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Le 28 février, l’armée américaine ouvre une offensive contre l’Iran. Des frictions apparaissent aussitôt au sein de la coalition ultraconservatrice qui avait porté Donald Trump à sa réélection en 2024. Mais c’est la déclaration du président, proférée avant la conclusion d’une trêve de deux semaines, menaçant de raser « toute une civilisation » — la civilisation perse — si les négociations échouaient, qui transforme les tensions en rupture déclarée. La sphère MAGA, acronyme de Make America Great Again, regroupe dirigeants, commentateurs et activistes ultraconservateurs, traditionnellement hostiles à l’interventionnisme militaire américain à l’étranger.
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Trump face à la rébellion de ses propres alliés
Tucker Carlson réclame des démissions
Quatre figures comptent parmi les dissidents les plus en vue. Tucker Carlson, ancien présentateur vedette de Fox News et visiteur régulier de la Maison-Blanche jusqu’à une date récente. Les podcasteuses Megyn Kelly et Candace Owens, cette dernière ancienne collaboratrice de Charlie Kirk, activiste ultraconservateur tué en septembre dernier. Et Alex Jones, fondateur d’Infowars, condamné pour avoir nié le massacre de l’école primaire de Sandy Hook en 2012.
Les quatre s’opposaient à la guerre depuis ses premières heures. Owens et Jones ont franchi un seuil supplémentaire en demandant publiquement l’activation de la section 4 du 25e amendement, qui permettrait de déclarer Trump inapte et de confier le pouvoir exécutif à J. D. Vance. Carlson a choisi une formulation différente : « Ceux qui sont en contact direct avec lui doivent lui dire : « Non. Je démissionne. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour arrêter ça, parce que c’est de la folie. » » Une cinquantaine de législateurs démocrates ont rejoint cet appel. Selon des informations filtrées à la presse, Vance aurait été le seul conseiller à s’être opposé à l’attaque lors des réunions préparatoires.
Le jeudi 10 avril, Trump publie sur Truth Social un message de 482 mots visant nommément les quatre dissidents. Il les accuse d’estimer « merveilleux que l’Iran, l’État sponsor du terrorisme numéro un, possède une arme nucléaire », et leur prête « une seule chose en commun : un faible quotient intellectuel ». Il les décrit comme des « fracassés » dont « personne ne se préoccupe ».
Les attaques descendent ensuite au registre personnel. Carlson « était une personne brisée quand Fox l’a licencié ». Kelly lui aurait autrefois posé une question « dégoûtante ». Owens est « folle » — et Trump y ajoute que Brigitte Macron « est une femme bien plus belle ». Quant à Jones, il « dit certaines des pires sottises » et « a perdu toute sa fortune, comme il se devait, pour son horrible attaque contre les familles des victimes de Sandy Hook ».
Taylor-Greene rebaptisée « Traitor-Brown »
Marjorie Taylor-Greene, ancienne alliée qui avait rompu avec Trump en novembre lors de la divulgation des fichiers du pédophile Jeffrey Epstein, prend position dès le début de l’offensive iranienne. « Pas une seule bombe n’a été lancée contre les États-Unis. Nous ne pouvons pas tuer une civilisation entière. C’est du mal et de la folie », écrit-elle. Le président la désigne désormais sous le nom de « Traitor-Brown » dans ses discours. Joe Kent, chef de la lutte antiterroriste à la direction nationale du renseignement, démissionne dans les mêmes jours.
La section 4 du 25e amendement, adoptée en 1967, exige d’abord l’accord du vice-président et de la majorité des membres du Cabinet. Elle requiert ensuite la ratification des deux tiers des deux chambres du Congrès, où les républicains sont majoritaires. Aucun des deux seuils n’est atteignable dans la configuration politique actuelle.
Un sondage CNN de mars indique que 100 % des électeurs se définissant comme MAGA apportent un soutien inconditionnel au président. À l’échelle nationale, 34 % des citoyens soutiennent la guerre selon YouGov. Chez les républicains, ce chiffre atteint 86 % selon Quinnipiac, et le taux d’approbation global de Trump tourne autour de 39 % selon le statisticien électoral Nate Silver.
En novembre, l’intégralité du Congrès et un tiers du Sénat seront renouvelés. Plusieurs podcasts dissidents dépassent le million de vues par épisode, une audience que la Maison-Blanche surveille de près à l’approche des midterms.
Une coalition gauche-droite en germe
Taylor-Greene évoque sur les réseaux sociaux une alliance entre droite dissidente et gauche progressiste : « Nous avons besoin d’une coalition forte de la gauche et de la droite populiste qui s’unisse sur les questions les plus importantes pour les générations futures d’Américains. » Owens répond à Trump sans détour : « Le moment est peut-être venu d’envoyer grand-père à la maison de retraite. » Jones, dans une vidéo, dit regretter non pas son soutien passé mais la trajectoire du président : « J’ai soutenu le Trump d’avant, celui qui a fait tant de bonnes choses… Mais au final, il me fait juste pitié. » La guerre contre l’Iran, conclut-il, est « un désastre complet ».


