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Près d’un Français sur deux a subi au moins une forme d’agression ou de discrimination à caractère raciste au cours de sa vie. C’est le chiffre central que dégage cette enquête, conduite par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus. Derrière ce taux global, trois profils coexistent : 14 % des personnes interrogées déclarent avoir été victimes uniquement d’agressions, 8 % uniquement de discriminations, et 24 % des deux formes simultanément. Par ailleurs, 15 % des Français disent avoir subi au moins une forme de discrimination raciale au cours des seuls douze derniers mois.
Les formes verbales dominent le répertoire des agressions : moqueries ou propos vexants (25 %), insultes (24 %), menaces (14 %). Les formes les plus graves restent néanmoins significatives : vols ou dégradations (11 %), violences physiques (9 %). Du côté des discriminations, la tenue vestimentaire et le look constituent le premier motif invoqué (14 %), devant les origines ethniques ou culturelles (12 %), la région ou le pays d’origine (12 %), le nom ou le prénom (11 %) et la couleur de peau (10 %).
Un gradient d’exposition allant du simple au double
L’exposition aux violences et discriminations racistes suit un gradient d’intensité très marqué selon la perception phénotypique. Les personnes perçues comme « blanches » déclarent un taux de victimisation global de 39 %, contre 60 % pour les « métisses », 70 % pour les personnes perçues comme « arabes » et 80 % pour celles perçues comme « noires », soit un écart de 41 points entre les deux extrêmes. Pour les seules agressions racistes, la part des personnes perçues comme « noires » ayant subi une agression dans leur vie (49 %) est deux fois et demie supérieure à celle des personnes perçues comme « blanches » (19 %).
L’appartenance religieuse constitue un second facteur de surexposition. Les musulmans affichent le taux le plus élevé (79 %), suivis des juifs (69 %), des bouddhistes (64 %) et des protestants (57 %), tandis que les catholiques (43 %) se situent en deçà de la moyenne nationale. La visibilité religieuse aggrave l’exposition : 41 % des musulmans portant un vêtement religieux déclarent avoir subi des discriminations liées à leur tenue, contre 24 % des musulmans dans leur ensemble. Dans les transports, ce taux atteint 37 % chez les musulmans portant des vêtements religieux, contre 18 % pour l’ensemble des musulmans.
L’école et le travail, premiers théâtres des inégalités de traitement
Le milieu scolaire constitue l’un des premiers espaces d’exposition : 11 % des Français y déclarent avoir subi des discriminations, une proportion qui monte à 35 % chez les personnes perçues comme « arabes » et 34 % chez celles perçues comme « est-asiatiques ». Chez les 15-17 ans, 27 % des jeunes déclarent avoir déjà été victimes de discriminations raciales en milieu scolaire, taux qui atteint 46 % chez ceux perçus comme « est-asiatiques » et 41 % chez les jeunes musulmans. 18 % des victimes de discriminations scolaires ont changé d’établissement en raison de ces risques, dont 31 % des juifs.
Le monde du travail présente un profil comparable : 10 % des Français déclarent avoir subi des discriminations dans un cadre professionnel, proportion qui s’élève à 30 % chez les personnes perçues comme « noires » et 28 % chez celles perçues comme « arabes ». Parmi les actifs uniquement, ces taux atteignent respectivement 35 % et 33 %. 26 % des victimes ont changé d’employeur en raison de ces risques, dont 36 % des musulmans.
Des conséquences durables sur les parcours de vie et la santé mentale
Au-delà de l’instant subi, le racisme reconfigure les comportements et les trajectoires. Plus de la moitié des victimes (52 %) ont adopté des comportements d’évitement : 39 % ont évité certaines rues ou zones, 19 % ont dissimulé leur apparence pour ne pas révéler leurs origines, 18 % ont masqué leurs origines sur internet ou les réseaux sociaux. Chez les victimes juives, ce taux d’évitement global atteint 81 %, dont 58 % ayant renoncé à fréquenter certains espaces publics.
Les répercussions psychologiques sont mesurables : 24 % des victimes ont connu des périodes d’anxiété ou des états dépressifs, 47 % chez les victimes juives, et 7 % ont eu des pensées suicidaires, un chiffre qui monte à 15 % chez les juifs. 22 % des victimes ont envisagé de quitter la France, une proportion qui atteint 55 % chez les victimes juives et 30 % chez les victimes d’agressions physiques. Parmi les musulmans ayant subi une agression physique, 54 % ont envisagé l’expatriation, et 60 % des musulmans portant des vêtements religieux ont envisagé de quitter le pays, contre 39 % de ceux qui n’en portent pas.
Sur le plan institutionnel, 19 % des Français ayant eu un contact avec les forces de l’ordre au cours des douze derniers mois estiment avoir été traités de façon injuste, taux qui s’établit à 37 % chez les musulmans et 34 % chez les personnes perçues comme « noires » ou « arabes ». En conséquence, 23 % de ces personnes ont déjà renoncé à se rendre dans un commissariat alors qu’elles en avaient besoin.


