Santé mentale : Trump peut-il être destitué ?

Quand un président cumule crises d'impulsivité, ruptures diplomatiques et appels au 25e amendement dans son propre camp, où s'arrête la stratégie et où commence le déclin ?

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Le message est apparu sur Truth Social à la mi-journée du 5 avril 2026, au lendemain du sauvetage de deux aviateurs américains sur le sol iranien. « Ouvrez le Putain de Détroit, espèces de tarés, ou vous vivrez en Enfer – VOUS ALLEZ VOIR ! Gloire à Allah. » Le détroit d’Ormuz était bloqué par Téhéran depuis la fin mars, paralysant le transit habituel d’un cinquième des hydrocarbures mondiaux. L’ultimatum fixait une échéance au 6 avril à 20 heures, heure de Washington, puis a été repoussé de vingt-quatre heures dans un message sibyllin le lendemain, pendant que l’Iran tirait des missiles et des drones vers Israël et le Koweït.

Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat, a réagi en quelques mots sur X : « Joyeuses Pâques, Amérique. Le président des États-Unis déblatère comme un détraqué sur les réseaux sociaux. » La représentante Becca Balint (Vermont) a qualifié le message de « complètement et absolument incohérent ». Ces voix sont celles de l’opposition. Ce qui a changé ce 5 avril, c’est que d’autres ont parlé.

Greene, Cobb : la rupture vient de l’intérieur

Marjorie Taylor Greene a employé le mot « folie » le matin de Pâques. Pendant des années, l’élue géorgienne a été l’une des figures les plus loyales à Trump au Congrès. Elle a appelé l’entourage du président à « cesser d’adorer le président et à intervenir ».

Ty Cobb, ancien avocat de la Maison-Blanche durant le premier mandat, a accordé un entretien au Jim Acosta Show début avril 2026 dans lequel il a déclaré que le président est « clearly insane ». Il a interpellé publiquement le Cabinet : « Pourquoi n’ont-ils pas encore invoqué le 25e amendement pour quelqu’un qui est manifestement fou ? » Cobb a précisé que la crise iranienne avait été conduite « sans consulter les alliés, en opposition aux conseils militaires », et qu’il n’existe plus dans le Cabinet actuel de personnalités capables de s’y opposer, contrairement au premier mandat où des figures comme le général Mattis ou John Kelly avaient joué ce rôle. « I think he’s gone », a-t-il conclu.

Marco Rubio a répondu le même jour : « Oui, il y a des cinglés au pouvoir, mais ils sont à Téhéran, pas à Washington. » La réponse militaire iranienne dans les vingt-quatre heures suivant le message indique que cette rhétorique n’a pas produit l’effet dissuasif attendu.

Un profil documenté bien avant 2026

L’épisode iranien ne surgit pas du néant. Depuis le début du second mandat, le 20 janvier 2025, des comportements inhabituels ont été observés et documentés par plusieurs médias anglo-saxons et européens.

Le 22 janvier 2026, lors du Forum économique mondial de Davos, Trump a confondu à plusieurs reprises l’Islande et le Groenland, alors que l’annexion de ce territoire constitue l’obsession centrale de sa politique étrangère depuis des mois. Il a déclaré : « En 2019, quand je leur ai parlé de l’Islande, ils m’adoraient. » La Maison-Blanche a nié toute confusion. Selon The Guardian, Trump a consacré quinze minutes d’une réunion de cabinet à la décoration intérieure, et s’est lancé dans un monologue de deux minutes sur les éoliennes lors d’une rencontre avec Ursula von der Leyen, sans que le sujet figure à l’ordre du jour. Le Soir rapporte qu’il s’est levé en pleine réunion avec des dirigeants du secteur pétrolier pour coller le nez à la fenêtre en s’exclamant « Waouh, quelle vue ». Des images le montrent somnolent lors d’événements publics. « Je ne dors pas, je m’ennuie », a-t-il répondu.

Tony Schwartz a passé dix-huit mois aux côtés de Trump dans les années 1980 pour co-écrire The Art of the Deal. Il le décrivait déjà comme pathologiquement impulsif, égocentrique, sans empathie et déconnecté de la réalité, soit quarante ans avant toute hypothèse de déclin cognitif lié à l’âge.

Trois tests en un an, et ce que ça signifie

Trump a passé trois tests cognitifs entre avril 2025 et janvier 2026. Chacun a donné un score de 30 sur 30 au Montreal Cognitive Assessment, le MoCA, conçu pour dépister la démence en dix minutes. Trump a présenté le troisième sur Truth Social comme un « examen de QI très difficile ». Le MoCA comporte des questions permettant à un enfant en bas âge d’obtenir des points : reconnaître un éléphant, un tigre, dessiner une horloge.

Le Dr Vin Gupta, expert médical régulièrement cité dans les médias américains, a déclaré : « Ceux qui effectuent le test MoCA avec cette fréquence sont généralement surveillés pour une démence précoce ou des troubles cognitifs. Il se  »qualifie » lui-même pour quelque chose qu’il ne souhaite pas être. » La fréquence des tests, trois en neuf mois, est elle-même un signal clinique, indépendamment des scores. Elle l’est d’autant plus que les examens sont réalisés par le médecin de la Maison-Blanche, nommé par l’exécutif.

Ce que les psychiatres disent et ce qu’ils n’ont pas le droit de dire

En 2017, la psychiatre Bandy X. Lee, ancienne professeure à Yale puis à Columbia et Harvard, a coordonné la publication de The Dangerous Case of Donald Trump, dont les différentes éditions ont regroupé jusqu’à quarante experts. John Gartner, ancien professeur assistant de psychiatrie à Johns Hopkins, a déclaré en novembre 2025 que Trump « ne terminera pas son mandat compos mentis ». En décembre 2025, il décrivait une combinaison d’hypomanie, de narcissisme malin et de déclin cognitif aux « patterns visibles, mesurables et de plus en plus incontrôlés ».

Lord David Owen, médecin et ancien ministre britannique des Affaires étrangères, a théorisé dans la revue Brain le « syndrome d’hubris » : un trouble provoqué par l’exercice du pouvoir, distinct du narcissisme pathologique, se manifestant par une vision messianique, un mépris des faits et une résistance aux conseils. Il estime que Trump présente les deux.

Ces diagnostics se heurtent à la Goldwater Rule. En 1964, le magazine Fact avait publié un sondage dans lequel 1 189 psychiatres américains déclaraient le candidat républicain Barry Goldwater « psychologiquement inapte » à la présidence. Goldwater a remporté son procès en diffamation, et l’Association américaine de psychiatrie a instauré la règle qui porte son nom : il est contraire à l’éthique pour un psychiatre de donner un avis professionnel sur une personnalité publique qu’il n’a pas examinée. En mars 2017, l’APA a élargi cette règle au point d’interdire toute opinion sur « l’affect, le comportement ou le discours » d’un individu. Bandy Lee a été renvoyée de Yale pour l’avoir violée.

Des chercheurs publiés par The Conversation en février 2026 ajoutent une mise en garde différente : qualifier Trump de « fou » revient à faire de lui une anomalie individuelle, ce qui détourne l’attention des structures économiques, médiatiques et culturelles qui ont rendu possible son accession au pouvoir.

L’imprévisibilité comme doctrine

Depuis le 20 janvier 2025, l’administration Trump a signé plus de deux cents décrets exécutifs en huit mois. La guerre commerciale déclenchée en avril 2025 par une hausse généralisée des droits de douane a été explicitement instrumentalisée comme levier de pression sur les partenaires commerciaux. Les déclarations sur le Groenland, le Canal de Panama ou le Canada comme « 51e État » s’inscrivent dans une doctrine Monroe réactivée par plusieurs think tanks américains.

Richard Nixon avait délibérément cherché à paraître imprévisible, voire « fou », pour obtenir des concessions de ses adversaires durant la guerre du Vietnam. Dan Hamilton, expert en politique étrangère à la Brookings Institution, voit dans les sorties de Trump « en grande partie de la grandiloquence et de la fanfaronnade ». Le think tank BARA nuance : l’imprévisibilité n’est un outil que si elle reste ciblée. Appliquée simultanément à tous les partenaires, elle isole sans dissuader.

Troubles de personnalité de longue date, usage délibéré de la rhétorique déstabilisante et possible déclin cognitif ne s’excluent pas. John Gartner, Bandy X. Lee et plusieurs de leurs co-signataires soutiennent depuis 2017 que les trois peuvent coexister chez un même individu, chacun aggravant les effets des autres.

Le 25e amendement, remède inapplicable

Le sénateur Chris Murphy (Connecticut) a déclaré le 6 avril : « Si j’étais membre du Cabinet de Trump, je passerais Pâques à appeler des avocats constitutionnels au sujet du 25e amendement. » Bernie Sanders a exigé que le Congrès « agisse MAINTENANT » face aux « divagations d’un individu dangereux et mentalement déséquilibré ».

Le 25e amendement, adopté en 1967, prévoit à sa section 4 qu’un président peut être écarté s’il est jugé incapable d’exercer ses fonctions. La procédure exige une déclaration conjointe du vice-président et d’une majorité du Cabinet, suivie d’un vote du Congrès à la majorité des deux tiers dans les vingt et un jours. Ty Cobb l’a dit explicitement : il n’existe plus dans le Cabinet actuel d’individus comme Mattis ou Kelly pour initier une telle démarche. Le Cabinet a été nommé par Trump. La majorité au Congrès lui est fidèle. Les constitutionnalistes consultés par plusieurs médias américains s’accordent à qualifier la procédure de « théorique et inapplicable » dans le contexte de 2026.



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