Réarmement : le pari français pour une artillerie 100 % souveraine

Fabriqué en France, sans composant américain, opérationnel avant 2030 : THUNDART dispute en mai 2026 un tir décisif pour équiper l'armée de terre française.

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Le 8 avril 2026, la ministre des Armées Catherine Vautrin a présenté en Conseil des ministres un projet d’actualisation de la loi de programmation militaire qui prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires pour la période 2024-2030. Le programme FLP-T, Frappe longue portée terrestre, figure explicitement parmi les priorités confirmées.
Emmanuel Chiva, directeur général de l’armement, a fixé les tirs de démonstration en mai 2026 pour « départager les deux solutions en lice ». Une décision ministérielle suivra. L’enveloppe déjà inscrite dans la LPM 2024-2030 s’élève à 600 millions d’euros pour l’acquisition d’au moins 13 systèmes à longue portée d’ici 2030, avec un objectif porté à 26 systèmes à l’horizon 2035. Le projet d’actualisation prévoit par ailleurs 8,5 milliards d’euros de commandes supplémentaires de munitions entre 2026 et 2030.

Le calendrier est serré. Les neuf lance-roquettes unitaires dont dispose aujourd’hui l’armée de terre seront frappés d’obsolescence en 2027.

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Trois tirs en 24 heures à Biscarosse

Début mars 2026, la Direction générale de l’armement a procédé à trois tirs d’essais successifs de l’AASM LIR sur le site de DGA Essais de missiles à Biscarosse. Trois tirs, moins de vingt-quatre heures, trois succès. Ce composant, un autodirecteur bimode laser et infrarouge développé par Safran Electronics & Defense, est la pièce maîtresse du guidage de THUNDART.

Safran a conçu l’AASM LIR en réponse directe aux enseignements de la guerre en Ukraine : sur les théâtres de haute intensité, le brouillage électronique neutralise régulièrement les systèmes de navigation par satellite, rendant les environnements dits « GNSS Denied » la norme plutôt que l’exception. L’autodirecteur bimode contourne cette vulnérabilité en combinant deux modes de guidage autonomes. La ligne de production sera partagée entre l’AASM et THUNDART, avec une cadence quadruplée.

Pour MBDA et Safran, ces tirs valident à six semaines de l’épreuve décisive le maillon le plus incertain de leur proposition technique.

Neuf lance-roquettes à remplacer d’urgence

Les neuf LRU en service plafonnent à 70 kilomètres de portée, les pièces détachées se raréfient, et la facture de maintenance grimpe chaque année. La DGA a lancé le programme FLP-T en 2023 en réponse directe à cette obsolescence programmée pour 2027.

THUNDART double la portée : 150 kilomètres, avec une précision centimétrique sur cibles fixes ou déplaçables. La roquette de 227 mm retenue est compatible avec les lanceurs LRU existants, ce qui permet une transition opérationnelle sans rupture dans les parcs en service. Le système se connecte au système de gestion des feux ATLAS et sa conduite de tir est calquée sur celle du canon CAESAR, réduisant le temps de formation des équipages.

Conçu pour le combat de haute intensité, THUNDART privilégie la saturation et la réactivité. Il opère en tout-terrain, par toutes températures, sans dépendance à une infrastructure fixe.

MBDA-Safran contre ArianeGroup-Thales

Deux groupements industriels français s’affrontent dans le cadre d’un partenariat d’innovation lancé par la DGA. MBDA et Safran Electronics & Defense ont présenté THUNDART pour la première fois au salon Eurosatory en 2024. ArianeGroup et Thales ont dévoilé leur système FLP-T 150 le 10 mars 2026.

Les deux offres visent la même portée de 150 kilomètres et revendiquent une architecture entièrement souveraine, sans composants soumis aux restrictions américaines ITAR. THUNDART capitalise sur des briques déjà éprouvées : MBDA dispose d’une expertise reconnue en frappe longue portée et en production de masse de munitions de ce calibre, avec une capacité de production doublée depuis 2023. Safran transpose directement dans THUNDART le kit de guidage développé pour l’AASM.

Souverain et exportable

Un système sans composants ITAR peut être exporté, modifié et engagé en opération sans autorisation préalable de Washington. C’est cette liberté que MBDA et Safran mettent en avant, aux côtés des sites de production déjà identifiés en France, notamment en région Centre-Val de Loire.

Plusieurs pays européens cherchent une alternative au HIMARS américain depuis que la guerre en Ukraine a mis en lumière les contraintes politiques pesant sur les systèmes d’armes sous licence américaine. THUNDART est la seule solution de cette catégorie entièrement conçue et produite en Europe. L’OTAN a acté au sommet de La Haye de juin 2025 un objectif de 5 % du PIB consacré à la défense d’ici 2035, un signal que plusieurs capitales ont traduit en commandes à venir.

MBDA et Safran ont répondu à l’appel à partenariats de la DGA dès 2024 avec un mot d’ordre explicite : souveraineté. Le système sera opérationnel avant 2030.



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