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De 970 euros nets pour un gendarme adjoint volontaire en formation à plus de 5 000 euros pour un général, la rémunération au sein de la gendarmerie nationale couvre un spectre particulièrement large. La solde nette moyenne de l’ensemble des militaires de l’institution s’établissait à 3 045 euros en 2024, en hausse de 3,7 % sur un an — un chiffre qui, pris isolément, masque des réalités très contrastées selon les grades, les anciennetés et les affectations géographiques.
Premier point à clarifier : dans la gendarmerie, on ne parle pas de salaire mais de solde, en raison du statut militaire des personnels. Cette distinction n’est pas seulement sémantique : elle détermine le régime de retraite, le mode de calcul des primes et les obligations de service, dont celle d’être logé en caserne.
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Comment la solde d’un gendarme est-elle calculée ?
La rémunération d’un gendarme repose sur un empilement de quatre briques distinctes, dont la compréhension est indispensable pour interpréter les chiffres bruts.
La première est le traitement indiciaire, calculé en multipliant un indice majoré (IM) — propre à chaque grade et échelon — par la valeur du point d’indice, fixée à 4,92278 euros depuis juillet 2023. La deuxième regroupe les indemnités statutaires : indemnité de résidence (0 à 3 % de la solde selon la zone géographique) et supplément familial de solde, qui peut dépasser 300 euros mensuels pour les foyers de quatre enfants et plus.
La troisième composante, la plus structurante financièrement, est constituée des accessoires de solde. L’Indemnité de Sujétion Spéciale de Police (ISSP) en est la pièce centrale : évaluée à environ 27 à 30 % de la solde indiciaire brute pour les sous-officiers, elle présente une caractéristique rare dans la fonction publique — elle est intégrée dans le calcul de la pension de retraite, en contrepartie d’une surcotisation de 2,20 %. Depuis 2023, la Nouvelle Politique de Rémunération des Militaires (NPRM) a restructuré les autres accessoires en trois indemnités distinctes : l’Indemnité d’État Militaire (IEM), l’Indemnité de Garnison (IGAR, qui a remplacé l’ancienne MICM pour les militaires non logés gratuitement) et la Prime de Compétences Spécifiques des Militaires (PCSMIL). La quatrième composante regroupe les avantages en nature, développés plus loin.
Au total, les primes et indemnités représentaient en 2020 environ 41,3 % de la rémunération brute totale des sous-officiers et 29,6 % pour les officiers — une part qui a légèrement progressé depuis.
Du GAV au général : les soldes grade par grade
Les Gendarmes Adjoints Volontaires
Les GAV constituent la porte d’entrée dans l’institution. Engagés par contrat de deux à six ans, ils perçoivent 970 euros nets par mois durant leur formation (hébergement compris), puis 1 205 euros nets en unité à l’issue de l’école, auxquels s’ajoute une prime alimentaire. Ils peuvent accéder au concours interne de sous-officier à l’issue de leur contrat.
Les sous-officiers : le cœur opérationnel
Corps opérationnel de l’institution, les sous-officiers voient leur grille indiciaire régie par le décret n° 2023-678 du 28 juillet 2023. Un gendarme débutant en unité perçoit environ 2 185 euros nets mensuels, une fois l’ISSP et les principales indemnités intégrées. La progression est régulière avec l’ancienneté et le grade.
Les officiers : des grilles revalorisées fin 2025
La grille des officiers a été significativement revalorisée par le décret n° 2025-1047 du 3 novembre 2025, entré en vigueur le 15 décembre 2025. Cette réforme, issue du 17e rapport du Haut Comité d’Évaluation de la Condition Militaire, a introduit de nouvelles échelles de solde pour mieux différencier les niveaux de responsabilité.
Logement, retraite, congés : ce que la solde ne dit pas
La solde nette affichée ne constitue qu’une partie de l’équation. Les avantages en nature attachés au statut militaire forment un salaire invisible, dont la valorisation est souvent sous-estimée dans les comparaisons avec d’autres métiers de la sécurité intérieure.
Le logement en caserne est une obligation de service, pas un avantage optionnel. Concédé gratuitement ou pour un loyer très réduit, il représente une économie réelle de 800 à 1 200 euros par mois dans les zones à forte tension immobilière — Île-de-France et grandes métropoles — et de 400 à 700 euros dans les zones rurales. Les gendarmes qui ne sont pas logés en caserne perçoivent l’IGAR, dont le montant est calculé en fonction de la zone d’affectation et de la composition du foyer.
S’y ajoutent une réduction SNCF de 75 % pour le gendarme (50 % pour sa famille) et 45 jours de congés annuels, soit neuf semaines, contre cinq pour la plupart des salariés du privé.
La retraite constitue l’avantage structurel le plus solide du statut. Les gendarmes relèvent du régime militaire géré par le Service des Retraites de l’État, sensiblement plus favorable que le régime général. Les sous-officiers peuvent partir dès 58 ans, les officiers subalternes dès 59 ans. Le taux de liquidation maximum est de 75 %, porté à 80 % avec les bonifications liées aux opérations extérieures (OPEX) et aux services outre-mer. L’intégration de l’ISSP dans la base de calcul de la pension — une spécificité rare — renforce significativement le montant des droits à la retraite. Au 1er janvier 2026, les pensions militaires ont été revalorisées de 0,9 %, conformément à l’évolution de l’indice des prix à la consommation hors tabac.
Gendarme ou policier : qui est le mieux payé ?
La comparaison est l’une des plus fréquentes parmi les candidats aux concours de la sécurité intérieure. À grade équivalent, les écarts sont réels mais plus nuancés qu’il n’y paraît.
L’entrée de carrière est clairement défavorable au gendarme, avec un écart d’environ 300 euros par rapport à un adjoint de police. Dès le grade de sous-officier, la parité est à peu près atteinte. En revanche, les filières commissaires de la police nationale permettent d’atteindre des niveaux de rémunération en fin de carrière que les grilles plafonnées des officiers généraux de gendarmerie n’atteignent pas.
L’arbitrage change toutefois dès que l’on intègre l’avantage logement : dans les zones à loyer élevé, le pouvoir d’achat réel d’un gendarme logé en caserne peut dépasser celui d’un policier contraint de se loger sur le marché privé.
Point d’indice gelé : trois ans de stagnation
Le contexte dans lequel s’inscrivent ces rémunérations est celui d’un gel durable du point d’indice. Maintenu à 4,92278 euros pour la troisième année consécutive — une décision confirmée par le ministre délégué à la Fonction publique David Amiel —, le point n’a progressé que de 6,3 % depuis 2010, pour une inflation supérieure à 27 % sur la même période. La Garantie Individuelle du Pouvoir d’Achat (GIPA) n’a pas été versée en 2024, 2025, ni en 2026.
La conséquence la plus tangible est que depuis le 1er janvier 2026, les cinq premiers échelons de catégorie C1 et les trois premiers de catégorie C2 sont passés sous le niveau du SMIC. Pour compenser, les pouvoirs publics ont choisi d’agir sur les indices (décrets de 2023 et 2025) et sur les primes ciblées : prime de lien au service (PLS, arrêté du 20 novembre 2025), Indemnité de Fonction et de Responsabilités (IFR, révisée au 1er août 2025), extension de la Nouvelle Bonification Indiciaire à 179 emplois spécifiques par arrêté du 7 janvier 2026. Ces mesures atténuent l’érosion sans l’enrayer.
Recrutement : une attractivité solide mais fragile
Malgré un niveau de solde modeste en début de carrière, la gendarmerie maintient une attractivité soutenue. Le concours sous-officier de mars 2025 affichait un taux de sélection d’un retenu pour 3,71 candidats ayant composé. En 2024, environ 6 081 élèves gendarmes ont été recrutés, et 13 000 candidats admis toutes voies confondues.
La question de fond est celle des départs à venir. Le Monde signalait en décembre 2025 que l’institution doit « anticiper une vague de départs en retraite » à moyen terme. La prime de lien au service et l’indemnité de fidélisation territoriale, toutes deux entrées en vigueur fin 2025, visent à retenir les personnels dans les unités les moins attractives — signe que le maintien des effectifs dans certains territoires constitue désormais un enjeu managérial explicite pour la gendarmerie nationale.


