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Le projet de loi présenté ce mercredi porte le budget global de la mission Défense à 57 milliards d’euros pour 2026, soit 6,7 milliards de plus qu’en 2025. La loi de programmation militaire votée en 2023 prévoyait 750 millions d’euros par an pour les opérations extérieures. La provision a déjà été portée à 1,2 milliard pour 2026.
Le 25 mars, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait convoqué en urgence le missilier MBDA pour faire le point sur les stocks disponibles. Devant l’Assemblée nationale le même jour, il a annoncé 8,5 milliards d’euros de commandes de munitions supplémentaires entre 2026 et 2030, en sus des 16,5 milliards déjà inscrits dans la LPM. Une plateforme nationale à financement mixte, baptisée « France Munitions », a également été annoncée, assortie d’un plan de soutien à l’industrie de défense duale de 300 millions d’euros. « L’urgence, ce sont évidemment les munitions. C’est indispensable et c’est colossal », a déclaré Lecornu.
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Un drone à 3 500 euros, un missile à 600 000
Depuis le 28 février 2026 et le déclenchement du conflit, les Rafales français basés à la base aérienne 104 d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis ont « engagé et détruit plusieurs dizaines de drones et de missiles », selon les termes du général Marc Le Bouil, chef du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes. Chaque interception mobilise un missile MICA, valorisé entre 600 000 euros selon les données officielles de la Direction générale de l’armement et jusqu’à 1 million d’euros selon Le Monde du 21 mars 2026, selon la méthode de calcul retenue.
En face, le drone Shahed iranien coûte environ 3 500 euros à produire, selon une analyse du Grand Continent de mars 2026 s’appuyant sur une source universitaire téhéranaise. Le rapport est de 1 pour 170. La version produite sous licence en Russie revient entre 20 000 et 50 000 dollars, ramenant ce ratio à 1 pour 14 au minimum.
En trois semaines, des sources proches de l’état-major citées par La Tribune et Le Mamouth évaluent à 100 millions d’euros les missiles MICA consommés, soit le prix d’un Rafale neuf. Les stocks ont « très rapidement fondu », selon l’expression utilisée en interne, mettant au jour une « fenêtre de vulnérabilité maximale » : les anciens stocks s’épuisent, et les 567 unités de MICA nouvelle génération commandées pour 1,8 milliard d’euros ne seront livrées qu’entre 2026 et 2031.
135 millions par mois, hors munitions
Le coût direct de l’engagement français se décompose ainsi. Environ 5 000 militaires sont déployés, rémunérés entre 1 500 et 3 000 euros par mois, soit 11 millions d’euros de masse salariale mensuelle. Les frégates engagées représentent 22 millions d’euros par mois. Six Rafales volant trois heures coûtent 30 millions d’euros, sur la base des 20 000 euros par heure de vol déclarés par le chef d’état-major de l’armée de l’Air devant le Sénat en novembre 2023, hors munitions. Au total, une simulation fondée sur les données du Sénat et de la Cour des comptes aboutit à 135 millions d’euros mensuels, soit 11 % de l’enveloppe annuelle OPEX renforcée pour 2026.
Fin 2025, le taux de l’OAT à 10 ans s’établissait à 3,6 %. Le 23 mars 2026, il atteignait 3,81 %, son niveau le plus élevé depuis juillet 2009, selon Le Figaro, Boursorama et Capital.fr. Selon des estimations de l’institut Rexecode, le surcoût pour les finances publiques françaises atteindrait 1,5 milliard d’euros dès 2026, puis 4 milliards supplémentaires en 2027. Ce seul surcoût dépasse de dix fois la dépense militaire directe mensuelle. Dans ce scénario, la charge de la dette deviendrait le premier poste budgétaire de l’État, devant l’Éducation nationale et la Défense elle-même.
Le détroit d’Ormuz n’est toujours pas rouvert et ne fonctionnera pas normalement avant plusieurs semaines. Or, environ 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié transitent par ce passage. Le Brent, qui se négociait autour de 65 dollars avant le conflit, a explosé au gré des décisions et des messages souvent contradictoires de Donald Trump.
Le choc s’est transmis aux prix du gaz, exposant les ménages aux contrats indexés à des hausses immédiates. BNP Paribas Economic Research a mesuré une accélération de l’inflation de 1,1 % en février à environ 1,7 % en mars, une tendance que l’INSEE a confirmée.
L’agriculture absorbe un second choc. Le prix de l’urée, engrais azoté dont une fraction significative du commerce mondial transite par Ormuz, est passé de 300 à 750 dollars la tonne fin mars selon les chambres d’agriculture françaises, fragilisant les exploitants à l’approche de la campagne 2027. Les exportateurs français vers la région — cosmétiques, luxe, pharmaceutiques, céréales — subissent des retards et une hausse de leurs coûts logistiques. L’indice PMI manufacturier français est tombé à 50,0 en mars, au seuil de la stagnation.


