L’écran en papier made in Bordeaux séduit le monde entier

Fondée en 2023 à Pessac, Luchrome fabrique des écrans électroniques sur papier ordinaire. Deux prix internationaux en trois mois consacrent une technologie française sans métal ni ressource rare.

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En mars dernier, à Nuremberg, Luchrome remporte le Startup Pitch Contest d’Embedded World, l’un des salons mondiaux de référence pour les systèmes embarqués. Deux mois plus tôt, en janvier, la même équipe repartait de Las Vegas avec le CES Innovation Award dans la catégorie Sustainability & Energy Transition, remis par la Consumer Technology Association.

Fondée en 2023 à Pessac, dans la métropole bordelaise, la start-up fabrique des écrans électroniques directement imprimés sur du papier ordinaire. Son produit s’appelle Lusight™. Il consomme dix fois moins d’énergie qu’un écran classique, coûte trois fois moins cher à produire et affiche un impact environnemental mesuré jusqu’à soixante fois inférieur à celui des solutions d’affichage existantes.

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Sérigraphie, zéro métal rare

Le procédé repose sur l’électrochromisme : certains matériaux changent de couleur lorsqu’ils reçoivent une tension électrique, puis conservent cet état sans consommer d’énergie supplémentaire. Un affichage bistable. Une étiquette connectée peut donc afficher une donnée — une température, un numéro de lot, une date — sans puiser dans sa batterie tant que l’information ne change pas.

La fabrication utilise la sérigraphie, procédé d’impression par couches successives, sans solvant ni gravure. Aucun métal n’entre dans la composition, aucune ressource rare. Le substrat est du papier. « On fait le design à Bordeaux et on fabrique à Bordeaux », a indiqué Delphin Levasseur, Head of Innovation and Scale-up chez Luchrome. La production est intégralement localisée à Pessac.

La technologie est issue des travaux de Romain Futsch, alors doctorant, et d’Aline Rougier, chercheuse à l’Institut de Chimie de la Matière Condensée de Bordeaux, laboratoire commun à l’Université de Bordeaux, au CNRS et à Bordeaux INP. Futsch a cofondé Luchrome avec Cyril Périé, ingénieur de l’ENSMAC, qui en est le directeur technique.

161 000 euros investis dès 2022 par la SATT Aquitaine Science Transfert, structure de valorisation académique, ont couvert la maturation du dispositif et la protection de la propriété intellectuelle. Trois ans séparent cet apport initial des deux prix internationaux de début 2026.

35 milliards d’objets à étiqueter

Le marché mondial de l’e-paper dépassait 2,5 milliards de dollars en 2023. Les analystes du secteur l’estiment entre 8 et 9,5 milliards de dollars d’ici 2030. Luchrome vise le secteur IoT, estimé à plus de 35 milliards d’objets connectés en circulation dans le monde, avec un premier objectif commercial fixé à 25 millions d’objets.

Les applications prioritaires identifiées par la start-up sont le suivi de la chaîne du froid pour les produits pharmaceutiques à forte valeur ajoutée, les étiquettes connectées en logistique, les emballages intelligents et les diagnostics médicaux à usage unique — tests de grossesse, tests de dépistage rapide. « Nos écrans se caractérisent par une faible consommation énergétique, un coût compétitif, un impact environnemental sans précédent et une flexibilité inégalée », a déclaré Romain Futsch. Lusight™ est en phase finale de qualification et disponible en pré-commande pour 2026.

Un écran en papier alimenté par une batterie en lithium reste un objet dont le recyclage pose problème. En juin 2025, Luchrome a annoncé un partenariat avec BeFC, start-up grenobloise spécialisée dans les biopiles à base de papier organique.

BeFC fabrique une pile entièrement compostable et biodégradable, protégée par plus de trente brevets. L’entreprise a levé 16 millions d’euros en série A. Associée à l’écran de Luchrome, sa pile permet d’assembler un objet connecté complet — affichage et alimentation — sans composant non dégradable. Les deux entreprises ciblent conjointement les secteurs de la santé et de la logistique.

700 000 euros pour la deuxième machine

En mars 2025, Luchrome a bouclé une levée de fonds de 700 000 euros. Le tour de table réunit Techno’start, fonds d’amorçage de Bordeaux Technowest, les Business Angels des Grandes Écoles, Arts et Métiers Business Angels, Femmes Business Angels, des investisseurs individuels, ainsi que Bpifrance et la Région Nouvelle-Aquitaine.

Les fonds sont affectés à l’augmentation de la capacité de production et à l’acquisition d’un second outil industriel. Avant la levée, la start-up avait décroché le Janus de l’Industrie – Design Intégré 2025, remis par l’Institut Français du Design, puis le label I-Lab 2025, concours national géré par Bpifrance dans le cadre du plan France 2030, réservé aux deeptech françaises jugées les plus prometteuses par un jury de pairs.



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