Crise carburants : Lecornu refuse toujours le blocage des prix

TotalEnergies met fin ce mardi à son plafonnement à la pompe. Le gouvernement tient sa ligne : pas de blocage, des aides ciblées annoncées « dans les prochains jours ».

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Depuis ce mardi 7 avril, les 3 300 stations TotalEnergies de métropole n’affichent plus de prix plafonné. Le groupe avait gelé l’essence à 1,99 €/L et le diesel à 2,09 €/L depuis plusieurs semaines, un dispositif prolongé à quatre reprises depuis le début de la crise, la dernière fois pour absorber le week-end de Pâques. Il n’est désormais accessible qu’aux clients ayant souscrit au contrat « Avantage Carburant » (offres gaz ou électricité du groupe), dans la limite de 2 000 litres par an.

83 % des stations en rupture de stock ce week-end de Pâques appartenaient au réseau TotalEnergies, victimes d’un afflux massif d’automobilistes attirés par l’écart de prix avec les autres enseignes. Dans les réseaux concurrents, le taux de rupture ne dépassait pas 4 %. Sébastien Lecornu, par la voix de Maud Bregeon, ministre de l’Énergie, écarte tout problème d’approvisionnement ou de raffinage, imputant ces tensions à des contraintes logistiques et de transport.
En moyenne nationale, le gazole s’établissait à 2,279 €/L le 6 avril et le SP95-E10 à 2,011 €/L, selon les données de prix-carburant.eu.

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+50 % en six semaines

Le 28 février 2026, les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran ont déclenché une fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz. Le baril de Brent valait alors environ 72 dollars. En quatorze jours, il a progressé de 42 % pour atteindre 83 dollars début mars, avant de culminer à 119,50 dollars le 9 mars. Au 7 avril, il oscille autour de 109 dollars, soit une hausse de plus de 50 % par rapport au niveau pré-conflit.

À la pompe, l’asymétrie est frappante entre les deux carburants. Le gazole a bondi de 32,7 % depuis le 27 février, contre 16,86 % pour le SP95-E10. L’explication tient à une dépendance géographique précise : environ 90 % du diesel consommé en France est raffiné hors Union européenne, ce qui rend son approvisionnement particulièrement vulnérable au blocage d’Ormuz.

L’INSEE, dans une estimation provisoire publiée le 31 mars, a mesuré une inflation remontée à +1,7 % sur un an en mars 2026, contre +0,9 % en février, portée par une hausse des prix de l’énergie de +7,3 % sur un an. Dans le même temps, la consommation de carburants a chuté de 24 % entre le 11 et le 20 mars par rapport à la même période de 2025. Ce recul pèse directement sur les recettes de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), qui représente environ 60 % du prix à la pompe.

Pas d’aide universelle, pas de blocage des prix

« Il n’y aura pas d’aide universelle, il n’y aura pas de blocage des prix », a déclaré Maud Bregeon ce mardi matin sur BFMTV et RMC. La ministre a également défendu les distributeurs : depuis le début du conflit, leurs marges commerciales seraient restées stables, sans hausse indue. La DGCCRF a inspecté plus de 630 stations-service depuis le début de la crise et prononcé cinq sanctions.

Selon des données de l’UFIP compilées par l’association de consommateurs CLCV, les marges de raffinage sont passées de 13,2 centimes par litre en 2025 à 25,7 centimes par litre au 6 mars 2026, soit une progression de 95 %. Le gouvernement situe l’abus potentiel en amont de la distribution : le 3 avril, Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’Industrie, a écrit à la Commission européenne pour lui demander d’ouvrir une enquête formelle sur les marges des raffineries européennes.

Sur le plan budgétaire, la position reste identique. Un budget rectificatif est écarté : Maud Bregeon y voit une porte ouverte aux propositions de l’opposition. Le Rassemblement national plaide pour une TVA réduite à 5 % sur les produits énergétiques, dont le gouvernement chiffre le coût entre 12 et 17 milliards d’euros selon le périmètre retenu. La France insoumise défend un gel pur des prix à la pompe. Une troisième option circule sans être officiellement retenue : une TICPE flottante, dont le taux baisserait automatiquement au-delà d’un seuil de cours fixé par décret, soutenue par la droite parlementaire et les syndicats du BTP. Le gouvernement ne s’y est pas opposé formellement.

Routiers, foyers modestes : qui touche quoi

Fin mars, un premier dispositif de 70 millions d’euros a été annoncé pour avril 2026, financé par annulations de crédits ministériels. Les bénéficiaires prioritaires sont les secteurs les plus exposés à la dépense carburant : transporteurs routiers, taxis, aides-soignantes, aides à domicile.

Pour les seuls transporteurs routiers, une aide forfaitaire de 20 centimes par litre a été actée, pour une enveloppe de 50 millions d’euros. Initialement réservée aux TPE et PME en difficulté de trésorerie, elle a été élargie à toutes les tailles d’entreprises après négociation. L’OTRE, Organisation des transporteurs routiers européens, a suspendu ses mouvements de contestation en échange de trois avancées : confirmation du caractère reconductible du dispositif, élargissement aux grandes entreprises, et autorisation de répercuter une part de la hausse sur les clients via une clause de revoyure contractuelle.

Le 1er avril, le gouvernement a annoncé un chèque énergie renforcé : 153 euros par foyer en moyenne, envoyé automatiquement à 3,8 millions de foyers modestes, avec une extension à 700 000 foyers supplémentaires à compter du 1er mai. Ce dispositif couvre l’ensemble de la facture énergétique du foyer, gaz, électricité et fioul domestique, et non le seul carburant à la pompe, contrairement à ce que le débat public a parfois laissé entendre.

Un nouveau dispositif doit être présenté dans les prochains jours, selon l’engagement pris par le Premier ministre Sébastien Lecornu la semaine dernière à Bordeaux. « On n’abandonnera personne, mais on ne dépensera pas de l’argent qu’on n’a pas », a-t-il déclaré.

400 millions de barils n’ont pas suffi

Le 11 mars 2026, les 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie ont voté à l’unanimité le déblocage de 400 millions de barils de stocks stratégiques, le volume le plus élevé libéré par l’institution depuis sa création en 1974, équivalent à vingt jours de trafic pétrolier mondial. La France contribue à hauteur de 14,5 millions de barils.
Les cours n’ont pas reflué durablement. Tant que le détroit d’Ormuz reste partiellement fermé, le marché intègre un risque d’approvisionnement persistant qui absorbe l’effet de la libération des stocks.

En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni a réduit les droits d’accise d’environ 25 centimes par litre sur l’essence et le diesel, prolongée jusqu’au 1er mai pour un coût de 500 millions d’euros, financé via les recettes de TVA supplémentaires générées par la hausse des prix de l’énergie. La remontée simultanée des cours a absorbé l’essentiel du gain tarifaire : dans plusieurs régions italiennes, le diesel dépasse encore 2 euros le litre, même s’il reste inférieur aux niveaux français. Maud Bregeon a cité ce précédent à l’appui de la ligne du gouvernement. « Ce que le consommateur ne paie pas à la pompe demain, le contribuable le paierait après-demain », a-t-elle indiqué.



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