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Le vice-président américain J. D. Vance a atterri mardi à Budapest pour quarante-huit heures. Motif officiel : commémorer « l’amitié américano-hongroise ». Dès sa première prise de parole aux côtés d’Orbán, il a visé Bruxelles nommément, accusant l’Union européenne d’« interférence honteuse » et de détruire délibérément l’économie hongroise par hostilité envers son premier ministre.
Le soir, lors d’un meeting orbániste devant environ 2 000 personnes, Vance a sorti son téléphone et mis Donald Trump en ligne en direct. Le président américain, joint depuis Washington, a pris la parole devant le public budapestois. Ce type d’intervention en temps réel d’un chef d’État étranger dans un meeting électoral européen n’a pas de précédent récent.
Vance a qualifié Orbán de « partenaire important et constructif pour la paix » en Ukraine. Il a aussi déclaré être venu au nom de « la coopération morale » entre les deux pays et « de la défense de la civilisation occidentale ». En préambule, il avait déclaré ne pas vouloir dicter le vote des Hongrois.
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Rubio, Trump, Vance : une séquence organisée
La visite ne surgit pas de nulle part. En février, le secrétaire d’État Marco Rubio était déjà reçu à Budapest. Le 21 mars, à la cinquième édition de la CPAC Hungary, Donald Trump avait adressé un message vidéo à Orbán : « C’est un gars fantastique, c’est un honneur de le soutenir, j’espère qu’il gagnera largement ». Deux jours plus tard, Budapest accueillait la première grande assemblée des Patriotes, le groupe du Parlement européen cofondé par Orbán, qui réunit le Rassemblement national français, la Lega italienne et le FPÖ autrichien.
Trois visites ou signaux américains de haut niveau en six semaines. La Hongrie est devenue la scène de référence de la droite illibérale transatlantique, et ce calendrier n’a pas été improvisé.
Orbán dans les sondages, Magyar aux portes du pouvoir
Le premier ministre hongrois est au pouvoir depuis 2010. Pour la première fois, il est menacé de façon crédible dans les sondages. Péter Magyar, qui dirige le parti Tisza, est en mesure de remporter les législatives du 12 avril. Une défaite d’Orbán priverait l’axe trumpiste de son principal relais européen.
Orbán a sollicité ce soutien américain, et c’est ce même soutien qui l’expose à une contradiction qu’il ne peut pas résoudre : depuis des années, il dénonce les ingérences étrangères, notamment celles de George Soros et de Bruxelles. Se faire soutenir publiquement par le vice-président des États-Unis à cinq jours du scrutin retourne cet argument contre lui.
Des agents russes dans la campagne
Pendant que Vance occupait les tribunes, d’autres acteurs opéraient discrètement. Le média d’investigation VSquare affirme que Vladimir Poutine a envoyé des agents russes à Budapest pour appuyer la campagne d’Orbán.
L’opération serait pilotée par Sergeï Kirienko, technocrate russe déjà mis en cause lors des élections moldaves pour avoir coordonné des fermes à trolls et des réseaux d’achat de voix. Budapest concentre donc, en cette dernière semaine de campagne, une ingérence américaine publique et revendiquée, et une ingérence russe clandestine et documentée. Les deux au profit du même candidat.
La campagne hongroise avait déjà accumulé un nombre inhabituel d’affaires : chantage à la sextape, accusations d’espionnage, soupçons d’achats de voix, allégations de manipulation des minorités ethniques. L’arrivée de Vance et les révélations sur Kirienko s’ajoutent à un scrutin dont la régularité est contestée avant même le dépouillement.
Budapest, 7 avril : Trump dément depuis Washington
La journée du 7 avril a produit une image que Budapest n’avait pas prévue. Pendant que Vance tenait ses discours sur la « civilisation occidentale » aux côtés d’Orbán, Donald Trump publiait sur Truth Social un message de démenti furieux. Des rumeurs circulaient selon lesquelles les États-Unis envisageaient une frappe nucléaire contre l’Iran. Trump a écrit : « Rien de ce que dit le vice-président ici ne laisse entendre cela, bande d’énormes bouffons ». Ce désordre rendu public en temps réel, pendant une visite d’État, n’a pas échappé aux chancelleries européennes.
Les tensions autour du détroit d’Ormuz et la posture de l’administration Trump sur l’Iran ont déjà durci les positions de plusieurs gouvernements européens. Giorgia Meloni, première ministre italienne et figure de la même famille politique conservatrice, a pris ses distances avec le mouvement MAGA sur ces dossiers. Orbán, lui, n’endosse pas publiquement l’opération « Epic Fury » mais ne s’en dissocie pas non plus.
Orbán se retrouve ainsi isolé davantage qu’il ne se protège. Le soutien de Vance renforce sa visibilité dans les réseaux illibéraux internationaux. Il documente aussi, pour les électeurs hongrois qui votent le 12 avril, une dépendance à des puissances extérieures que quinze ans de discours souverainiste avaient prétendu exclure.


