Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Au sein d’un marché pétrolier mondial unifié, où le baril de brut s’échange au même cours pour tous les raffineurs européens, un automobiliste néerlandais débourse 2,17 euros pour un litre de sans plomb 95 quand son homologue bulgare n’en paie que 1,27. Soit 90 centimes d’écart — 71 % de différence — pour un produit identique. Les données publiées par la Commission européenne le 9 mars 2026 rendent cette fracture tarifaire visible dans toute son ampleur : la moyenne européenne s’établit à 1,77 euro le litre pour l’essence et 1,86 euro pour le gazole, mais ces moyennes masquent des réalités nationales radicalement divergentes.
Pays-Bas, Allemagne, Danemark : les pompes les plus chères d’Europe
Trois pays concentrent les prix les plus élevés de l’Union européenne, aussi bien pour l’essence que pour le diesel. Les Pays-Bas arrivent en tête sur les deux carburants : 2,17 euros le litre de SP95 et 2,26 euros le litre de gazole. L’Allemagne suit avec 2,08 euros et 2,16 euros respectivement, le Danemark complétant ce podium à 2,06 euros et 2,11 euros.
À l’autre extrémité du spectre, la Bulgarie affiche l’essence la moins chère de l’Union à 1,27 euro le litre, tandis que Malte propose le gazole le plus accessible à 1,21 euro. Entre ces deux pôles, un groupe de pays d’Europe centrale et orientale — Chypre, République tchèque, Slovaquie, Slovénie — maintient des prix inférieurs à 1,50 euro sur l’essence.
La France se positionne dans le tiers supérieur : 1,84 euro le litre d’essence (sixième rang européen) et 1,95 euro pour le gazole (cinquième rang), dans les deux cas au-dessus de la moyenne communautaire.
Essence, diesel : la fiscalité explique tout
Le prix à la pompe résulte de quatre composantes : le coût du pétrole brut et de son raffinage, les frais de transport, la marge du distributeur, et les taxes nationales. Les trois premières varient peu d’un État membre à l’autre — même marché mondial du brut, logistique comparable à l’échelle continentale, marges de distribution encadrées par la concurrence. La fiscalité est donc la variable qui détermine l’essentiel des écarts observés.
L’Union européenne impose un plancher : les droits d’accise ne peuvent descendre en dessous de 0,36 euro par litre pour l’essence sans plomb et de 0,33 euro pour le diesel. Malte est le seul État membre à se conformer strictement à ce minimum. Tous les autres appliquent des taux supérieurs, certains de manière très significative.
Taxes sur les carburants : qui prélève le plus en Europe ?
Sur l’essence, les droits d’accise les plus élevés sont prélevés aux Pays-Bas, au Danemark et en Italie. Sur le gazole, l’Italie, l’Irlande et la Belgique appliquent les charges fiscales les plus lourdes. En bas de tableau, Malte, la Bulgarie, la Hongrie (pour l’essence) et la Suède (pour le gazole) affichent les taux les plus faibles.
La France taxe l’essence à 0,68 euro le litre — sixième niveau de l’UE — et le gazole à 0,59 euro, ce qui la place au quatrième rang européen. Ces niveaux dépassent nettement les moyennes communautaires, respectivement fixées à 0,57 euro et 0,47 euro par litre.
Ces écarts ne sont pas le fruit d’une mécanique aveugle : chaque gouvernement arbitre entre recettes fiscales, contraintes de compétitivité industrielle et protection du pouvoir d’achat. Le niveau des accises reflète un choix politique explicite, renouvelé à chaque budget national.
Diesel plus cher que l’essence : ce qui a changé le 28 février
Une anomalie tarifaire mérite une explication spécifique. En période normale, le gazole est structurellement moins cher que l’essence : le droit d’accise qui le frappe est plus faible, ce qui compense son coût de raffinage légèrement supérieur. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février dernier, cette relation s’est inversée dans la majorité des pays européens, et le gazole dépasse désormais le sans plomb à la pompe.
Le mécanisme est celui de l’offre et de la demande. Le diesel reste le carburant dominant en Europe — il alimente encore la moitié du parc automobile français. Selon l’INSEE, la France en a consommé « 28 millions de tonnes » en 2024, contre « 11,1 millions de tonnes » pour l’ensemble des essences. Quand un choc géopolitique comprime l’offre de produits distillés moyens, le diesel — plus demandé — absorbe une pression tarifaire plus forte que l’essence. Les ménages et les entreprises dont les véhicules roulent au diesel subissent une double exposition, par le volume consommé et par la hausse du prix unitaire.
Carburants : plus de 25 % de hausse en cinq ans
La photographie du 9 mars 2026 s’inscrit dans une trajectoire de hausse durable. En février 2021, l’essence et le gazole s’échangeaient tous deux en dessous de 1,40 euro le litre à l’échelle européenne. Cinq ans plus tard, les deux carburants ont progressé de plus de 25 % en moyenne, sous l’effet cumulé de la reprise économique post-Covid, du choc énergétique de 2022, et désormais des tensions au Moyen-Orient.
Aucun des facteurs structurels qui soutiennent ces prix — niveau élevé des accises, demande diesel maintenue, instabilité géopolitique — ne montre de signe d’inversion à court terme. À moyen terme, la transition vers les motorisations électriques posera une question de fond aux États membres : la base fiscale que représentent les accises sur les carburants, plusieurs dizaines de milliards d’euros par an dans les plus grands pays, devra trouver un substitut. Ce chantier fiscal reste, pour l’heure, largement ouvert.


