Impôts : changement pour les couples mariés ou pacsés

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Depuis septembre 2025, les couples mariés ou pacsés ne partagent plus le même taux de prélèvement à la source : chacun est désormais imposé selon ses revenus propres. Pour les foyers où les salaires sont inégaux, cela s’est traduit par des écarts spectaculaires sur les fiches de paie, que la déclaration de revenus ouverte le 9 avril 2026 invite maintenant à examiner de près.

La déclaration 2026, premier test grandeur nature

Le 9 avril 2026, la campagne de déclaration des revenus a officiellement ouvert. C’est la première fois que les contribuables déposent leurs revenus sous le régime du taux individualisé, entré en vigueur sept mois plus tôt. Pour les couples mariés ou pacsés, cet exercice est l’occasion de vérifier les taux effectivement appliqués depuis septembre sur leurs bulletins de salaire et, si nécessaire, de modifier leur option.

Les dates limites varient selon les départements : le 21 mai pour la zone 1 (départements 01 à 19 et non-résidents), le 28 mai pour la zone 2 (20 à 54), le 4 juin pour la zone 3 (55 à 976). La déclaration papier doit être retournée au plus tard le 19 mai. Le barème de l’impôt sur le revenu a par ailleurs été revalorisé de 0,9 % pour 2026, ce qui peut modifier marginalement le montant final.

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Taux unique supprimé au 1er septembre

Jusqu’au 31 août 2025, les deux membres d’un couple soumis à imposition commune se voyaient appliquer un taux identique, calculé sur l’ensemble des revenus du foyer. Depuis le 1er septembre, l’article 19 de la loi de finances pour 2024 a imposé un autre mode de calcul par défaut : chaque conjoint est prélevé selon ses revenus personnels, salaires, pensions, bénéfices professionnels, rémunérations de gérance, rentes.

Le montant total d’impôt dû par le foyer reste strictement identique. Ce qui change, c’est la répartition de la charge entre les deux fiches de paie.

Les revenus communs, loyers perçus ensemble et pensions alimentaires encaissées par le couple, continuent de relever du taux foyer. Un détail technique mérite attention : les revenus fonciers sont attribués pour moitié à chaque conjoint dans le calcul du taux individualisé, même si le bien immobilier n’appartient qu’à l’un des deux. Les propriétaires-bailleurs peuvent découvrir une répartition qui ne correspond pas à la réalité juridique de leur patrimoine. Quant à l’employeur, il dispose d’un délai maximum de deux mois pour appliquer le nouveau taux transmis par l’administration fiscale, ce qui a pu décaler de plusieurs semaines la prise d’effet visible sur les bulletins.

Des écarts de taux qui peuvent dépasser vingt points

Les exemples publiés par la Direction générale des finances publiques (DGFiP) donnent la mesure concrète des effets. Dans un couple sans enfant où le mari perçoit 3 500 euros nets imposables par mois et l’épouse 1 600 euros, l’ancien taux foyer de 5,8 % prélevait 203 euros sur le premier salaire et 93 euros sur le second. Avec le taux individualisé, le mari est imposé à 8,3 %, soit 290 euros prélevés, et l’épouse à 0,4 %, soit 6 euros.

La disproportion s’accentue à mesure que les revenus divergent. Pour un couple avec 150 000 euros d’un côté et 50 000 euros de l’autre, le taux commun était de 21 % pour chacun. Il passe à 23,5 % pour le mieux rémunéré et à 13,3 % pour l’autre. Dans un foyer à 48 000 et 18 000 euros annuels, le taux commun de 6,3 % se divise en 8,6 % et 0 %. Chaque euro prélevé en moins sur l’un se retrouve en plus sur l’autre, sans modification du total.

Six points de taux en trop pour les femmes

L’INSEE avait chiffré le problème : l’imposition commune augmentait en moyenne de 6 points le taux marginal des conjoints aux revenus les plus faibles, dont trois quarts sont des femmes.

Les données salariales précisent l’ampleur du déséquilibre. Selon l’étude annuelle de l’APEC publiée en mars 2026, les femmes cadres gagnent 16 % de moins que leurs homologues masculins à temps plein, soit « 50 000 euros brut contre 58 000 euros ». L’écart global dans le secteur privé, tous temps de travail confondus, atteignait 22,2 % selon l’INSEE en 2025. Appliquer le taux du foyer au conjoint le moins rémunéré revenait à lui faire porter une charge fiscale sans rapport avec ses revenus propres. La réforme corrige cette distorsion sans modifier l’impôt total dû : la charge se redistribue entre les deux membres du couple, pas entre le foyer et l’État.

Qui est touché, qui ne l’est pas

Seuls les couples mariés ou pacsés soumis à imposition commune sont concernés. Célibataires, divorcés, veufs et couples en union libre ne sont pas affectés. Pour les foyers où les deux conjoints perçoivent des revenus proches, ou pour ceux où un seul travaille, le changement reste sans effet notable sur les bulletins de salaire. Les couples déjà passés volontairement au taux individualisé avant la réforme ont basculé automatiquement, sans démarche à effectuer.

Les couples qui préfèrent conserver le taux unique peuvent le faire. L’option pour le maintien du taux foyer peut être exercée à tout moment via le service « Gérer mon prélèvement à la source » sur impots.gouv.fr, ou directement lors de la déclaration en cours, en cochant la case prévue en fin de parcours.
Les motifs pour y recourir varient : éviter des écarts trop visibles entre les deux fiches de paie, simplifier la gestion d’un budget familial commun, ou permettre à l’un des conjoints d’assumer une part plus élevée de l’impôt. L’option reste modifiable sans contrainte de calendrier.



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