons éthiques que techniques.

Une stratégie sélective au service de la performance

Kiwami n’a pas les reins de Salomon, de Kiprun ou de Hoka. Son chiffre d’affaires, d’environ un million d’euros en 2021, reste sans comparaison avec ceux des leaders. Mais la marque assume cette position de niche. Elle ne court pas après les grandes enseignes ou la distribution massive. Elle vise les traileurs aguerris, les clubs, les compétiteurs. Plus de 350 équipes dans le monde portent ses couleurs, en France, aux États-Unis, au Canada ou en Allemagne.

Le modèle est sélectif, modeste, mais cohérent. L’innovation technique, la fabrication locale, l’écoute des besoins terrain : ce triptyque suffit à créer une proposition que les grands ne savent pas toujours copier.

En janvier 2026, Kiwami a clos les candidatures pour son Racing Team 2025-2026. Une nouvelle promotion d’ambassadeurs sera sélectionnée parmi les pratiquants de triathlon et de trail en France, aux États-Unis et au Canada. Cette communauté d’athlètes ne sert pas seulement d’image de marque. Elle contribue au développement produit. Teste, remonte les défauts, suggère des évolutions.

L’entreprise s’appuie sur ces retours pour affiner ses modèles. C’est ainsi qu’ont été développés les shorts Equilibrium 2 ou la veste Expand dans ses dernières itérations. L’écoute des ambassadeurs ne relève pas du folklore. Elle alimente un cercle vertueux entre conception, pratique, modification. Une méthode artisanale, mais redoutablement efficace.



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