Prix du gaz : la facture va encore grimper pour de nombreux Français

Frappes sur l'Iran, Ormuz fermé, Qatar à l'arrêt : le TTF bondit de 57%. Sept millions de foyers français paieront leur gaz plus cher dès le 1er mai.

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Les factures de gaz de près de 7 millions de Français vont augmenter à partir du 1er mai. Sur les 10,4 millions d’abonnés au gaz en France, seuls ceux ayant souscrit une offre à prix fixe — soit 40% des consommateurs — seront épargnés. Les 60% restants, engagés sur des contrats indexés sur le prix de référence mensuel publié par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), absorberont une hausse comprise entre 5 et 10%, selon les chiffres communiqués vendredi 6 mars par le ministre Serge Papin dans Ouest-France. Bercy chiffre l’impact à « moins de 10 euros par mois » pour les ménages concernés — une charge allégée par la saisonnalité, les besoins en chauffage reculant avec le printemps.

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Prix fixe ou indexé : êtes-vous concerné ?

La ligne de fracture est contractuelle. Les abonnés en offre à prix fixe sont, par définition, imperméables aux fluctuations des cours. En revanche, ceux dont le contrat est indexé sur le prix de référence mensuel de la CRE verront leur facture de mai refléter la flambée enregistrée sur les marchés en mars. « Les consommateurs qui sont en offre à prix fixe seront protégés », a confirmé une porte-parole du Médiateur national de l’énergie à l’AFP.

Le décalage d’un mois entre la crise et son impact sur les factures est mécanique : les contrats de fourniture de gaz en France s’appuient sur des références de marché mensuelles avec un mois de décalage. C’est ce mécanisme qui explique que les événements du 28 février ne se matérialiseront sur les relevés qu’en mai.

Iran, Ormuz : l’origine du choc

Le choc remonte au samedi 28 février, lorsque des frappes américano-israéliennes ont été lancées sur l’Iran. En représailles, les Gardiens de la révolution ont annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage incontournable d’environ 20% du pétrole et 20% du GNL mondiaux. En une semaine, le trafic de pétroliers dans le détroit a chuté de 90% par rapport aux niveaux d’avant les frappes, selon les données de Kpler et MarineTraffic.

Le complexe de Ras Laffan, au Qatar — le plus grand site d’exportation de GNL au monde avec une capacité de 77 millions de tonnes par an —, a été touché par une attaque de drone et a cessé toute production. QatarEnergy a invoqué la clause de force majeure, une première dans l’histoire de l’entreprise publique qatarie. Le retour à pleine capacité nécessitera au minimum deux semaines, en raison de la complexité des processus cryogéniques à -160 °C.

Le TTF au plus haut depuis la crise ukrainienne

Les marchés ont répercuté le choc immédiatement. Le TTF, référence européenne du gaz naturel, atteignait 52,80 €/MWh le 6 mars, en progression de 57,63% sur un mois et de 4,08% sur la seule journée. Sur la semaine, la hausse dépasse 50% — la plus brutale depuis février 2022 et la crise ouverte par l’invasion russe de l’Ukraine. Les analystes de Trading Economics anticipent un TTF à 53,36 €/MWh en fin de trimestre et à 61,72 €/MWh dans douze mois.

Des réserves européennes au plus bas

La tension sur les marchés est amplifiée par un niveau de réserves particulièrement dégradé. En France, les stocks de gaz naturel n’étaient remplis qu’à 21,84% de leur capacité au 3 mars — soit 27 214 GWh sur les 124 600 GWh disponibles, selon les opérateurs Teréga et Storengy. À l’échelle de l’Union européenne, le taux est inférieur à 30%, contre une moyenne quinquennale d’environ 41%. Les projections tablent sur une fin mars entre 22 et 27% seulement, ce qui réduit la marge de manœuvre européenne en cas de prolongation du conflit.

La facture de mai s’inscrira dans une trajectoire déjà haussière. Dès le 1er mars, le prix repère de la CRE avait progressé de 3,8% par rapport à février, avec un tarif moyen passant à 0,07121 €/kWh HT, soit 0,1051 €/kWh TTC pour un ménage se chauffant au gaz. La hausse de mai viendra donc s’additionner à un surcoût déjà effectif.

Électricité : le nucléaire comme bouclier

La corrélation gaz-électricité, souvent redoutée, ne devrait pas jouer cette fois. Roland Lescure a estimé une hausse des tarifs de l’électricité « peu probable » : le parc nucléaire français produit une électricité décarbonée qui « contribue à décorréler les prix de l’électricité en France de la volatilité des prix du gaz », selon Bercy. Le ministère tempère néanmoins : « l’évolution de la situation dépendra de la durée et de l’intensité du conflit international ».

Les abonnés en contrat indexé disposent d’un levier concret : basculer vers une offre à prix fixe avant le 1er mai. Le Médiateur national de l’énergie rappelle que le changement de fournisseur est gratuit, sans interruption de la fourniture et sans engagement. Les offres sont comparables via le site comparateur.energie-info.fr. Dans un contexte où les cours du TTF pourraient encore progresser dans les prochains mois, le passage à un prix fixe reste la seule protection efficace contre les prochaines fluctuations.



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