L’échec de la pédagogie économique en France n’est plus à prouver. Depuis un an, les défenseurs de la libre entreprise se sont retrouvés dans une lutte épuisante contre la taxe Zucman, s’efforçant de contrer des arguments basés sur des fake news. Des affirmations telles que « plus on est riche moins on paie d’impôts » ou « les riches cachent leur argent dans des holdings » continuent d’alimenter un discours déformé qui nuit non seulement à l’image des entrepreneurs, mais aussi à la perception du rôle vital qu’ils jouent dans l’économie.
L’Assemblée nationale a ajouté à ce climat déjà tendu, où 90 % des propositions parlementaires visaient à alourdir la charge fiscale des entreprises. La décision de renouveler la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, sans analyse préalable de son impact, soulève des questions inquiétantes sur l’avenir du tissu économique français. A cela s’ajoute le maintien de la CVAE et la réforme du Pacte Dutreil.
Le gouvernement a aussi réduit en 2026 les aides aux employeurs pour l’embauche d’apprentis et d’alternants : les montants par contrat ont baissé et une modulation par branche répartit désormais les moyens selon les secteurs. Malgré 107.000 contrats d’alternance signés en 2025 dans le commerce, V. Allais (Opcommerce) alerte : « l’engagement des entreprises subsiste, mais le contrat de professionnalisation est le grand perdant des arbitrages budgétaires — un signal inquiétant alors que le chômage des jeunes repart à la hausse. »
Face à ces défis, les voix des chefs d’entreprise se sont faites trop rares. Bien que quelques figures telles qu’Alexandre Bompard, Nicolas Dufourcq et Pierre Gattaz aient courageusement pris position, la majorité reste silencieuse. Leurs interventions, bien que souvent claires et pédagogiques lors des commissions d’enquête, semblent insuffisantes pour faire basculer le débat en leur faveur.
Il est grand temps que les dirigeants d’entreprises s’expriment davantage. S’ils hésitent à se manifester, ils risquent de voir leur rôle réduit à celui de simples cibles. Lorsqu’un universitaire avance des propositions de prélèvement sur le patrimoine des plus performants, qui mieux que ceux réellement impliqués peut éclairer le public sur les conséquences d’une telle mesure ?
On entend souvent que les Français n’apprécient guère les chefs d’entreprise. Cependant, il est crucial de nuancer cette affirmation. Les grands patrons, aimés ou non, bénéficient d’une légitimité qui leur permet d’influencer le débat public. Comme l’a démontré Bernard Arnault, chaque prise de parole peut faire bouger les lignes, une capacité que peu d’autres figures publiques possèdent.
Les dirigeants d’entreprise ne peuvent rester en retrait devant l’hostilité croissante envers le monde économique. La campagne présidentielle de 2027 promet d’être difficile si aucune clarification sur le rôle des entreprises n’est faite dans l’espace public. Pour éviter que l’entreprise ne soit perçue comme une simple source de financement pour des mesures démagogiques, il est impératif que les dirigeants exposent plus largement leurs idées et leur vision.
Pour créer un changement tangible, les représentants du monde entrepreneurial, tels que le Medef et la CPME, doivent s’engager dans un discours éducatif durable, expliquant des concepts souvent mal compris comme la création d’emplois par les entreprises ou l’importance des dividendes pour rémunérer le risque.
Il est essentiel que les défenseurs de la libre entreprise passent à l’offensive, en proposant des alternatives audacieuses telles que la suppression de la fiscalité sur les dividendes, compensée par une réduction des aides aux entreprises. C’est seulement en osant être fiers de leurs idées et en s’affichant publiquement qu’ils pourront effectivement peser dans le débat et influencer l’opinion publique en faveur d’une vision positive et dynamique de l’entrepreneuriat.
En somme, le moment d’agir est maintenant. Les chefs d’entreprise ont un rôle fondamental à jouer dans le débat public. Leur absence ne fait qu’accroître le fossé entre la réalité économique et la perception qu’en a la société. En se ralliant à une cause commune et en s’exprimant clairement, ils pourront non seulement défendre leurs intérêts, mais aussi contribuer à un avenir économique stable et prospère pour la France.
André Perrissel
Institut Janus


