Dans la nuit du 16 au 17 mars, l’Armée de l’air et de l’espace a engagé quarante appareils dans un exercice de raid nucléaire aérien baptisé opération Poker. Rafale, Mirage 2000, avion-radar Awacs et ravitailleurs A330 MRTT ont décollé de Bretagne en pleine nuit, longeant la façade atlantique puis les Pyrénées jusqu’à la Méditerranée, pour simuler un tir de missile à plusieurs centaines de kilomètres de portée au-dessus du centre de la France.
L’opération n’a pas été déclenchée par la situation internationale ou par l’implication française au Moyen-Orient. Elle s’inscrit dans un calendrier établi de longue date : depuis la mise en alerte de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire en 1964, cet exercice se tient quatre fois par an, sans interruption.
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Les équipages ont été placés dans des conditions volontairement dégradées — navigation GPS brouillée, liaisons radio perturbées — afin de reproduire un environnement de combat en très haute intensité. L’objectif assumé par le général Stéphane Virem, commandant des Forces aériennes stratégiques, est de vérifier la capacité des forces à opérer efficacement même lorsque leurs systèmes sont neutralisés. Les Rafale ont effectué leurs ravitaillements en vol au lever du jour avant de rejoindre la zone de simulation de tir.
Au-delà de l’entraînement pur, l’opération Poker remplit une fonction de signalement stratégique : démontrer à tout adversaire potentiel que la France est en mesure d’exercer sa mission nucléaire en toutes circonstances. Le commandement des FAS insiste sur la nécessité de maintenir une crédibilité opérationnelle qui ne souffre aucune ambiguïté.
Ce volet opérationnel s’inscrit dans un contexte politique plus large. Début mars, Emmanuel Macron avait évoqué avec huit pays européens le concept de dissuasion avancée, un cadre dans lequel des partenaires pourraient à terme participer aux exercices nucléaires français, au même titre que l’opération Poker. La décision ultime de riposte nucléaire resterait néanmoins la prérogative exclusive du chef des armées français.


