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En août 2024, sur l’exploitation avicole de la famille Tauzia à Campagne, dans les Landes, un robot à quatre pattes a rassemblé des poulets pour la première fois en conditions réelles. L’expérimentation est menée conjointement par Maïsadour, coopérative agricole implantée dans le Sud-Ouest, et Evotech, entreprise de robotique et d’intelligence artificielle fondée en 2014 à Saint-Geours-de-Maremne, au sein du technopôle Domolandes. C’est Shield Robotics, bureau d’études filiale d’Evotech, qui a conçu l’engin, baptisé E-doggy. Les frères Anthony et David Gavend dirigent l’ensemble du groupe.
Les équipes d’Evotech n’avaient aucune garantie sur la réaction des animaux avant août 2024. Les poulets n’ont pas fui.
Une heure trente par soir, sans exception
Mathieu Labarthe élève 27 000 volailles à Begaar, dans les Landes. Chaque soir, il consacre une heure à rentrer ses bêtes dans leurs enclos, une heure trente à deux heures dans les exploitations les plus étendues, été comme hiver, après une journée de travail déjà pleine. Lors d’une soirée de présentation, Laetitia Domange, directrice du développement du pôle agricole chez Maïsadour, a interpellé Anthony Gavend sur ce point précis.
« C’est parti comme une boutade, mais avec un fond sérieux. J’étais immédiatement partant pour tester », a déclaré l’entrepreneur. Labarthe a indiqué vouloir « franchir le pas » dès la commercialisation, estimant que le robot permettra des économies suffisantes, en temps et en carburant, pour rentabiliser l’achat.
Ce que fait E-doggy dans un champ
Le robot marche sur quatre pattes, chacune actionnée par trois moteurs. Plusieurs caméras et capteurs lui permettent de naviguer de jour comme de nuit, sur tous types de terrains. Connecté en 4G, il envoie automatiquement un compte rendu à l’éleveur une fois les trappes fermées.
Son autonomie dépasse trois heures par charge. Pour inciter les volailles récalcitrantes à rentrer, E-doggy recourt à des sons et des lumières ; il dissuade aussi les renards et les sangliers qui rôdent aux abords des enclos.
Avant le premier contact avec un poulet, E-doggy a appris à se déplacer par essai-erreur dans un environnement virtuel. La méthode repose sur un jumeau numérique : la simulation est répétée jusqu’à 100 000 fois sur ordinateur, sans risque pour les animaux.
« Les robots doivent beaucoup échouer pour apprendre. Une fois la mobilité acquise, nous passons de la simulation au réel », a indiqué David Gavend, cofondateur d’Evotech. Ce protocole explique qu’aucune phase d’adaptation longue n’ait été nécessaire lors des tests d’août 2024.
Été 2026, entre 8 000 et 10 000 euros
Evotech annonce la commercialisation d’E-doggy pour l’été 2026, à un prix cible compris entre 8 000 et 10 000 euros. À titre de comparaison, le Boston Dynamics Spot, robot quadrupède de référence sur le marché professionnel, était affiché à 74 500 dollars lors de sa mise en vente.
Au sein du seul groupe Maïsadour, 435 à 450 élevages pourraient être équipés. Pour industrialiser la fabrication, la direction d’Evotech étudie la construction d’une usine dédiée, dont l’investissement est estimé à une dizaine de millions d’euros. La PME vise en parallèle d’autres marchés : la surveillance de sites industriels et la sécurisation de chantiers.
E-doggy a servi d’assistant aux équipes de démineurs lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, dans un contexte de sécurité à haute contrainte. Le ministère de l’Intérieur a ensuite signé un contrat avec Evotech, faisant des équipes de déminage françaises des utilisatrices officielles du robot.
Le marché mondial de la robotique agricole est évalué à 18 milliards de dollars en 2025. Il est attendu à 41,3 milliards en 2030, avec un taux de croissance annuel de 24,6 %. La pénurie de main-d’œuvre agricole et les avancées des algorithmes d’apprentissage tirent cette progression. Evotech a obtenu le Prix de l’Innovation des Landes ainsi que le Prix de l’Économie Néo-Aquitains pour Shield Robotics.


