À Toulouse, une usine pour 1 600 emplois dans l’avion électrique

Huit ans après sa fondation, Aura Aero bascule dans l'ère industrielle : son usine de 50 000 m² à Francazal est autorisée, avec 1 600 emplois et 2 milliards de CA en ligne de mire.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Le 19 mars 2026, le constructeur toulousain a obtenu le permis de construire de son usine de Francazal, dernier verrou administratif avant le lancement d’une production en série qui conditionne 12 milliards de dollars de commandes potentielles.

Le 19 mars 2026, la mairie de Cugnaux a délivré le permis de construire de l’Aura Factory, le site de production qu’Aura Aero prévoit d’implanter sur l’aéroport de Toulouse-Francazal. Trois mois plus tôt, l’instruction semblait compromise. En décembre 2025, l’Autorité environnementale avait émis des réserves formelles, jugeant insuffisante l’approche globale à l’échelle de la zone d’aménagement concertée de Francazal. Sans invalider le dossier, cet avis avait rendu plausible un glissement de plusieurs mois.

L’instruction a finalement abouti. Les opérations de dépollution du site ont déjà commencé. La pose de la première pierre est attendue au second semestre 2026, la mise en service de l’usine en 2028.

50 000 m², 1 600 emplois, 95 millions d’euros publics

La superficie du projet a été revue à la hausse depuis les premières annonces : 50 000 m² contre 40 500 m² initialement prévus. Sur ce site unique seront regroupées la conception, l’assemblage et la livraison des appareils. À terme, Aura Aero projette un chiffre d’affaires de près de 2 milliards d’euros et plus de 1 600 emplois directs, auxquels s’ajouteraient plusieurs milliers de postes indirects dans la sous-traitance.

Le financement public du projet atteint 95 millions d’euros, annoncés en octobre 2024. La majeure partie provient du programme Innovation Fund de l’Union européenne, alimenté par les crédits carbone du marché ETS. Aura Aero est le premier industriel aéronautique à en bénéficier. Des soutiens complémentaires ont été mobilisés via le plan France 2030, au titre du programme « Première Usine », et via l’EIC Accelerator européen. Bpifrance figure également parmi les acteurs engagés. Jérémy Caussade, cofondateur et président d’Aura Aero, a cité publiquement la Région Occitanie, Toulouse Métropole, la commune de Cugnaux et la commissaire européenne Ekaterina Zakharieva parmi les parties prenantes décisives.

ERA, l’avion qui justifie l’usine

L’Aura Factory a été conçue pour un programme : ERA, avion régional hybride-électrique de 19 places dont la mise sur le marché est ciblée avant 2030. Sa propulsion repose sur huit moteurs électriques ENGINeUS de Safran, premier moteur électrique certifié au monde, couplés à deux turbogénérateurs compatibles carburant durable (SAF). Aura Aero annonce une réduction des émissions de CO₂ pouvant atteindre 80 % par rapport aux appareils thermiques équivalents, pour un rayon d’action de 1 500 kilomètres et une vitesse de croisière de 300 nœuds. Airbus Protect a signé en mai 2024 un accord de coopération pour accompagner le processus de certification.

Les essais du prototype débuteront fin 2026. Le premier vol est prévu en 2027.

Ce calendrier s’articule directement avec celui de l’usine : sans capacité de production en série opérationnelle, le carnet commercial reste sans débouché. Or ce carnet pèse lourd. Près de 700 lettres d’intention émanant de 16 opérateurs internationaux ont été enregistrées, pour une valeur totale de 12 milliards de dollars. Le 2 mars 2026, Pan Européenne Air Service (PEAS), compagnie d’aviation privée française fondée il y a plus de cinquante ans, basée à Chambéry et Lyon-Bron, a signé la première commande contractuellement ferme. PEAS opère jusqu’à 500 destinations en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Integral : des livraisons qui précèdent l’usine

Avant même que la première pierre de Francazal soit posée, Aura Aero livre déjà des avions. L’Integral R, biplace de voltige certifié par l’EASA selon la norme CS-23 en décembre 2024, est en production depuis avril 2025, date à laquelle l’entreprise a obtenu l’Attestation de Conformité de l’OSAC (Production Organisation Agreement – Rating A). Au Salon du Bourget 2025, les trois variantes de la gamme, R, S et E, ont effectué leur premier vol en formation publique.

L’Integral E, version entièrement électrique propulsée par le moteur ENGINeUS de Safran, a volé pour la première fois en décembre 2024. Sa certification EASA et ses premières livraisons sont visées au quatrième trimestre 2026.

Sur le marché américain, la certification FAA est en cours ; les premières livraisons aux États-Unis sont attendues dans l’année. En octobre 2025, Aura Aero a inauguré un siège américain à Daytona Beach, en Floride, dans le Research Park de l’université Embry-Riddle Aeronautical University, avec le soutien de Space Florida. Ce site, d’abord dédié à la livraison et au support client pour l’Integral, doit s’étendre à 46 500 m² d’ici 2028 pour accueillir l’assemblage de l’ERA. L’État de Floride a annoncé un package d’incitations de 200 millions de dollars, conditionné aux créations d’emplois. Aura Aero vise plus de 1 000 postes dans la région.

Au Bourget 2025, Aura Aero et le groupe Babcock ont signé un mémorandum d’entente pour proposer conjointement aux forces armées une offre intégrée : appareil, services techniques, logistiques, formation et support. Babcock opère des contrats de formation militaire dans plusieurs pays membres de l’OTAN.

Enbata, le drone sans composant américain

Lancé officiellement au Salon du Bourget 2025 à la demande de la Direction générale de l’Armement, Enbata est un drone MALE de deux tonnes, développé en partenariat avec Safran, Thales et Aresia. Son autonomie atteint 55 heures et sa charge utile peut dépasser 1,2 tonne. Les missions envisagées couvrent le renseignement ISR longue portée, la reconnaissance armée, la guerre électronique, la surveillance maritime, la lutte anti-drones et les relais de communication.

Son architecture est entièrement ITAR-Free : aucun composant américain n’entre dans sa fabrication. Cette caractéristique technique a une conséquence directe dans les négociations d’acquisition : les États européens qui l’achèteraient ne seraient soumis à aucune contrainte de réexportation imposée par Washington.

Le premier vol est prévu fin 2026. Les livraisons en série débuteraient en 2028. Enbata vise une double certification civile et militaire selon les normes EASA, une configuration rare dans le secteur des drones tactiques.

Francazal, pôle en construction

Tarmac Aerosave est présent sur l’aéroport de Francazal depuis 2017. Détenue à quasi-parts égales par Airbus, Safran et Suez, cette entreprise spécialisée dans le stockage, la maintenance et le recyclage d’aéronefs doit développer sur une parcelle adjacente à l’Aura Factory un atelier de maintenance et une plateforme de recyclage. Toulouse Métropole prévoit par ailleurs d’implanter sur la zone un Campus des mobilités innovantes et décarbonées, structuré sous forme de ZAC.

L’obtention du permis d’Aura Aero accélère la matérialisation d’un pôle où coexistent, sur quelques dizaines d’hectares, la production de nouveaux appareils bas carbone, leur maintenance et leur recyclage en fin de vie, une concentration de compétences qui n’a pas d’équivalent à cette échelle en Europe.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire