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Alors que le ministre français du Commerce, Serge Papin, salue les “bons résultats” de la taxe italienne sur les petits colis, la réalité de l’autre côté des Alpes apparaît beaucoup moins flatteuse. Mise en place le 1er janvier 2026, la mesure italienne — un prélèvement de deux euros sur chaque colis importé de pays hors UE d’une valeur inférieure à 150 euros — devait freiner les flux massifs de commandes issues de plateformes comme Temu et Shein. Las, trois mois plus tard, Rome annonce déjà son report temporaire, invoquant les troubles économiques et logistiques majeurs qu’elle a engendrés.
Une taxe qui fait fuir le trafic plutôt que les colis
Pensée pour “faire payer les géants du e-commerce”, la taxe s’est rapidement transformée en piège pour le secteur logistique italien. Selon Confetra, la fédération nationale du transport et de la logistique, l’aéroport de Malpensa aurait perdu plus de trente vols cargo depuis le début de l’année, les flux étant redirigés vers Liège, Budapest, ou Francfort, où aucun prélèvement équivalent ne s’applique. Résultat : les plateformes redéploient leurs réseaux sans pénaliser les livraisons, mais l’Italie, elle, perd trafic, emplois et recettes.
Cette forme de « désintermédiation » interne à l’Union européenne était prévisible : une fois la marchandise déclarée sur le sol d’un État membre, elle devient “communautaire” et circule librement. Le contournement reste donc parfaitement légal, même s’il ruine les objectifs de rentrées fiscales que le gouvernement Meloni avait mis en avant.
Un “succès” aux airs de véritable fiasco
C’est pourtant ce dispositif que Serge Papin s’est empressé de célébrer en France. Comme l’a rapporté Politico, le ministre a évoqué une baisse de “30 % des ventes de Shein en Italie”, signe selon lui que la taxe “fonctionne”. Or, aucune donnée officielle ne vient pour l’instant corroborer cette estimation — le ministère italien de l’Économie a, au contraire, reconnu un effet contreproductif sur la compétitivité des plateformes logistiques nationales, tout en annonçant une suspension de la taxe dans l’attente d’une harmonisation européenne.
L’Europe cherche encore sa ligne
La France a suivi l’exemple italien en appliquant la même taxe à compter du 1er mars 2026, avant une extension prévue à toute l’Union européenne en novembre. Mais les premiers signes ne sont guère encourageants : les cargos chinois ont déserté Roissy, remplacés par des acheminements depuis la Belgique et les Pays-Bas, ce qui fragilise déjà les plateformes logistiques françaises.
Dans les faits, ni Rome ni Paris ne sont parvenues à freiner les flux d’importation. Les plateformes, désormais prêtes à réorganiser leurs chaînes à l’échelle continentale, bâtissent même de nouveaux entrepôts en Europe de l’Est pour contourner durablement toute taxe nationale.
Un précédent qui interpelle
L’épisode italien illustre les limites d’une fiscalité nationale appliquée à des acteurs globaux du commerce numérique : sans coordination européenne, ces taxes risquent surtout de déstabiliser les hubs logistiques nationaux sans affecter significativement les ventes des grandes plateformes. À ce stade, difficile, donc, d’y voir un modèle de réussite, malgré l’enthousiasme du ministre français.


