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Trois cents mille visiteurs sont attendus sur les quais de l’Île singulière pour une édition placée sous le haut-patronage de la Présidence de la République et sous le patronage de la Commission nationale française pour l’UNESCO. Cent vingt bateaux venus de tous les continents s’y amarreront, dont vingt-quatre visitables.
Le Belem ouvre le défilé avec une double distinction. Construit à Nantes en 1896, classé monument historique en 1984, il est le seul grand voilier du XIXe siècle français encore en état de naviguer. En 2024, il avait acheminé la flamme olympique d’Athènes à Marseille. Le Santa Maria Manuela, morutier portugais des années 1930, et le Nao Victoria — réplique du navire de Magellan qui boucla le premier tour du monde entre 1519 et 1522 — complètent un plateau de habitués.
Parmi les nouveaux venus, la Florette porte une biographie singulière. Construite en 1921 aux chantiers Picchiotti de Viareggio pour transporter du marbre de Carrare, réquisitionnée par la Regia Marina, elle fut sabordée en septembre 1943 par son propre capitaine, Giovanni Telaro, à Livourne, pour refuser d’acheminer des troupes allemandes vers la Sardaigne. Les Américains la renflouèrent en 1944. Enregistrée à Malte depuis 1974, reconvertie en voilier de croisière, elle est l’un des derniers brigantins en bois encore opérationnels au monde. Le Phoenix, brick danois de 1929, fait lui aussi ses débuts à Sète.
Le Nave Italia, 61 mètres pour l’inclusion
L’Italie arrive en force. Le Nave Italia, brick-goélette de 61 mètres doté de 1 300 m² de voilure, est le plus grand navire de ce type en activité dans le monde. Propriété de la Fondazione Tender To Nave Italia, organisme à but non lucratif cogéré par la Marina Militare et le Yacht Club Italiano, il consacre ses navigations à des projets éducatifs destinés aux personnes en situation de handicap ou de fragilité. Il avait déjà fait escale à Sète en 2012. La Marina Militare mobilise pour l’occasion plusieurs voiliers-écoles, des musiciens et une sélection de produits de gastronomie italienne.
New Delhi et Nouakchott, deux premières
L’INS Sudarshini rallie Sète depuis Kochi. Ce navire-école de 54 mètres, construit par Goa Shipyard Limited, a appareillé le 20 janvier 2026 pour l’expédition Lokayan 26 : 22 000 milles nautiques, treize pays, dix mois. Après Sète, il rejoindra New York pour Sail 250, le rassemblement international marquant les 250 ans de l’indépendance américaine. C’est la première participation indienne à Escale à Sète.
La Mauritanie est le tout premier pays africain représenté au festival. Elle envoie une lanche, embarcation à voiles latines non motorisée, seule autorisée à pêcher dans le parc national du Banc d’Arguin. Sa présence dans le village Patrimoine, aux côtés de délégations irlandaises, néerlandaises et de la Côte d’Opale, tisse un lien entre pratiques méditerranéennes et atlantiques de la pêche raisonnée.
La Via Mediterranea, un corridor inédit
En mai 2025, les maires de La Spezia, Sète et Castelló de la Plana ont signé un partenariat qui change la géographie du festival. Pour la première fois, les grands voiliers enchaînent trois escales consécutives : Escale à La Spezia, première édition en Italie, puis Sète, puis Escala a Castelló. Le Santa Maria Manuela effectue la traversée complète, avec des croisières ouvertes au public entre les trois ports.
Le festival est né en 2010 d’une initiative du groupe de musiciens sétois Les Mourres de Porc, qui souhaitaient préserver le répertoire musical maritime français et occitan. Une association avait été créée en 2009 avec les gens de mer, pêcheurs, jouteurs et artisans, avec le soutien du maire François Commeinhes. Wolfgang Idiri, directeur du festival, a depuis toujours refusé de dépasser la capacité d’accueil de la presqu’île. L’événement mobilise 400 bénévoles, 60 groupes de musique et 1 000 ateliers en accès libre. Les visites à bord des grands voiliers sont seules payantes.
En septembre 2024, le chant de marin a été inscrit à l’Inventaire national du Patrimoine Culturel Immatériel de la France, une reconnaissance officielle d’une pratique que le festival documente depuis ses débuts. Les retombées économiques pour le territoire héraultais varient entre 15 millions d’euros (édition 2024, écourtée par la météo) et 21 millions (édition 2022, record à 438 000 visiteurs).


