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Paris et Berlin tentent une médiation d’urgence sur le programme européen d’avion de combat. Face aux exigences techniques de Dassault Aviation, le comité d’entreprise d’Airbus, soutenu par sa direction générale, réclame l’abandon pur et simple du partenariat franco allemand avant la mi avril.
Le président français et le chancelier allemand ont acté fin mars la création d’une mission de médiation lors d’un sommet à Bruxelles. L’objectif politique consiste à isoler les négociations des tensions opérationnelles pour forcer un accord. Le temps manque. Le gouvernement fédéral allemand fixe la date limite de la mi avril pour statuer sur sa participation financière et industrielle. Passé ce délai dicté par les contraintes budgétaires nationales, le programme s’arrête de fait.
NGF : l’impasse de la gouvernance
Le désaccord porte sur le pilotage du premier pilier du programme, consacré au chasseur de nouvelle génération (NGF). Les États signataires avaient initialement validé la règle du « meilleur athlète ». Ce principe industriel confie la direction technique de l’appareil à l’entreprise la plus experte. Dassault Aviation détient ce mandat. Dans la pratique, l’architecture du projet paralyse le groupe français. Les filiales allemande et espagnole d’Airbus votent en bloc et mettent systématiquement Dassault en minorité. L’avionneur se retrouve responsable de la conception d’un appareil de combat sans avoir l’autorité d’imposer ses directives techniques à ses partenaires. Dassault réclame la révision immédiate de cette gouvernance, ce qu’Airbus refuse.
La résolution du conflit échappe désormais aux seules tractations industrielles. Le syndicat allemand IG Metall vient de remporter 85,8 % des voix aux élections professionnelles de mars chez Airbus. Il occupe 30 des 35 sièges du comité d’entreprise. Fort de ce mandat, le dirigeant Thomas Pretzl écarte toute concession à la partie française. Il demande officiellement au gouvernement de Berlin de se retirer du programme SCAF à l’issue de la médiation en cours. Le syndicat exige le financement d’un avion de chasse national pour garantir l’emploi et le maintien des compétences d’ingénierie sur le territoire allemand.
Airbus refuse le contrôle français
La position du comité d’entreprise recoupe exactement la stratégie de la direction d’Airbus et de l’Association des industries aérospatiales allemandes (BDLI). Michael Schoellhorn, président d’Airbus Defence and Space, refuse de limiter le rôle de son groupe à la simple exécution de plans d’ingénierie dictés par Dassault. La mission de médiation politique affronte donc un front coordonné.
Les représentants syndicaux, la direction d’Airbus et le lobby aérospatial allemand opposent un veto commun à toute modification de la structure du projet qui redonnerait le contrôle technique effectif à Dassault Aviation.


