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Le trail a ceci de particulier qu’il conjugue l’effort et l’érosion. Des paysages grandioses, des dénivelés sans fin, mais aussi des semelles qui fondent au fil des kilomètres. Et toujours ce même verdict : tous les six à douze mois, il faut racheter. Philippe Morvan, ancien footballeur reconverti à la course nature, en sait quelque chose : 2 500 kilomètres par an, quatre paires consommées, 700 euros dépensés et autant de déchets envoyés à l’incinération. Une routine acceptée par des milliers de pratiquants, mais pas par Louise Barbin.
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Spécialiste du modèle direct-to-consumer passée par la marque de mode responsable Asphalte, elle s’interroge. Pourquoi accepte-t-on que des équipements censés nous rapprocher de la nature participent à sa dégradation ? En 2022, elle cofonde Valone avec Philippe Morvan. Objectif : fabriquer une chaussure de trail performante, mais surtout réparable. De quoi s’attaquer à l’un des tabous de l’industrie sportive : l’obsolescence programmée.
Prolonger le cycle de vie
L’histoire commence à Nantes, loin des sièges des grands équipementiers. Valone se construit en opposition aux logiques industrielles classiques : produire en quantité, vendre vite, remplacer souvent. La marque choisit une autre voie : technicité, durabilité, sobriété. Elle entre ainsi sur un marché en expansion – 2,6 millions de traileurs en France, 9 millions de paires de chaussures de running écoulées en 2024, en hausse de 21 % sur un an – avec une promesse rare : prolonger le cycle de vie du produit.
En 2023, la Rave sort des ateliers. Un nom court, un design épuré, une vocation claire : durer. Développée avec le studio All Triangles, à Annecy, la chaussure vise les longues distances. Le studio, qui travaille pour The North Face ou Décathlon, applique ici les mêmes standards : tests en conditions réelles, retours d’athlètes, ajustements millimétrés.
Le résultat est technique : 235 grammes en pointure 42, drop de 7 mm, tige en Dyneema et Cordura, semelle Vibram Megagrip. La fabrication est assurée au Portugal, dans le respect des normes européennes. Le prix, lui, se situe à 219 euros. Loin d’être low cost, mais aligné avec les modèles premium du marché.
La production fonctionne sur précommande
L’essentiel, pourtant, ne réside pas dans la fiche technique. Ce qui distingue la Rave, c’est son aptitude à être réparée. Au bout de 1 000 kilomètres, quand la plupart des chaussures terminent leur vie, celle-ci retourne à l’atelier. La semelle, crampons et amorti compris, est remplacée pour environ 70 euros. Le tout orchestré avec la cordonnerie parisienne Galoche & Patin, selon un protocole précis. Résultat : une durée de vie doublée, 2 000 kilomètres au compteur. Et la possibilité, pour l’utilisateur, de réduire son empreinte carbone tout en maîtrisant ses coûts.
Les chiffres sont parlants. Une paire classique, à 180 euros, revient à 0,26 euro du kilomètre. La Rave, réparée une fois, tombe à 0,11 euro. Économie : plus de 50 %. Côté environnement, le gain est tout aussi net. Une chaussure génère en moyenne 20,1 kg de CO2. En divisant par trois le nombre de paires nécessaires à une même pratique, Valone réduit d’autant son impact carbone.
Cette logique s’inscrit dans un modèle cohérent. La production fonctionne sur précommande, avec livraison quatre mois plus tard. Pas de stock, pas d’invendus. La distribution reste ciblée : site en ligne, deux points de vente physiques (Paris et Nantes). Loin des linéaires surchargés et des campagnes publicitaires massives, Valone mise sur la communauté, les retours terrain, la relation directe.
Valone décroche le titre de start-up de l’année
Le pari séduit. Bpifrance, Initiative Nantes, France Active ou encore le programme Mode Responsable de Nantes Métropole ont accompagné la marque. En décembre 2025, Valone décroche le titre de start-up de l’année aux Trail Running Awards. Louise Barbin figure parmi les lauréates du concours « 101 femmes entrepreneures », avec un détour remarqué par Matignon.
La gamme s’élargit en janvier 2026 avec l’Arnev, un second modèle, toujours conçu avec All Triangles, toujours réparable, toujours ancré dans le territoire. Car derrière le discours technique, c’est une vision qui se dessine. Une autre manière de penser l’équipement sportif : plus sobre, plus locale, plus durable. Un pied devant l’autre, sans courir après les tendances.


