Racisme : un Français sur deux est concerné

Une enquête de l'Ifop réalisée pour la LICRA sur un échantillon de 14 025 personnes dresse la cartographie la plus complète jamais établie des violences et discriminations à caractère racial en France. Résultat : 46 % des Français déclarent en avoir été victimes au moins une fois dans leur vie, avec des écarts considérables selon l'appartenance ethnique ou religieuse perçue.

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Près d’un Français sur deux a subi au moins une forme d’agression ou de discrimination à caractère raciste au cours de sa vie. C’est le chiffre central que dégage cette enquête, conduite par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus. Derrière ce taux global, trois profils coexistent : 14 % des personnes interrogées déclarent avoir été victimes uniquement d’agressions, 8 % uniquement de discriminations, et 24 % des deux formes simultanément. Par ailleurs, 15 % des Français disent avoir subi au moins une forme de discrimination raciale au cours des seuls douze derniers mois.

Les formes verbales dominent le répertoire des agressions : moqueries ou propos vexants (25 %), insultes (24 %), menaces (14 %). Les formes les plus graves restent néanmoins significatives : vols ou dégradations (11 %), violences physiques (9 %). Du côté des discriminations, la tenue vestimentaire et le look constituent le premier motif invoqué (14 %), devant les origines ethniques ou culturelles (12 %), la région ou le pays d’origine (12 %), le nom ou le prénom (11 %) et la couleur de peau (10 %).

Un gradient d’exposition allant du simple au double

L’exposition aux violences et discriminations racistes suit un gradient d’intensité très marqué selon la perception phénotypique. Les personnes perçues comme « blanches » déclarent un taux de victimisation global de 39 %, contre 60 % pour les « métisses »70 % pour les personnes perçues comme « arabes » et 80 % pour celles perçues comme « noires », soit un écart de 41 points entre les deux extrêmes. Pour les seules agressions racistes, la part des personnes perçues comme « noires » ayant subi une agression dans leur vie (49 %) est deux fois et demie supérieure à celle des personnes perçues comme « blanches » (19 %).

L’appartenance religieuse constitue un second facteur de surexposition. Les musulmans affichent le taux le plus élevé (79 %), suivis des juifs (69 %), des bouddhistes (64 %) et des protestants (57 %), tandis que les catholiques (43 %) se situent en deçà de la moyenne nationale. La visibilité religieuse aggrave l’exposition : 41 % des musulmans portant un vêtement religieux déclarent avoir subi des discriminations liées à leur tenue, contre 24 % des musulmans dans leur ensemble. Dans les transports, ce taux atteint 37 % chez les musulmans portant des vêtements religieux, contre 18 % pour l’ensemble des musulmans.

L’école et le travail, premiers théâtres des inégalités de traitement

Le milieu scolaire constitue l’un des premiers espaces d’exposition : 11 % des Français y déclarent avoir subi des discriminations, une proportion qui monte à 35 % chez les personnes perçues comme « arabes » et 34 % chez celles perçues comme « est-asiatiques ». Chez les 15-17 ans, 27 % des jeunes déclarent avoir déjà été victimes de discriminations raciales en milieu scolaire, taux qui atteint 46 % chez ceux perçus comme « est-asiatiques » et 41 % chez les jeunes musulmans. 18 % des victimes de discriminations scolaires ont changé d’établissement en raison de ces risques, dont 31 % des juifs.

Le monde du travail présente un profil comparable : 10 % des Français déclarent avoir subi des discriminations dans un cadre professionnel, proportion qui s’élève à 30 % chez les personnes perçues comme « noires » et 28 % chez celles perçues comme « arabes ». Parmi les actifs uniquement, ces taux atteignent respectivement 35 % et 33 %26 % des victimes ont changé d’employeur en raison de ces risques, dont 36 % des musulmans.

Des conséquences durables sur les parcours de vie et la santé mentale

Au-delà de l’instant subi, le racisme reconfigure les comportements et les trajectoires. Plus de la moitié des victimes (52 %) ont adopté des comportements d’évitement : 39 % ont évité certaines rues ou zones, 19 % ont dissimulé leur apparence pour ne pas révéler leurs origines, 18 % ont masqué leurs origines sur internet ou les réseaux sociaux. Chez les victimes juives, ce taux d’évitement global atteint 81 %, dont 58 % ayant renoncé à fréquenter certains espaces publics.

Les répercussions psychologiques sont mesurables : 24 % des victimes ont connu des périodes d’anxiété ou des états dépressifs, 47 % chez les victimes juives, et 7 % ont eu des pensées suicidaires, un chiffre qui monte à 15 % chez les juifs. 22 % des victimes ont envisagé de quitter la France, une proportion qui atteint 55 % chez les victimes juives et 30 % chez les victimes d’agressions physiques. Parmi les musulmans ayant subi une agression physique, 54 % ont envisagé l’expatriation, et 60 % des musulmans portant des vêtements religieux ont envisagé de quitter le pays, contre 39 % de ceux qui n’en portent pas.

Sur le plan institutionnel, 19 % des Français ayant eu un contact avec les forces de l’ordre au cours des douze derniers mois estiment avoir été traités de façon injuste, taux qui s’établit à 37 % chez les musulmans et 34 % chez les personnes perçues comme « noires » ou « arabes ». En conséquence, 23 % de ces personnes ont déjà renoncé à se rendre dans un commissariat alors qu’elles en avaient besoin.



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