Bayonne : cette start-up qui veut purifier l’air de nos usines

Un textile qui ne filtre pas mais détruit : la start-up basque Purenat a validé sa technologie en usine française et vise désormais le marché européen de la dépollution industrielle.

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La start-up bayonnaise Purenat a mis au point un textile capable de détruire les polluants organiques présents dans l’air des sites industriels, là où les filtres à charbon actif se contentent de les retenir. Après un premier projet pilote concluant chez un industriel français, l’entreprise a levé 2 millions d’euros en octobre 2024 pour industrialiser sa technologie et viser le marché européen.

Les filtres à charbon actif montrent leurs limites

Les sites industriels sont soumis à une pression réglementaire croissante sur leurs émissions atmosphériques, qu’il s’agisse de composés organiques volatils ou de nuisances olfactives affectant les riverains. Les filtres à charbon actif, solution dominante du secteur, répondent partiellement à cette contrainte : ils capturent les polluants mais ne les éliminent pas. Résultat, les filtres se saturent, doivent être remplacés régulièrement et génèrent eux-mêmes des déchets à traiter. Le coût d’exploitation est significatif, et l’efficacité décroît entre deux cycles de remplacement.

C’est précisément cette limite structurelle que Purenat cherche à adresser.

Ce textile détruit les polluants au lieu de les piéger

Fondée à Bayonne par Natacha Kinadjian Caplat, présidente, et Manon Vaillant, directrice générale, la start-up a développé un textile filtrant dont le principe repose non sur la rétention mais sur la destruction des polluants organiques. Le matériau traite simultanément les émissions gazeuses et les nuisances olfactives, deux problématiques distinctes que les industriels peinent à adresser avec un dispositif unique.

L’entreprise se positionne dans le segment Deeptech, ce qui suppose des barrières à l’entrée élevées — propriété intellectuelle, complexité de fabrication, longue phase de validation — mais aussi une différenciation difficile à répliquer à court terme pour des concurrents.

Un premier pilote en usine aux résultats jugés concluants

Pour franchir le seuil entre la recherche et le marché, Purenat a conduit un projet pilote chez un industriel français dont l’identité reste confidentielle. Un caisson de traitement d’air équipé de dix filtres a été déployé sur site. Les résultats ont été jugés suffisamment probants pour que le partenariat passe à une phase de déploiement à grande échelle sur le même site.

L’absence de communication sur les mesures précises — taux de réduction des polluants, durée du test, conditions de fonctionnement — ne permet pas de vérification indépendante à ce stade. L’opacité sur l’identité du partenaire est compréhensible commercialement, mais elle constitue une limite réelle pour l’évaluation externe de la technologie.

2 millions d’euros levés pour industrialiser la technologie

En octobre 2024, Purenat a finalisé une levée de fonds de 2 millions d’euros, complétée par des prêts bancaires. Ce montage financier vise à couvrir le passage à l’échelle industrielle : outillage, production, déploiement commercial.

L’entreprise s’est également distinguée en intégrant Techfounders, accélérateur basé à Munich réputé pour sa sélectivité sur les technologies industrielles profondes. Purenat y est présentée comme la seule start-up française retenue, ce qui constitue un signal de crédibilité non négligeable sur un marché germanophone où l’industrie lourde reste très dense.

L’objectif opérationnel — atteindre une trentaine de projets pilotes actifs — arrive à échéance, avec une accélération commerciale attendue cette année.

Référence européenne : un titre encore à conquérir

Les fondatrices affichent l’objectif de faire de Purenat «la référence européenne» sur le segment de la dépollution de l’air industriel. L’ambition est cohérente avec la dynamique réglementaire du continent — le durcissement progressif des normes d’émission industrielle en Europe crée un terrain favorable à des solutions de rupture — mais elle suppose plusieurs conditions que la start-up doit encore démontrer.

La première est technique : un déploiement à grande échelle peut révéler des contraintes absentes à l’échelle pilote, qu’il s’agisse de durabilité du textile, de maintenance ou d’adaptation à des flux d’air variables. La seconde est commerciale : le marché de la filtration industrielle est occupé par des acteurs établis disposant de réseaux de distribution et de références longues.



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