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Le 1er janvier 2026, chaque jeune Allemand atteignant ses 18 ans a reçu un courrier de la Bundeswehr. Le formulaire en ligne couvre l’état physique, le niveau de formation, les langues maîtrisées, la possession du permis de conduire. La question centrale est directe : « Seriez-vous disposé à vous engager comme soldat sur la base du volontariat ? » Les garçons ont l’obligation de répondre dans le mois ; pour les filles nées après 2008, la démarche reste facultative. Sur l’année, 650 000 jeunes seront concernés.
La loi du 5 décembre 2025, adoptée par 323 voix contre 272 au Bundestag, fixe le cadre : service minimum de six mois, rémunéré 2 600 euros brut par mois, logement pris en charge, permis de conduire financé pour un engagement d’un an. À partir du 1er juillet 2027, une visite médicale d’aptitude sera imposée à tous les hommes nés après 2008. Le tirage au sort, un temps défendu par la CDU/CSU, a été écarté du texte sous la pression du SPD. Une clause de réversibilité permet au Bundestag de rétablir la conscription obligatoire si le volontariat s’avère insuffisant.
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L’objectif est précis : 260 000 soldats actifs en 2035, contre 186 423 au 31 janvier 2026, plus 200 000 réservistes. La Bundeswehr ne compte aujourd’hui que 0,35 % de la population allemande sous les drapeaux, l’un des ratios les plus bas de l’Union européenne.
2025 a enregistré un record : 25 000 recrutements, en hausse de 23 % sur un an. Les effectifs nets au 31 décembre 2025 n’ont pourtant progressé que d’environ 3 000 soldats, les départs compensant l’essentiel des arrivées. Le délai moyen entre candidature et prise de poste atteint 112 jours, deux semaines de plus qu’en 2024. La plupart des experts jugent l’objectif de 2035 hors de portée sur la seule base du volontariat. Henning Otte, commissaire aux forces armées du Bundestag, plaide ouvertement pour un retour à la conscription.
Des milliards disponibles, une armée en panne
Le budget de défense 2026 atteint 108,2 milliards d’euros, dont 82,7 milliards inscrits au budget fédéral et 25,5 milliards issus du fonds spécial créé après la Zeitenwende. Berlin prévoit de porter ses dépenses à 3,5 % du PIB d’ici 2029, conformément au nouvel objectif OTAN entériné au sommet de La Haye en juin 2025. Pour financer cette trajectoire, le Bundestag a adopté le 19 mars 2025 une réforme constitutionnelle du frein à l’endettement, exemptant les dépenses de défense dépassant 1 % du PIB de l’obligation d’équilibre budgétaire, adossée à un fonds d’infrastructures de 500 milliards d’euros sur douze ans.
En 2024, ce budget n’a été exécuté qu’à 75 %. En 2022, première année du fonds spécial, le taux d’exécution n’atteignait pas 4 %.
Le rapport annuel présenté le 3 mars 2026 par Henning Otte est sans nuance : quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l’armée manque toujours de personnel et d’armements. Moins de 30 % des bâtiments de surface de la marine sont jugés pleinement opérationnels. Environ 40 % des hélicoptères le sont. Dans l’armée de terre, 40 des 350 véhicules de combat Puma remplissent les critères d’engagement en guerre. Les structures du ministère de la Défense sont qualifiées dans le rapport de « trop lourdes, trop complexes et en grande partie inefficaces ». Une limite de 25 millions d’euros, inchangée depuis quarante-quatre ans, contraint l’armée à soumettre au vote du Bundestag toute commande dépassant ce seuil.
La Brigade blindée 45 concentre ces contradictions. Officiellement activée le 22 mai 2025 à Vilnius, premier déploiement permanent d’une unité de combat allemande à l’étranger depuis 1949, elle doit atteindre 4 800 soldats d’ici fin 2027. Elle peine à trouver des volontaires. Des soldats déployés ont dénoncé publiquement le manque de tenues adaptées à l’hiver balte.
Le 5 décembre, 50 000 jeunes dans la rue
Le jour même du vote au Bundestag, au moins 50 000 jeunes ont manifesté dans plus de 90 villes allemandes, à Hambourg, Cologne, Düsseldorf, Stuttgart, Münster, Bielefeld et Berlin. Les banderoles portaient : « Faites votre guerre sans nous. » Parmi les 18-29 ans, 61 % se déclarent opposés à tout retour de la conscription obligatoire.
Cette génération pointe une injustice qu’elle juge comptable : les milliards redirigés vers la défense sont autant de fonds soustraits aux universités, au logement social, aux infrastructures. Friedrich Merz, chancelier depuis le 6 mai 2025, concentre le rejet. Sa cote de popularité est tombée à 29 % après cent jours au pouvoir, selon un sondage Forsa d’août 2025. L’AfD dépasse désormais la CDU/CSU dans les intentions de vote, à 26 % contre 24 %. Le 19 février 2026, Merz a été réélu à la tête de la CDU avec 91,2 % des voix au congrès de Stuttgart.
La société allemande dans son ensemble est moins uniforme que les cortèges ne le suggèrent. Selon le même institut Forsa, 67 % des Allemands soutiennent le doublement du budget de défense. 69 % se déclarent favorables à la construction d’une armée européenne commune, contre 49 % en mars 2015.
L’article 26 de la Loi fondamentale interdit explicitement la préparation d’une guerre d’agression et en fait un crime constitutionnel. Depuis sa création en 1955, la Bundeswehr est une armée parlementaire : toute intervention extérieure requiert l’approbation préalable du Bundestag à la majorité simple, toute déclaration d’état de défense une majorité des deux tiers. L’IFRI qualifie ce dispositif de « l’un des plus stricts d’Europe ».
Ce ne sont pas les pays historiquement victimes de l’Allemagne qui manifestent le plus d’inquiétude. Les États baltes ont accueilli la Brigade 45 comme une garantie de sécurité. La Pologne, qui consacre elle-même 4,7 % de son PIB à la défense, traite Berlin comme un partenaire face à Moscou. En octobre 2025, le chef du BND a alerté publiquement sur le risque d’un conflit direct entre la Russie et l’OTAN d’ici 2029.
Qui tient le stylo sur le char du futur ?
En 2024, l’Allemagne a réalisé 13,33 milliards d’euros d’exportations d’armements, un record historique selon les données du ministère fédéral de l’Économie. Sur la période 2021-2025, le rapport du SIPRI publié le 9 mars 2026 la classe au 4e rang mondial, avec 5,7 % des exportations mondiales, devant la Chine à 5,6 %. Le budget de défense allemand représente en 2026 près du double de celui de la France.
Rheinmetall s’est imposé comme le premier fabricant européen de munitions et de blindés. Le siège de la joint-venture MGCS, programme franco-germano-européen de char de combat du futur associant Rheinmetall, KNDS et Thales, est établi en Allemagne. En février 2026, l’IFRI a indiqué que la France « peine à faire entendre sa voix » face à une Allemagne décidée à se réarmer. Un ministre de la Défense allemand a jugé publiquement les efforts français « insuffisants ».
Berlin a prévu 325 milliards d’euros d’autorisations d’engagement pour équiper la Bundeswehr entre 2027 et 2040. Les hommes et les femmes pour tenir les rangs manquent. Les contrats industriels, eux, sont en cours de signature.


